La Journée nationale de l’arbre 2025 relance la Patte d’Oie
Le 6 novembre, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a lancé à Brazzaville la 39e Journée nationale de l’arbre sur le site verdoyant, mais fragile, de la Patte d’Oie. Entouré de représentants des institutions, du corps diplomatique et de la société civile, il a donné le coup d’envoi du planting.
Environ 2700 jeunes arbres ont été mis en terre sur 2,5 hectares afin de restaurer ce poumon urbain créé en 1938. Le geste s’inscrit dans la tradition nationale instaurée par la loi de 1984 et actualisée en 1996, faisant de chaque 6 novembre un rendez-vous écologique majeur.
Une plantation symbolique au cœur de Brazzaville
La Patte d’Oie ne couvre plus que 94,55 hectares, contre 240 à l’origine. Les occupations illégales, les activités commerciales et les feux de brousse ont grignoté la forêt. En replantant, le gouvernement entend redonner vie à des parcelles aujourd’hui clairsemées, tout en envoyant un signal fort aux riverains.
Les participants ont formé une longue chaîne reliant pépinière et trous de plantation. Malgré une brume matinale, le rythme était soutenu. « Restaurer cet espace emblématique, c’est protéger notre identité verte », a confié un étudiant volontaire en déposant un plant de teck dans un sol soigneusement aéré.
Des essences locales et exotiques pour la biodiversité
Sous la coordination de François Mankeni, responsable du Programme national d’afforestation et de reboisement, douze espèces ont été sélectionnées. Acacia senegal, Senna siamea, Autranella congolensis ou encore Baobab dessineront demain un couvert varié, capable de résister aux sécheresses, d’abriter la faune et d’améliorer la qualité de l’air.
Les plants ont été alignés sur des intervalles de trois, six ou neuf mètres, en fonction de leur développement futur. Cette géométrie assurera une canopée dense, des corridors écologiques et la production d’ombrage indispensable aux citadins, expliquent les ingénieurs forestiers mobilisés pour le suivi des jeunes pousses.
Le rappel à l’ordre du Premier ministre
Devant les caméras, Anatole Collinet Makosso a regretté la perte de 144 hectares de réserve. Il a dénoncé « l’incivisme et la cupidité » de certains acteurs qui transforment illégalement la forêt en parkings ou en dépôts. « Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il martelé.
Le chef du gouvernement a prévenu que des contrôles renforcés seraient opérés avec l’appui des forces de l’ordre et des autorités municipales. Des amendes et des poursuites sont prévues pour dissuader de nouvelles intrusions. L’objectif est de sanctuariser la zone et de créer un cadre récréatif durable.
Un héritage présidentiel salué
Le Premier ministre a rendu hommage au président Denis Sassou Nguesso, à l’origine de la Journée nationale de l’arbre. Il a souligné la justesse visionnaire d’un événement lancé bien avant que l’urgence climatique ne devienne un sujet mondial, positionnant le Congo comme porte-voix de la reforestation en Afrique.
Cette constance diplomatique vient d’être reconnue à New York. L’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Décennie 2027-2036 pour le boisement et le reboisement, portée par le Congo. Brazzaville souhaite fédérer la communauté internationale autour de programmes concrets, en misant sur son expérience de terrain.
La Patte d’Oie, un patrimoine à reconquérir
Inscrite dans l’imaginaire des Brazzavillois, la forêt artificielle demeure un lieu de promenade et d’apprentissage. Des enseignants y emmènent régulièrement leurs classes pour étudier la botanique. Les scouts y organisent des camps de vacances. Mais l’érosion des sols et les déchets menacent cet usage pédagogique.
Pour y remédier, des panneaux informatifs vont être installés, accompagnés de patrouilles de sensibilisation. Les riverains pourront signaler la moindre dégradation via une ligne verte annoncée par le ministère de l’Environnement. « Protéger la Patte d’Oie est un devoir citoyen », insiste le directeur départemental des Eaux et Forêts.
Prochaine étape de la décennie onusienne
La campagne nationale prévoit la mise en terre de dix millions de plants par an jusqu’en 2030. Les forêts urbaines, les savanes périphériques et les bassins versants seront ciblés. Les écoles, les entreprises et les associations recevront gratuitement des semences issues des pépinières publiques rebaptisées « jardins de l’avenir ».
Parallèlement, un système de suivi satellite évaluera la survie des jeunes arbres. Les données, accessibles en open data, aideront les chercheurs et les investisseurs verts à orienter leurs projets. Le Congo espère attirer de nouveaux financements climat grâce à la transparence et à la traçabilité des opérations.
Responsabilité collective et perspectives vertes
Le thème de l’édition 2025, « Un arbre, une forêt, une plantation », invite chaque citoyen à planter, mais aussi à entretenir. Selon le ministère, 60 % des arbres plantés depuis 2010 ont survécu. L’objectif est de porter ce taux à 80 % en multipliant les arrosages communautaires.
Au crépuscule, les dernières pelles se sont rangées, laissant place à un rideau de jeunes pousses qui s’enracineront durant la saison des pluies. La Patte d’Oie reprend espoir. Les autorités misent sur ce symbole pour mobiliser durablement villes et campagnes autour d’un Congo plus frais et plus vert.
