Le musée national s’invite à l’auditorium universitaire
Le 16 décembre, l’auditorium Marien-Ngouabi de Brazzaville a vibré au rythme du patrimoine. Pour la deuxième année, le musée national y a organisé l’atelier « Le musée national à la rencontre de son public universitaire », élargissant son audience au-delà de ses murs.
Un voyage patrimonial pour la jeunesse congolaise
Objectif affiché : sensibiliser les étudiants à la richesse ancestrale de la République du Congo. La formule, hybride entre conférence et projection d’artefacts, offre un accès direct aux trésors jusque-là conservés dans les réserves de Mpila.
Des pièces chargées d’histoires et de symboles
Soupières en argile, bracelets de cuivre, masques en raphia ou couteaux d’apparat : plus d’une trentaine d’objets sélectionnés pour leur valeur ethnologique ont défilé sur l’écran géant. Chaque pièce illustre une fonction précise, du rituel funéraire au message codé porté par le gongoulette.
La parole aux conservateurs
« Ces objets révèlent nos racines », a rappelé Marcel Ipari, directeur du musée national. Il a retracé les campagnes de collectes effectuées entre 2012 et 2014, puis relancées récemment à Itoumbi et Mbomo. Le financement, longtemps frein, connaît désormais un second souffle grâce à des partenariats.
Une pédagogie par l’objet
Le public de l’École africaine de développement, majoritairement en licence de gestion des projets, a découvert que patrimoine et développement durable se rejoignent. Les explications techniques sur la forge traditionnelle ou la daba agricole ont illustré la créativité écologique des aînés.
Un pont entre musée et université
Lis Pascal Moussodji Nziengui, directeur de cabinet au ministère de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des loisirs, a salué « une collaboration fertile ». Il a annoncé l’intégration des collections dans les curricula, ainsi que des stages pour transformer le musée en véritable laboratoire académique.
Vers la numérisation des trésors
Le projet de numérisation figure en bonne place. La mise en ligne des catalogues permettra un accès universel, utile aux chercheurs de la diaspora comme aux élèves des lycées. Les premiers tests de scans 3D de masques en raphia auraient déjà convaincu les spécialistes.
Décryptage des fonctions sociales
Au-delà de la beauté plastique, les pièces racontent l’organisation politique traditionnelle. Les couteaux de chef servaient de signe d’autorité, tandis que les grelots signalaient les cérémonies de chasse. Comprendre ces codes aide à appréhender les dynamiques contemporaines des communautés rurales.
Les étudiants, acteurs d’un récit collectif
« Je vois différemment l’innovation », témoigne Grâce Ndinga, étudiante en première année. Selon elle, l’ingéniosité des ancêtres inspire les projets entrepreneuriaux actuels. Plusieurs participants envisagent déjà de consacrer leurs mémoires aux filières artisanales renaissantes.
Interdisciplinarité et recherche appliquée
Des équipes mixtes, formées de conservateurs et de doctorants, planchent sur des protocoles de datation au carbone 14 et de restauration douce. L’objectif est de prolonger la vie des artefacts sans altérer les patines, condition sine qua non pour les futures expositions itinérantes.
Un futur pavillon haute technologie à Mpila
Le gouvernement projette de doter le musée d’un espace moderne combinant salles immersives et réserves climatisées. Le chantier, prévu à Mpila, intégrera des ateliers ouverts où les étudiants pourront suivre en direct les opérations de conservation.
Impact attendu sur l’économie créative
La valorisation du patrimoine dynamise déjà l’artisanat. Répliques de masques et bijoux inspirés des bracelets kouyou s’écoulent dans les galeries de Pointe-Noire. Les autorités espèrent que ces retombées stimuleront l’emploi des jeunes diplômés en design.
Mémoire et identité nationale
Reconnaître le talent créateur ancestral participe à la construction d’une fierté collective. Les organisateurs insistent sur la nécessité de documenter les discours oraux avant leur disparition. Chaque enregistrement audio collecté avec les anciens enrichit la base de données du futur centre d’archives.
Perspectives pour la diaspora
La consultation virtuelle des collections facilitera les collaborations avec les universités de Paris, Montréal ou Johannesburg. « Nous voulons que chaque Congolais, où qu’il se trouve, puisse explorer ses racines », a souligné Lis Pascal Moussodji Nziengui, évoquant une plateforme multilingue en préparation.
Retour sur la première édition
La première rencontre, le 16 mai 2025 à l’école de l’Unité africaine de Poto-Poto, avait posé les bases. L’expérience avait révélé une forte appétence étudiante, incitant le musée à multiplier les déclinaisons thématiques : musique, textile, outillage agricole.
Calendrier des prochaines étapes
D’ici juin, un comité mixte établira la liste des objets à scanner en priorité. À la rentrée universitaire, un module optionnel « Patrimoine et innovation » devrait être proposé à l’EAD, avec des visites guidées au dépôt central.
Une dynamique appelée à durer
En faisant entrer le musée national sur le campus, les autorités créent un cercle vertueux entre connaissance académique et valorisation culturelle. Les étudiants repartent avec un regard renouvelé sur le passé, prêts à bâtir un futur enraciné dans l’ingéniosité congolaise.
