Un nouveau livre de Théophile Obenga chez Présence Africaine
Parue le 20 janvier aux Éditions Présence Africaine, la nouvelle œuvre du Pr Théophile Obenga, « Reconstruction du nilo-atlantique », arrive en librairie avec une promesse claire : proposer une reconstruction linguistique ambitieuse, appuyée sur un corpus étendu et une méthode revendiquée comme rigoureuse.
L’ouvrage doit être présenté au public à Paris le 24 janvier, de 17h à 19h, à la librairie Présence Africaine, rue des Écoles, dans le 5e arrondissement. Selon les organisateurs, cette rencontre vise à donner les premiers repères de lecture et à dialoguer avec les lecteurs.
Un second rendez-vous est annoncé le 2 février, dans la salle Verte de l’ambassade de la République du Congo à Paris, autour d’une séance de dédicace. La date coïncide avec l’anniversaire des 90 ans de l’auteur, offrant un cadre symbolique à cette étape de diffusion.
« Reconstruction du nilo-atlantique » : une proposition linguistique structurante
Le texte de présentation décrit « Reconstruction du nilo-atlantique » comme une œuvre linguistique d’ampleur, mettant en avant l’envergure conceptuelle, la richesse documentaire, le raffinement critique et l’harmonie des résultats. L’auteur y revendique une approche qui entend s’éloigner d’hypothèses jugées fragiles ou trop spéculatives.
Dans cette perspective, l’ouvrage prend ses distances avec certaines constructions antérieures, notamment des familles linguistiques présentées comme « jamais reconstruites » dans le sens strict de la linguistique historique, telles que le « chamitosémitique » et l’« afro-asiatique ». Le propos est de recentrer l’analyse sur des procédures comparatives contrôlées.
Obenga place au cœur de son raisonnement l’idée qu’une reconstruction valable doit reposer sur un protocole explicite. Les lecteurs sont ainsi invités à suivre un cheminement qui privilégie les correspondances, les séries, et la cohérence interne des formes, plutôt que des rapprochements simplement intuitifs.
La méthode comparative et l’hypothèse d’un ancêtre commun
L’ouvrage rappelle un principe classique : la clef de la linguistique historique est la méthode comparative. C’est ce cadre que l’auteur mobilise pour proposer une dérivation à partir d’un ancêtre primitif commun, qualifié de pré-dialectal, censé relier des ensembles linguistiques étudiés sur la longue durée.
Dans l’argumentaire présenté, l’égyptien ancien pharaonique, le copte et des langues négro-africaines modernes sont rattachés à cet ancêtre commun. Cet ancêtre est nommé « nilo-atlantique ». L’appellation sert ici à désigner une origine reconstructible, et non un simple label géographique.
Le livre entend ainsi articuler des données de différentes époques et traditions d’écriture. L’objectif, tel qu’annoncé, consiste à rendre lisible une continuité de structures, en s’appuyant sur des comparaisons méthodiques, et en assumant une thèse d’unité derrière la pluralité observée.
Diversité linguistique africaine : l’unité comme fil directeur
Selon le propos résumé, « Reconstruction du nilo-atlantique » défend l’idée que la diversité linguistique africaine ne doit pas être comprise comme une diversité « dans l’absolu », mais comme une diversité « dans l’unité ». Autrement dit, l’éventail des langues s’inscrirait dans une parenté plus profonde.
Le texte insiste également sur un prérequis méthodologique : une connaissance approfondie de l’égyptien ancien serait incontournable pour ce type d’analyse. Cet accent mis sur l’égyptien vise à solidifier les comparaisons et à éviter des rapprochements trop rapides entre langues éloignées dans le temps et l’espace.
L’auteur associe cette exigence à une lecture culturelle et historique de l’Égypte pharaonique, présentée comme appartenant pleinement au monde noir. Les arguments cités reposent sur la situation géographique, la composition biologique des populations autochtones, et des systèmes culturels et linguistiques.
Rencontres à Paris : librairie et ambassade du Congo au programme
Les organisateurs annoncent que les explications détaillées sur les choix théoriques et les démonstrations seront réservées, en primeur, aux participants de la présentation officielle à la librairie Présence Africaine. L’événement est conçu comme un temps d’échange, utile pour situer l’ouvrage dans le paysage des études africaines.
La dédicace programmée à l’ambassade de la République du Congo à Paris s’inscrit, elle, dans un registre plus institutionnel et commémoratif. La salle Verte doit accueillir le public autour de l’auteur, avec un intérêt particulier lié à la date anniversaire des 90 ans de Théophile Obenga.
Pour les lecteurs congolais de la diaspora, ces deux rendez-vous concentrent l’essentiel des premières prises de parole annoncées autour du livre. Ils offrent aussi un espace de rencontre entre chercheurs, étudiants, curieux, et amateurs de débats sur les langues et l’histoire.
Théophile Obenga, un parcours académique reconnu
Théophile Mwené Ndzalé Obenga, né à Mbaya (République du Congo) le 2 février 1936, est présenté comme égyptologue, linguiste et historien. Le texte rappelle qu’il a défendu, avec Cheikh Anta Diop, une vision de l’histoire africaine recentrée sur les préoccupations des chercheurs africains.
Docteur d’État ès lettres en Sciences humaines (Sorbonne), il a étudié plusieurs disciplines : philosophie, linguistique historique comparative, archéologie préhistorique, sciences de l’éducation, et égyptologie. Son parcours académique mentionne notamment Bordeaux, le Collège de France à Paris, Genève et Pittsburgh.
Parmi les enseignants cités figurent Émile Benveniste pour la linguistique historique, Jean Leclant et Charles Maystre pour l’égyptologie, Rodolphe Kasser pour le copte, et Lionel Balout pour la paléontologie humaine. Ces références situent l’auteur dans des traditions universitaires variées.
CICIBA, revue Ankh et filiation intellectuelle avec Cheikh Anta Diop
Le texte rappelle que Théophile Obenga a été ancien directeur général du Centre international des civilisations bantu (CICIBA) à Libreville. Il dirige également Ankh, une « revue d’égyptologie et des civilisations africaines » éditée à Paris, décrite comme un lieu de recherche et de débats scientifiques.
Selon cette présentation, la revue explore des voies initiées ou renouvelées par Cheikh Anta Diop, dans une perspective épistémologique replaçant l’Égypte ancienne dans ce que l’auteur considère comme son « cadre naturel africain ». Le projet vise à relire l’antiquité africaine depuis des problématiques africaines.
À travers la parution de « Reconstruction du nilo-atlantique », Obenga poursuit ainsi un travail au long cours, mêlant linguistique, histoire et enjeux de méthode. Les prochains échanges publics à Paris devraient éclairer la façon dont l’auteur articule sources, comparaisons et interprétations au sein de ce nouvel ouvrage.
