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    Accueil»Politique»Dabaiba drague les drones azéris : Tripoli s’agite, Ankara observe à distance
    Politique

    Dabaiba drague les drones azéris : Tripoli s’agite, Ankara observe à distance

    Publié par Solange Mavoungou25/06/2025
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    Le pari aérien du Premier ministre libyen

    Dans la fournaise politico-militaire de Tripoli, la quête de suprématie tactique se joue désormais dans le ciel. Selon plusieurs sources sécuritaires libyennes, la force conjointe stationnée à Misrata, fidèle au Premier ministre Abdelhamid Dabaiba, a sollicité le ministère de la Défense azerbaïdjanais pour l’acquisition de drones d’attaque de type Bayraktar TB2 ou Akinci. Cette initiative, gardée sous un voile de confidentialité, témoigne de la volonté du dirigeant du Gouvernement d’union nationale (GUN) de se prémunir contre la résurgence de milices hostiles qui contestent son autorité au cœur de la capitale.

    Dans les salons feutrés du Conseil présidentiel libyen, certains conseillers concèdent que « la pression militaire reste le langage le plus performant face aux groupuscules qui marchandent leur loyauté ». Dabaiba, fragilisé par la paralysie du processus électoral et par le rival gouvernemental de Fathi Bachagha, semble convaincu que la maîtrise de la troisième dimension pourrait lui offrir l’avantage décisif qui manqua à ses prédécesseurs.

    Bakou, nouveau hub des drones au-delà du Caucase

    Le choix de l’Azerbaïdjan n’est pas fortuit. Depuis la victoire de Bakou lors de la seconde guerre du Haut-Karabakh, les drones turco-azéris ont acquis une réputation de « game changer » dans les conflits asymétriques. Le président Ilham Aliyev s’emploie à convertir ce succès opérationnel en capital diplomatique, multipliant les propositions de coopération sécuritaire vers les partenaires méditerranéens. Pour Bakou, la Libye constitue un marché d’exportation prometteur et un levier d’influence supplémentaire dans le monde arabe, tandis que pour Tripoli, l’offre azérie présente l’avantage de contourner les embargos implicites imposés par certains États occidentaux.

    Un diplomate européen en poste à Istanbul note toutefois que « la Turquie, alliée tutélaire du GUN, demeure le véritable architecte de la filière drone ». Bakou fournirait la façade contractuelle, Ankara les moyens techniques, brouillant encore la lisibilité des engagements internationaux et laissant planer la question de la compatibilité des opérations avec les résolutions onusiennes sur l’embargo sur les armes.

    Tripoli, théâtre mouvant d’alliances et de rivalités armées

    Depuis l’échec de l’offensive du maréchal Khalifa Haftar en 2020, la capitale libyenne reste fragmentée par une mosaïque de milices, dont certaines, naguère alliées de circonstance, défient aujourd’hui l’autorité de Dabaiba. La récente montée de tensions à Abu Salim et Souq al-Jouma rappelle la fragilité d’une paix négociée à coups de dividendes pétroliers. En se dotant de drones offensifs, le GUN espère instaurer une dissuasion aérienne capable de neutraliser rapidement les positions d’artillerie légère et les convois mécanisés des factions dissidentes.

    Pour les responsables onusiens de la Mission d’appui en Libye (MANUL), cette fuite en avant technologique risque de « transformer des affrontements localisés en scènes de guerre urbaine à haute intensité ». La population tripolitaine, déjà éprouvée par les coupures d’électricité et l’inflation, redoute que la libération de la puissance de feu aérienne n’aggrave davantage la vulnérabilité des civils.

    Répercussions régionales et équations diplomatiques

    Le ballet discret des délégations libyennes à Bakou ne passe pas inaperçu dans les chancelleries voisines. L’Égypte observe avec suspicion le renforcement potentiel d’un acteur qu’elle perçoit comme adossé à la Turquie, tandis que l’Algérie, soucieuse de préserver son flanc oriental, plaide pour un moratoire régional sur les aéronefs armés. Les capitales européennes, préoccupées par la sécurisation de leurs intérêts énergétiques, s’interrogent sur la capacité de Dabaiba à éviter une escalade incontrôlée tout en rétablissant un minimum de cohésion institutionnelle.

    Derrière l’apparente course à l’armement, les négociations menées par l’émissaire de l’ONU Abdoulaye Bathily pour relancer le processus constitutionnel peinent à trouver un écho. Le risque est patent : si l’usage des drones permet à Dabaiba de remporter une victoire tactique, il pourrait aussi anéantir, par son impact psychologique, les maigres avancées vers un consensus électoral. Ainsi, la diplomatie discrète autour des livraisons d’aéronefs offensifs se double d’une équation stratégique où la supériorité militaire peut se retourner contre la stabilité politique.

    Entre dissuasion et dérives, le ciel libyen à l’heure des choix

    À court terme, l’acquisition de drones azéris offrirait sans doute à Dabaiba un instrument redoutable de pression sur les milices récalcitrantes. À moyen terme, elle cristallise toutefois le risque d’un enlisement qui raviverait les lignes de fracture régionales et dévaluerait les efforts de médiation internationale. Un conseiller militaire turc, requérant l’anonymat, résume la dialectique du moment : « La maîtrise du feu aérien confère un poids politique, mais ne fabrique pas la légitimité dont souffre la Libye ».

    Alors que les projecteurs de la communauté internationale restent focalisés sur le conflit ukrainien, la Méditerranée centrale pourrait redevenir le laboratoire des guerres de drones. À Tripoli, chacun sait que l’histoire libyenne a souvent basculé dans l’imprévisible. Il appartient désormais aux partenaires du GUN mais aussi à ses critiques d’orchestrer une gouvernance responsable de ces nouveaux outils létaux, sous peine de voir le ciel d’Afrique du Nord devenir le prochain théâtre de la confrontation par procuration.

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