Le point sur la réforme
Le ministre de l’Assainissement urbain, du Développement local et de l’Entretien routier, Juste Désiré Mondélé, a affirmé à la presse le 3 janvier que la récente réorganisation du secteur de la salubrité ne s’accompagne d’aucune nouvelle taxe, dissipant ainsi les rumeurs persistantes.
Devant plusieurs reporters conviés à une tournée des artères de Brazzaville, le membre du gouvernement a rappelé que le Conseil des ministres avait simplement constaté des dysfonctionnements dans la collecte actuelle des contributions, souvent qualifiées de « floues » par les ménages et les opérateurs économiques locaux concernés.
Digitalisation des contributions
La réforme introduit la digitalisation des paiements dès février, via une plateforme mobile conçue avec l’Agence nationale de l’informatique de l’État. Chaque versement sera tracé en temps réel, permettant d’identifier la somme exacte destinée à l’enlèvement des déchets pour chaque quartier de la ville.
Selon le ministère, cette modernisation abaissera les frais de transaction et mettra fin aux pratiques manuelles susceptibles de générer des pertes. Les recettes seront centralisées sur un compte dédié du Trésor avant d’être redistribuées vers les structures locales en charge de la précollecte des déchets solides.
Rôle accru des collectivités locales
Les mairies d’arrondissement et les conseils départementaux seront désormais au cœur du dispositif. Leur mission consistera à sélectionner, par appel d’offres simplifié, des PME et associations capables d’assurer le ramassage primaire, tout en veillant au respect des standards environnementaux fixés par la politique nationale d’assainissement.
Un suivi trimestriel sera mené par les services techniques municipaux, épaulés par l’Agence congolaise de l’environnement. Dans l’hypothèse d’un manquement répété, des sanctions administratives, allant jusqu’au retrait du contrat, sont prévues afin de garantir la continuité du service public d’assainissement urbain pour tous usagers.
Recensement des acteurs de la filière
Avant le déploiement du paiement digital, un recensement exhaustif des pré-collecteurs et collecteurs démarrera mi-janvier. Chaque intervenant recevra un badge infalsifiable et un numéro d’agrément. L’objectif, explique un haut cadre du ministère, est d’éradiquer les équipes non autorisées opérant dans l’informel de manière parfois dangereuse sanitairement.
Les données collectées seront versées au registre national des métiers de la salubrité. Elles serviront également à dresser une cartographie des itinéraires d’enlèvement, facilitant la planification des tournées et la mise en place future de stations de transfert modernes pour les déchets solides urbains.
Focus sur les marchés domaniaux
Au marché Ouenzé, l’un des plus fréquentés de Brazzaville, les visiteurs découvrent encore des amas de détritus malgré les droits de place versés chaque matin. Le ministre s’est longuement arrêté sur ces étals pour dialoguer avec les gestionnaires et les vendeuses concernées directement.
Il a rappelé que la loi charge l’autorité de marché de maintenir la propreté des travées, condition essentielle à la sécurité alimentaire. L’État, a-t-il dit, assure le cadre; il appartient aux exploitants de tenir leurs locaux sans attendre l’arrivée des équipes de ramassage municipal.
Témoignages des commerçants
Des vendeurs interrogés confient régler quotidiennement entre cent et mille deux cents francs CFA pour l’assainissement, sans recevoir de reçu. « Nous ne savons pas à qui va l’argent », soupire Clarisse, marchande de légumes, réclamant une grille tarifaire et un point d’affichage clair sur le site.
À Bacongo, un responsable associatif admet des difficultés logistiques. « Nos brouettes sont vétustes et l’évacuation coûte cher », explique-t-il, saluant la perspective d’une mutualisation des moyens. Selon lui, la digitalisation devrait rassurer les contributeurs et accroître les volumes collectés dès les premiers mois d’application effective.
Perspective financière et gouvernance
Le projet s’appuie sur la nouvelle politique nationale de l’assainissement, adoptée l’an dernier avec l’appui d’institutions partenaires. Elle prévoit un budget pluriannuel fléché vers les infrastructures, tandis que la contribution citoyenne servira principalement à payer la main-d’œuvre et l’entretien courant des voies publiques concernées localement.
Un comité de suivi, associant élus, représentants d’usagers et experts en gestion des déchets, remettra un rapport annuel. Cette transparence, souligne-t-on au ministère des Finances, vise à consolider la confiance et à attirer d’éventuels financements climatiques internationaux vers les projets urbains d’assainissement.
Engagement citoyen renforcé
Juste Désiré Mondélé insiste sur la vigilance communautaire. « Les artères, les marchés et les quartiers ne doivent plus devenir des dépotoirs », martèle-t-il. Le ministère prévoit des campagnes de sensibilisation dans les écoles et sur les radios locales pour promouvoir les bons gestes quotidiens en matière d’hygiène.
Calendrier et prochaines étapes
Le calendrier officiel fixe la mise en service de la plateforme de paiement au 15 février, après une phase pilote restreinte à deux arrondissements. Les premiers retours d’expérience orienteront l’ajustement des tarifs et du mode opératoire avant l’extension nationale prévue sur toute l’année.
À moyen terme, le ministère envisage d’introduire la valorisation énergétique des déchets organiques, créant des emplois verts supplémentaires. Cette ambition, souligne la tutelle, s’inscrit dans le cadre de la transition écologique et du Plan national de développement 2022-2026, et renforcera l’attractivité de la capitale pour les investisseurs.
