Un lancement applaudi à Brazzaville
Le hall de l’École normale supérieure de Brazzaville a réuni enseignants, chercheurs et responsables scolaires venus découvrir un nouveau support didactique d’anglais destiné aux lycéens congolais.
Le Pr Yvon-Pierre Ndongo-Ibara, président de la Société congolaise de linguistique, a dévoilé l’ouvrage, fruit de plusieurs années de cours, d’observations en classe et de recherches.
« C’est une étape décisive pour l’enseignement des langues étrangères », a-t-il déclaré, rappelant que la maîtrise de l’anglais reste un atout pour l’employabilité des jeunes.
La rencontre a vu la participation du ministre de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’alphabétisation, Jean Luc Mouthou, qui a salué « une initiative porteuse d’avenir ».
Une conception pédagogique enracinée
Le manuel privilégie des situations de communication tirées de la vie quotidienne à Brazzaville, Pointe-Noire ou Owando, afin de refléter la réalité linguistique des apprenants.
Dialogues au marché, instructions de transport urbain ou échanges lors d’événements sportifs locaux constituent la trame des unités d’apprentissage.
Selon le Pr Ndongo-Ibara, « l’élève se retrouve dans chaque leçon, ce qui facilite la mémorisation du vocabulaire et la compréhension orale ».
L’approche s’inscrit dans la pédagogie par compétences désormais recommandée par le programme national, articulant grammaire, prononciation, étude de textes et pratiques culturelles.
Les attentes des enseignants du secondaire
Nombre de professeurs présents ont reconnu rencontrer des difficultés pour « opérationnaliser les sous-disciplines » de l’anglais avec efficacité.
Le nouveau support propose des séquences didactiques clé-en-main : fiches de grammaire contextualisées, jeux de rôle pour la prononciation, et textes courts illustrant les fonctions langagières.
« Nous manquions souvent de matériel adapté au niveau réel des élèves », confie Mme Sonia Makosso, enseignante au lycée Chaminade.
L’ouvrage promet ainsi de réduire le recours exclusif aux manuels importés, parfois éloignés des préoccupations congolaises.
Le soutien institutionnel confirmé
Le ministre Jean Luc Mouthou a rappelé que la journée ne devait pas rester « un rendez-vous académique réservé aux spécialistes », mais s’ouvrir à l’ensemble des acteurs éducatifs.
Il a souligné l’importance d’intégrer les savoirs endogènes dans les curricula pour renforcer la confiance des élèves et valoriser la culture nationale.
Le ministère réfléchit déjà à une diffusion progressive du manuel dans tous les établissements publics et privés, à travers les inspections d’anglais départementales.
Un comité de suivi assurera la formation continue des enseignants afin de garantir une mise en œuvre homogène et efficace.
Une démarche « made in Congo » valorisée
Le projet découle des travaux menés à l’École normale supérieure, centre historique de la formation des formateurs nationaux.
Les modules présentés durant l’atelier s’appuient sur des études de terrain réalisées auprès de classes pilotes à Talangaï et Makélékélé.
Résultat : des unités calquées sur les rythmes d’apprentissage observés chez les adolescents congolais, plutôt que sur des normes externes.
Cette appropriation locale illustre la capacité du système éducatif à innover tout en s’alignant sur les standards internationaux d’évaluation linguistique.
Enjeux linguistiques et culturels
Au-delà de l’acquisition d’une langue étrangère, le manuel entend renforcer l’ouverture culturelle des élèves, indispensable sur un marché du travail de plus en plus mondialisé.
Des encadrés socioculturels relient chaque leçon à l’histoire, aux musiques urbaines ou aux innovations technologiques du pays.
« L’anglais devient alors un vecteur pour raconter le Congo au reste du monde », explique le Pr Ndongo-Ibara.
Le choix d’exemples locaux vise aussi à préserver l’estime de soi des apprenants, souvent déstabilisés par des références éloignées de leur environnement.
Perspectives et prochaines étapes
Les participants à l’atelier ont recommandé l’élaboration d’une version numérique interactive afin de toucher les établissements disposant de salles multimédia.
Des partenariats sont envisagés avec les opérateurs télécoms pour diffuser des capsules audio facilitant la prononciation en dehors de la classe.
Le Pr Ndongo-Ibara prévoit également de lancer un réseau de « classes partenaires » pour partager retours d’expérience et bonnes pratiques en temps réel.
Si la phase pilote confirme les premiers retours positifs, le manuel pourrait devenir la référence nationale pour l’enseignement de l’anglais au secondaire.
