Énergie et eau au Congo : un état des lieux à la télévision
Invité de l’émission « 30 jours pour convaincre en toute transparence », le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Emile Ouosso, a dressé un tableau détaillé des secteurs de l’électricité et de l’eau potable au Congo-Brazzaville, en insistant sur les priorités immédiates.
Selon le ministre, les avancées observées ces derniers mois ne doivent pas masquer les fragilités structurelles. Il évoque une dynamique d’amélioration, mais aussi la nécessité d’accélérer les réformes et les investissements pour rendre le service plus fiable et plus régulier.
Électricité : production jugée suffisante, réseau sous pression
Emile Ouosso assure que, pour la consommation quotidienne, l’électricité produite au Congo est globalement suffisante. À ses yeux, la difficulté majeure se situe ailleurs : le transport et la distribution, qui conditionnent l’arrivée effective des mégawatts dans les quartiers et les zones d’activité.
Le ministre souligne que des investissements supplémentaires sont attendus pour accompagner la demande des industries, en particulier minières. Il présente donc le renforcement du réseau comme un chantier central, afin que la production disponible se traduise plus nettement dans la vie des usagers.
Pointe-Noire–Brazzaville : la ligne en réhabilitation, un levier clé
Le ministre relie l’amélioration en cours à l’acheminement vers Brazzaville de l’électricité produite à Pointe-Noire par la Centrale électrique du Congo. Il met en avant la réhabilitation de la ligne Pointe-Noire–Brazzaville, conduite par la société italienne Eni Congo.
Il rappelle que cette ligne a longtemps été pénalisée par la vétusté de plusieurs installations, notamment aux postes de Mindouli, dans le Pool, et de Loudima, dans la Bouenza. Ces fragilités limitaient le transfert d’énergie vers la capitale, au détriment de la stabilité du service.
770 MW pour 600 MW de besoins : accès à l’électricité en hausse
D’après Emile Ouosso, la production nationale atteint 770 mégawatts, pour des besoins estimés à 600 mégawatts. Sur cette base, il indique que le taux d’accès à l’électricité est passé de 49 % à 59 % en l’espace d’un an, signe d’un mouvement d’élargissement.
Le ministre replace ces chiffres dans la géographie du pays, en rappelant que près de 80 % de la population vit à Brazzaville et à Pointe-Noire. Pour lui, l’enjeu est d’assurer une meilleure continuité du service dans ces grands centres, sans négliger les autres zones.
Côte Matève : des mégawatts, mais des pertes sur le trajet
Le ministre salue les performances de la centrale à gaz de Côte Matève, présentée comme un pilier de la production, avec 484 mégawatts. Dans son propos, il insiste toutefois sur l’écart entre l’énergie destinée à Brazzaville et celle qui y arrive réellement.
Selon lui, sur les 300 mégawatts prévus pour Brazzaville, moins de 100 mégawatts parviennent effectivement à destination. Il attribue ces pertes à un réseau de transport ancien, datant de 1982, ce qui rend la modernisation incontournable.
Banque mondiale et Eni : financements annoncés pour moderniser
Pour rattraper le retard technique, Emile Ouosso évoque des financements mobilisés pour la modernisation des infrastructures de transport. Il cite un appui de la Banque mondiale et un autre d’Eni, évalués chacun à environ 62 milliards de FCFA, destinés au renforcement du système.
Dans l’esprit du ministre, ces apports doivent se traduire par une réduction progressive des pertes et par une meilleure capacité d’acheminement. L’objectif affiché est de transformer l’effort de production en bénéfice direct pour les ménages, les administrations et les activités économiques.
Barrage d’Imboulou : alerte sur la maintenance et les risques
Abordant le barrage hydroélectrique d’Imboulou, le ministre reconnaît un état de dégradation avancée de cette infrastructure évaluée à 170 milliards de FCFA, concédée à un opérateur suisse. Il précise qu’une turbine est à l’arrêt depuis 2018.
Il ajoute que certaines installations présentent des risques structurels sérieux. Emile Ouosso attribue principalement la situation à un manque de maintenance et avertit que ces fragilités peuvent exposer le pays à des procédures internationales, d’où l’importance de rétablir une gestion technique rigoureuse.
Eau potable à Brazzaville : des réseaux anciens, des forages en renfort
Sur l’eau potable, Emile Ouosso rappelle que certaines installations de Brazzaville, notamment dans le centre-ville, datent de 1951. Il présente ce vieillissement comme un facteur explicatif des tensions, surtout dans les périodes où la demande augmente et la distribution devient irrégulière.
Pour atténuer les pénuries, il indique que le gouvernement a lancé la construction de cinq forages. Deux sont déjà opérationnels à la Patte d’Oie et à Nkombo. Les forages de Mfilou, Mpissa et Talangaï doivent être mis en service prochainement.
Pointe-Noire : nouveaux forages annoncés, mise en service attendue
À Pointe-Noire, le ministre signale que de nouveaux forages sont en cours de construction et devraient être opérationnels dès février. Il présente cette perspective comme un renfort concret de la production d’eau, dans une ville où la demande suit la croissance urbaine.
Dans ses explications, il insiste sur le caractère pratique de ces travaux, attendus sur le terrain. L’idée est de stabiliser l’approvisionnement, tout en poursuivant les efforts sur les réseaux, afin que les capacités créées se traduisent en eau disponible au robinet.
Le lien eau-électricité : “Sans courant, les usines s’arrêtent”
Emile Ouosso insiste sur l’interdépendance entre eau et électricité. Il résume ce lien par une formule : « Sans courant, les usines d’eau de Djoué et de Djiri s’arrêtent. C’est pourquoi nous livrons la bataille de l’électricité » (Journal de Brazza).
Cette articulation éclaire, selon lui, la stratégie du ministère : sécuriser l’énergie pour sécuriser l’eau. Autrement dit, les efforts sur la production et sur les lignes de transport ne visent pas seulement l’éclairage ou l’industrie, mais aussi la continuité des services essentiels.
Partenariats public-privé : cap sur les réformes et la performance
Face aux contraintes budgétaires de l’État, le gouvernement mise, selon le ministre, sur des partenariats public-privé. Il évoque des accords signés avec des partenaires comme le PNUD et la BAD, avec une condition : la poursuite des réformes pour améliorer la gouvernance et la performance.
Le ministre cite explicitement E²C et la LCDE comme acteurs concernés par cette dynamique. Dans son propos, il ne s’agit pas seulement d’obtenir des financements, mais de renforcer les méthodes de gestion, la qualité de service et la capacité à tenir des engagements techniques et commerciaux.
Pacte national énergétique : 9 616 milliards FCFA d’investissements visés
Emile Ouosso mentionne enfin le Pacte national énergétique, signé à New York, qu’il présente comme un cadre représentant 9 616 milliards de FCFA d’investissements. À l’entendre, les financements existent, mais l’État doit encore renforcer ses garanties commerciales.
Le ministre ajoute qu’entre 2000 et 2018, l’État a investi près de 1 500 milliards de FCFA dans l’électricité, sans résultats probants, d’où la nécessité, selon lui, de mobiliser davantage le capital privé. Il conclut sur l’urgence d’agir, avec méthode et réformes.
