Geste solidaire à Moungali
À l’orée du passage en 2025, le 4e arrondissement de Brazzaville a vécu une scène de solidarité très attendue. L’ONG Assistance au développement social, conduite par son président Delys Ibara, a distribué vivres et non-vivres à 400 personnes vulnérables.
Deux cents veuves et autant d’orphelins du quartier Moungali ont reçu chacun un colis renfermant poulets, poissons salés, bidons d’huile et riz, de quoi agrémenter les repas des fêtes. Pour beaucoup, ce panier représente la seule source d’abondance du réveillon.
« Nous voulions que personne ne se sente oubliée au cœur des réjouissances », explique Delys Ibara en remettant un échantillon symbolique. Les applaudissements nourris qui ont suivi illustrent la reconnaissance d’une population souvent contrainte à des arbitrages douloureux entre santé, éducation et alimentation.
Des produits de première nécessité prisés
Le choix des vivres n’est pas anodin : poulet et poisson constituent deux sources majeures de protéines dans les familles congolaises, tandis que l’huile assure la préparation de mets traditionnels tels que le saka-saka ou le poulet à la moambe.
En période de fêtes, la flambée sporadique des prix sur les marchés de Ouenzé et du Plateau rend ces produits inaccessibles aux ménages modestes. L’intervention de l’ADS vient donc amortir la pression sur les porte-monnaie déjà fragilisés par l’inflation.
Certains bénéficiaires, comme Mama Pauline, veuve depuis dix ans, disent pouvoir économiser le coût d’un sac de riz pour régler une facture d’école. « C’est plus qu’un repas, c’est un souffle pour nos enfants », confie-t-elle avec émotion discrète.
Un bilan d’actions sociales déjà dense
L’ONG basée à Brazzaville n’en est pas à son coup d’essai. Le 13 décembre 2024, elle avait coordonné une campagne sanitaire gratuite en partenariat avec le Centre médico-social Jaune, offrant consultations, bilans et traitements aux personnes âgées et démunies.
Selon les registres du CMSJ, plus de 700 patients avaient alors bénéficié d’analyses de glycémie, de tests rapides de paludisme et de conseils nutritionnels sans débourser le moindre franc. Ces services payants en temps normal restent hors de portée pour nombre de retraités.
Pour Delys Ibara, ces opérations répétées traduisent l’engagement de l’ONG à « conjuguer assistance alimentaire et suivi sanitaire, deux leviers complémentaires contre la pauvreté ». Un leitmotiv qui séduit plusieurs partenaires et donateurs privés cherchant un ancrage communautaire fiable.
Formation à l’entrepreneuriat annoncée
Lors de la cérémonie, le président a révélé le lancement imminent d’un programme de formation à l’entrepreneuriat destiné aux jeunes sans emploi de Moungali. L’objectif est de « transformer l’aide ponctuelle en autonomie durable » grâce à des modules de gestion et de marketing.
Un premier groupe de cinquante bénéficiaires sera sélectionné dès février, avec à la clé un accompagnement individualisé et l’accès à un fonds rotatif. Les secteurs visés incluent l’agro-transformation, la couture et les services numériques, identifiés comme porteurs à Brazzaville.
La mairie de l’arrondissement, associée au projet, promet de mettre des salles de formation à disposition. Une collaboration public-associatif saluée par le conseiller municipal chargé du développement local, qui y voit « un moyen concret de réduire le chômage des jeunes ».
Focus sur la santé des seniors et des démunis
L’ADS plaide aussi pour la prévention des maladies endémiques comme le paludisme, le choléra ou le VIH. Ses équipes organisent régulièrement des séances de sensibilisation dans les marchés et écoles, distribuant moustiquaires imprégnées et brochures explicatives rédigées en lingala et en français.
Les données du Programme national de lutte contre le paludisme montrent que Brazzaville compte encore un fort taux d’incidence, surtout chez les plus de 60 ans. L’ONG entend donc renforcer les dépistages mobiles pour détecter précocement et orienter vers les structures publiques.
Pour financer ces activités, l’association mise sur les contributions locales et la recherche de partenariats avec les entreprises installées dans la zone industrielle de Maloukou. Une démarche qui s’inscrit dans la dynamique nationale d’encouragement du mécénat socialement responsable.
Perspectives pour 2025
En plus de l’entrepreneuriat, l’ADS projette d’ouvrir une cantine communautaire capable de servir cent repas quotidiens aux enfants scolarisés. Le projet, actuellement à l’étude, bénéficierait de l’appui technique du Programme alimentaire mondial selon nos informations.
Pour les habitants interrogés, ces annonces traduisent un changement d’échelle. « Nous passions autrefois de Noël affamés, aujourd’hui nous voyons apparaître des formations et une cantine », souligne Junior Mavoungou, orphelin bénéficiaire devenu bénévole, preuve d’un cercle vertueux en gestation.
Les autorités départementales observent de près cette montée en puissance associative. Un responsable de la direction de l’Action sociale, préférant l’anonymat, affirme qu’un protocole de collaboration est à l’étude pour mutualiser données et logistique lors des prochaines évaluations de vulnérabilité.
À court terme, Delys Ibara espère étendre l’opération colis à d’autres arrondissements avant Pâques, « si les partenaires répondent présents ». Un défi conséquent mais jugé réalisable grâce à l’expérience acquise et à l’engagement grandissant des bénévoles locaux.
En attendant, le colis solidaire remis cette semaine apporte un rayon d’espoir immédiat. Sur les visages fatigués se lisait la perspective d’un repas partagé dans la dignité. Le geste rappelle que la fête se conjugue aussi avec partage et responsabilité collective.
