Investiture sans suspense
Brazzaville a vibré, le 30 décembre, au rythme des travaux de clôture du 6ᵉ congrès ordinaire du Parti congolais du Travail. Sans surprise, les congressistes ont investi Denis Sassou Nguesso comme candidat officiel de la formation à l’élection présidentielle prévue en mars 2026.
Réunis pendant trois jours au Palais des congrès, les 1 700 délégués venus de toutes les fédérations ont voté à l’unanimité en faveur du chef de l’État, saluant sa « vision de long terme » et ses « réalisations tangibles » dans les domaines sécuritaire, économique et social.
Pour Esther Ayissou Gayama, membre du présidium, cette reconduction répond « au soutien constant exprimé par la population » et à l’engagement du président « en faveur de la paix et de l’unité nationale ». La formule résume l’esprit consensuel qui a marqué les échanges.
Garante de l’orientation du PCT depuis 2011, Mme Ayissou Gayama a rappelé que la lutte contre le grand banditisme juvénile, la participation aux médiations africaines et la défense de l’agenda climatique témoignent « de la détermination constante de Denis Sassou Nguesso » sur les dossiers jugés prioritaires.
À plus de quatre-vingts ans, le président brigue ainsi un nouveau bail à la magistrature suprême. Les statuts révisés du parti autorisent sa candidature, tandis que la Constitution lui ouvre la voie, rappelant le précédent scrutin de 2021 remporté dès le premier tour.
Arguments avancés par le PCT
La direction politique a déroulé un bilan mettant en avant la modernisation des routes, l’électrification rurale et la couverture santé universelle expérimentale. Ces projets, souligne le rapport général, « traduisent la promesse de développement du mandat en cours » et justifient la confiance renouvelée.
D’autres arguments portent sur la résilience de l’économie nationale malgré les crises successives. Les experts du secrétariat à l’économie du PCT estiment que la croissance attendue autour de 4 % en 2024 reflète « des choix budgétaires rigoureux » et une diversification progressive vers l’agriculture et le numérique.
Sur le terrain diplomatique, Brazzaville veut maintenir son rôle de médiateur. La récente implication du chef de l’État dans les discussions sur la situation libyenne a été citée comme « exemple concret de la diplomatie de paix ». Le congrès a salué cette posture jugée bénéfique pour l’image du pays.
Renouvellement des instances dirigeantes
Assez notable, la composition des nouvelles instances intègre 42 % de femmes et 35 % de jeunes. Le comité central, fort de 775 membres, promet « une gouvernance collégiale ». Pierre Moussa a été reconduit secrétaire général, missionné pour « appliquer l’agenda acté par les congressistes ».
Dans son discours de clôture, le secrétaire général a d’abord « salué l’élévation du président au grade de Très Grand Camarade ». Il a ensuite exhorté les militants à « travailler en synergie » afin de transformer les résolutions en actions, particulièrement dans les circonscriptions rurales.
Le bureau politique passe de 69 à 75 membres pour mieux couvrir les réalités régionales. Une commission nationale de contrôle, forte de sept personnalités, devra veiller à l’application stricte des directives. Les participants ont adopté les statuts et un règlement intérieur harmonisé avec la législation nationale.
La question du financement de ces organes a été brièvement évoquée. Le trésorier national a indiqué que le parti compterait sur « les cotisations, un effort de solidarité interne et des partenariats licites ». Aucune précision supplémentaire n’a filtré, mais un comité d’audit interne est annoncé.
Cap sur la présidentielle 2026
À moins de deux ans de l’échéance, le calendrier interne prévoit la mise en place d’une stratégie terrain fondée sur la proximité. Les cellules de base doivent être renforcées dès février, tandis qu’un plan de communication digitale vise à toucher la jeunesse connectée des grandes villes.
Le PCT assure vouloir mener une campagne « responsable, axée sur le programme », loin des attaques personnelles. Les partis alliés du RMP devraient officialiser leur soutien lors d’une convention prévue à Owando au deuxième trimestre 2024, renforçant l’architecture de la majorité présidentielle.
Sur le plan institutionnel, la Commission électorale nationale indépendante devra être renouvelée l’an prochain. Plusieurs observateurs estiment que la désignation anticipée du candidat Sassou Nguesso offre au gouvernement un horizon stabilisé pour préparer le scrutin en concertation avec tous les acteurs.
Dans l’opinion, les réactions oscillent entre adhésion et attente de détails sur le futur programme quinquennal. Parmi les priorités citées figurent l’emploi des jeunes, la baisse du coût de la vie et la poursuite de l’industrialisation. L’équipe de campagne promet d’y répondre « en temps voulu ».
À Brazzaville comme à Pointe-Noire, certains commerçants disent espérer la stabilité des prix du carburant et des denrées stratégiques. Des syndicats du secteur public, eux, insistent sur la nécessité d’accompagner la réforme de la fonction publique pour rendre l’administration plus performante.
Pour l’heure, le PCT savoure le succès organisationnel de son congrès. La machine électorale est lancée, portée par un candidat expérimenté dont la ligne politique s’appuie sur la continuité et l’ambition de « faire du Congo un pôle de stabilité et de croissance » en Afrique centrale.
