À l’approche du vote de la loi de finances 2027, l’Alliance Gavi a plaidé auprès du président du Sénat, Pierre Ngolo, pour une ligne budgétaire dédiée à l’achat des vaccins. En toile de fond, une rupture de BCG qui retarde la vaccination de nombreux enfants.
Gavi reçu au Sénat à l’heure du budget 2027
Le 9 octobre, à Brazzaville, Martin Morand a été reçu par Pierre Ngolo, président du Sénat. Responsable Pays au département de la mise en œuvre des programmes de Gavi, l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation, il est venu avec un message précis : prévoir de l’argent pour les vaccins.
Le représentant de Gavi n’était pas seul. Des délégués de l’Unicef et du ministère de la Santé et de la Population l’accompagnaient. Cette rencontre s’inscrit dans sa mission annuelle au Congo, destinée à soutenir les efforts de vaccination et le programme d’achat des vaccins dans le pays.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Selon Martin Morand, le Sénat joue un rôle tout particulier dans le fonctionnement de la République du Congo, surtout dans la période qui précède le vote de la loi de finances 2027. C’est dans cette séquence budgétaire que Gavi a choisi de porter son plaidoyer.
Vacciner un maximum d’enfants congolais
Devant la presse, Martin Morand a résumé l’esprit de l’échange. « Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec M. le président du Sénat pour évoquer avec lui la vaccination au Congo, les enjeux autour de la vaccination », a-t-il déclaré.
Pour lui, ces enjeux se ramènent à une question simple : comment maximiser le nombre d’enfants vaccinés dans le pays, et faire en sorte qu’un maximum d’entre eux reçoivent « cette vaccination essentielle ».
Une ligne budgétaire pour l’achat des vaccins
Le cœur de la démarche tient dans la loi de finances. Martin Morand a dit vouloir comprendre « quels seraient les moyens à mettre en place pour s’assurer que la loi de finances prévoit les financements nécessaires à la vaccination pour 2027, notamment l’achat des vaccins ».
Il a présenté cette rencontre comme une manière, pour Gavi, de se rassurer. L’objectif est de vérifier que « tous les mécanismes soient mis en place au Congo pour que le budget de l’Etat inscrive des fonds nécessaires pour l’achat des vaccins ».
Rupture de BCG : les centres de santé en attente
Ce plaidoyer intervient dans un contexte tendu. Le Pr Jile Florient Mimiesse, directeur du Programme élargi de vaccination (PEV) au ministère de la Santé, a rappelé que le pays connaît de sérieuses difficultés d’approvisionnement en vaccins, avec en premier lieu une rupture de BCG.
Ce vaccin protège contre la tuberculose. « Nous sommes en difficultés depuis quelques mois en termes de certains vaccins au PEV, en occurrence le vaccin contre la tuberculose, le BCG », a reconnu le responsable.
Il assure que l’exécutif connaît la situation. « Le gouvernement est conscient de cette situation. C’est pour cela que nous faisons le plaidoyer au haut niveau pour que cette situation soit résolue », a-t-il ajouté, appelant les autorités à la vigilance sur la vaccination.
Un message rassurant adressé aux mamans
Malgré la pénurie, Jile Florient Mimiesse s’est voulu confiant. Il s’est adressé à la population, et surtout aux mamans, en annonçant un réapprovisionnement prochain des hôpitaux en vaccins, à commencer par le BCG.
« Avec ce plaidoyer que nous venons de faire, le pays sera probablement approvisionné en vaccins », a-t-il affirmé. Selon lui, les antigènes manquants seront bientôt disponibles au ministère de la Santé, puis distribués dans tous les centres de santé.
L’enjeu, pour les familles, est de voir la vaccination contre la tuberculose relancée. Le directeur du PEV a promis un effort de rattrapage : « Avec ce stock que nous aurons, nous allons rattraper les enfants qui n’ont pas été vaccinés ».
2030, l’échéance qui change la donne pour le Congo
L’Alliance du Vaccin est un partenariat public-privé qui aide à vacciner plus de la moitié des enfants de la planète contre certaines des maladies les plus meurtrières.
Le Congo bénéficie de son appui depuis plus de 25 ans. Mais au regard de son produit intérieur brut par habitant, le pays ne pourrait plus prétendre à ce soutien. À partir de 2030, il devra assumer le financement complet de la vaccination.
Le changement d’échelle est important. Le pays doit se préparer à dépenser environ 15 milliards FCFA par an à partir de 2030, contre un cofinancement actuel de 2 309 291 200 FCFA. Soit une enveloppe plus de six fois supérieure à l’effort consenti aujourd’hui.
Le budget 2027, premier test avant l’autofinancement
Dans ce contexte, la loi de finances 2027 prend valeur de test. Une ligne budgétaire conséquente pour l’achat des vaccins permettrait, selon la logique défendue par Gavi, de sécuriser les programmes avant la bascule vers l’autofinancement.
Pour les parents de Brazzaville, de Pointe-Noire ou des départements, la question reste très concrète : retrouver des vaccins disponibles dans les centres de santé. Le vote du budget dira si le plaidoyer porté devant le Sénat a été entendu.
