Urbanisation accélérée et enjeux de sécurité
Brazzaville connaît une poussée démographique soutenue; des quartiers entiers sortent de terre en marge des plans officiels, alimentant des constructions spontanées parfois vulnérables aux aléas climatiques. Pour accompagner cette croissance sans compromettre la sécurité des habitants, le gouvernement a décidé de professionnaliser encore davantage ses équipes de terrain.
Vendredi 8 décembre, au centre de conférence du ministère de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat, un atelier éclair d’une journée a réuni une cinquantaine de délégués venus des douze départements pour consolider leurs compétences techniques, juridiques et opérationnelles.
Adopté en 2021, le Plan national d’aménagement du territoire prévoit de faire passer le taux de logements conformes de 65 % à 85 % d’ici 2030, notamment grâce à une meilleure coordination entre les ministères sectoriels et les collectivités territoriales.
L’urbaniste Clément Ibata rappelle que chaque franc investi dans la prévention permet d’économiser jusqu’à quatre francs en reconstruction après sinistre, argument économique qui trouve un écho favorable auprès des bailleurs internationaux.
Un atelier national pour monter en compétence
Julio Nganongo Osséré, directeur de cabinet, a ouvert les travaux en rappelant que « le délégué à l’urbanisme est le premier rempart contre l’auto-construction informelle », mission qu’il associe à la protection des vies humaines, à la sauvegarde du paysage urbain et au respect de la loi.
Selon les derniers chiffres du ministère, près de 35 % des logements construits ces cinq dernières années n’ont pas reçu d’autorisation préalable, exposant leurs occupants à des risques structurels en cas d’inondation ou de séisme, deux phénomènes auxquels le bassin du fleuve Congo reste sensible.
Des outils juridiques désormais mieux maîtrisés
Les formateurs, issus de la Direction générale de l’urbanisme, ont décortiqué le nouveau Code de l’urbanisme, les schémas directeurs et les plans locaux, insistant sur les articles relatifs aux servitudes, aux alignements et à la délivrance du permis de construire.
« Beaucoup de litiges naissent d’une mauvaise interprétation des textes, rappelle Me Vanessa Mafoua, juriste invitée. L’enjeu est de doter chaque délégué d’une grille de lecture unique afin de produire des décisions homogènes sur tout le territoire ».
Surveillance numérique et reporting en temps réel
L’atelier a présenté un module de cartographie mobile permettant aux agents de géolocaliser une construction suspecte, de joindre des photos et de transmettre instantanément le dossier au siège pour instruction, réduisant ainsi les délais de réaction parfois critiqués par les riverains.
Selon l’ingénieur Jean-Brice Okouya, concepteur de la plateforme, l’outil « s’intègre au système national d’information géographique et facilite la mise à jour des statistiques sur l’habitat, élément clé pour la planification des équipements publics ».
Pour garantir la transparence, un tableau de bord public sera mis en ligne : il indiquera les permis délivrés, les infractions constatées et l’état de traitement des dossiers, renforçant ainsi la confiance des citoyens dans l’action administrative.
Prévention et répression équilibrées
La stratégie gouvernementale privilégie d’abord la pédagogie: affichage des zones inconstructibles, sensibilisation sur les normes antisismiques et accompagnement administratif gratuit pour l’obtention du permis, notamment dans les communes périphériques où les projets prolifèrent.
En cas de récidive ou de danger immédiat, les délégués pourront dresser un procès-verbal transmis au parquet, susceptible d’aboutir à des amendes allant jusqu’à deux millions de francs CFA et, dans les cas extrêmes, à la démolition de l’ouvrage.
Le succès de la démarche dépendra également de la collaboration avec les architectes et les ingénieurs privés, invités à signer une charte d’engagement pour promouvoir les bonnes pratiques et signaler toute tentative de contournement des règles.
Appui stratégique aux collectivités locales
Parce qu’elles délivrent les autorisations d’occupation du sol, les mairies demeurent le pivot de la régulation. Les délégués serviront désormais de conseillers techniques permanents et aideront à actualiser les plans locaux d’urbanisme qui fixent les affectations de terrain.
Le maire de Mfilou, Richard Mavoungou, présent, a salué « un partenariat qui va nous permettre de renforcer la cohérence entre les permis délivrés et les infrastructures prévues, comme les voiries et les réseaux d’eau ».
Capacités renforcées pour un habitat résilient
À l’issue de la formation, chaque participant a reçu un guide pratique illustré et a passé une simulation de constat d’infraction. L’exercice a permis d’identifier et de documenter un bâtiment élevé sans chaînage vertical, puis de proposer des prescriptions correctives.
Les délégués devront transmettre, dans un mois, un rapport sur l’application des compétences acquises. Le ministère envisage de publier un baromètre semestriel de la conformité, afin de mesurer les progrès et d’ajuster les actions de terrain.
Dans les prochains mois, un second cycle de formation ciblé sur la gestion des risques climatiques sera proposé; il abordera les techniques de construction verte, la récupération des eaux pluviales et l’optimisation énergétique des bâtiments, objectifs inscrits dans la Stratégie nationale climat.
Vers des villes plus sûres et attractives
En renforçant la chaîne de contrôle, le gouvernement poursuit son ambition de bâtir des villes durables, capables d’accueillir la croissance démographique et d’attirer l’investissement. La professionnalisation des délégués à l’urbanisme constitue une étape décisive sur la route d’un habitat plus sûr pour tous.
