Une slameuse née au Congo-Brazzaville et un pianiste français s’associent sous le nom de YéMèYi. Leur premier EP, « La Femme Homme », ouvre un triptyque tourné vers l’émancipation féminine. Au cœur du projet, il y a le parcours d’Aurore Marinette Pangopo, que retrace RFI.
Un premier EP attendu le 9 octobre
Le disque doit paraître le 9 octobre 2026. Il réunit deux univers : Aurore Marinette Pangopo, poétesse, slameuse et activiste congolaise, et Marc Bizzini, pianiste, compositeur et beatmaker français.
Le duo se produira ensuite en concert le 15 octobre à Saint-Ouen, en région parisienne. Cet EP constitue le premier volet d’un triptyque encore à paraître.
Leur musique mêle slam, groove urbain, musique classique et influences latines. Le duo en fait un espace de dialogue et de résistance, où se croisent émancipation féminine, liberté de parole et mise en valeur des artistes africaines.
« La Femme Homme », un titre contre les cases
Le titre du disque intrigue. Il condense pourtant le projet de l’artiste congolaise : remettre en cause les rôles imposés aux femmes et réclamer le droit de choisir soi-même son identité.
Dans ses textes, Aurore Marinette Pangopo démonte les stéréotypes de genre et les injonctions sociales. Elle donne voix à des réalités souvent tues. Sa parole peut être rageuse ou tendre, frontale ou intime, mais elle reste toujours profondément incarnée.
L’artiste explique d’où vient ce besoin : « Étant donné que je viens d’un milieu où la parole de la femme était taboue, j’ai voulu décortiquer les cases dans lesquelles on nous enferme ».
Une jeunesse dans une secte, puis l’exil
Cette écriture puise largement dans sa propre histoire. Née au Congo-Brazzaville, Aurore Marinette Pangopo a grandi au sein d’une secte. Elle y a subi humiliations et violences, rapporte RFI.
À 32 ans, alors qu’elle était enceinte de quatre mois, elle a quitté son pays. Elle a trouvé refuge au Maroc, où elle vit et crée depuis une dizaine d’années.
Le slam était entré dans sa vie bien avant cet exil. Il est devenu pour elle un espace de reconstruction et d’émancipation.
2015, le slam congolais entre au stade
Son nom est lié à une date marquante pour la discipline. En 2015, lors de la cérémonie de clôture des Jeux africains de Brazzaville, elle est devenue la première femme à porter le slam congolais dans un stade.
Aujourd’hui, sous le nom de YéMèYi, elle intervient aussi dans des écoles et des associations. Elle y défend la visibilité des femmes artistes africaines, la liberté d’expression et le dialogue interculturel.
Le nom du projet vient du lingala : YéMèYi y signifie « elle-même ».
Le piano de Marc Bizzini en contrepoint
Les mots occupent le devant de la scène, mais ils s’appuient sur l’univers foisonnant de Marc Bizzini. Le musicien français y croise groove urbain, swing, rythmes latins et références classiques.
Le titre « Post Partum » en donne un aperçu. Il aborde avec sensibilité les réalités de la maternité, parfois idéalisées. Au détour d’un piano délicat, une citation de Schubert y surgit.
Cette richesse musicale éclaire d’une lumière particulière les textes d’Aurore Pangopo. Ceux-ci font des traumatismes une matière poétique et des blessures une force créatrice.
Une « alchimiste des mots » au travail
La slameuse résume elle-même son approche, sans filtre : « Je me définis comme une alchimiste des mots. Toute la merde qu’on m’a donnée, je l’ai transformée en beauté, en mots et en paroles ».
L’aventure ne s’arrête pas à ce premier EP. Deux nouveaux volets sont déjà en préparation et doivent prolonger le projet très prochainement.
Pour le public congolais, YéMèYi met en lumière une artiste du pays qui, installée au Maroc, fait de son histoire personnelle la matière d’un projet tourné vers la parole des femmes.
