Arrestation à Nkayi : les premiers instants
Mardi 28 octobre 2025, la gendarmerie de Nkayi interpelle un habitant âgé de plus de quarante ans, surpris avec un bébé chimpanzé dissimulé dans une cage de fortune. L’intervention a lieu à la sortie sud de la ville, sur une information transmise la veille par des riverains vigilants.
Rapidement conduit à la brigade, le suspect reconnaît avoir capturé le primate et admet son intention de le vendre. Selon ses déclarations, un acheteur potentiel avait proposé une forte somme pour l’animal, prisé sur certains marchés illégaux de compagnie exotique.
Cadre légal congolais sur la faune protégée
Le chimpanzé figure parmi les espèces intégralement protégées depuis l’arrêté 6075 du 9 avril 2011 qui interdit toute capture, détention ou commerce. La peine encourue peut atteindre cinq ans de prison ferme et cinq millions de francs CFA d’amende, rappelant la tolérance zéro prônée par les autorités.
Maître Ludovic Massandé, avocat au barreau de Brazzaville, souligne que « la protection absolue veut dire aucune dérogation possible hors programmes scientifiques dûment autorisés ». Le dossier de Nkayi illustre donc la rigueur du dispositif national et la volonté d’en faire un exemple dissuasif.
Opération conjointe gendarmerie-Économie forestière
L’arrestation a mobilisé les unités de gendarmerie de Madingou et de Nkayi ainsi que des agents de la Direction départementale de l’économie forestière. Ces derniers ont apporté leur expertise pour identifier l’espèce et préserver les preuves.
Le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, connu sous l’acronyme PALF, a fourni un appui technique précieux : matériel de transport adapté, conseils vétérinaires d’urgence et suivi des procédures judiciaires.
Risques pénaux et profil du prévenu
Présenté depuis le 6 novembre au Tribunal de grande instance de Madingou, l’homme reste en détention préventive. Le jugement définitif est attendu le 20 novembre. Le parquet requiert une peine exemplaire, invoquant la préméditation et le caractère lucratif.
Selon des sources proches de l’enquête, le prévenu aurait agi seul mais pourrait appartenir à un réseau diffus. Les investigations portent sur ses communications téléphoniques et ses déplacements récents dans le Pool, où la capture aurait eu lieu il y a deux mois.
Sauvetage et prise en charge du primate
Sitôt saisi, le bébé chimpanzé a été transféré au sanctuaire de Tchimpounga, géré par l’Institut Jane Goodall dans le Kouilou. Les soigneurs rapportent un état de stress élevé mais aucune blessure grave.
À Tchimpounga, le primate bénéficie d’une quarantaine sanitaire, d’un régime lacté enrichi et d’un accompagnement comportemental. Quand son état sera stabilisé, une phase de socialisation avec d’autres orphelins sera envisagée avant tout projet de réintroduction en milieu naturel.
Contexte régional du trafic de primates
La Bouenza et le Pool sont régulièrement cités dans les rapports d’ONG comme zones de passage pour la faune braconnée. Les pistes forestières et la proximité de grands axes routiers facilitent la circulation clandestine vers les marchés urbains ou frontaliers.
Le commandant Georges Bemba, chef d’escadron à Madingou, rappelle que « la demande vient souvent de collectionneurs privés, mais aussi de parcs zoologiques peu scrupuleux à l’étranger ». Le cas de Nkayi rejoint une tendance que la coopération nationale cherche à endiguer.
Sensibilisation et partenariats locaux
Après l’arrestation, des séances d’information ont été tenues dans les écoles de Nkayi pour rappeler l’importance de la biodiversité congolaise. Des affiches expliquant les sanctions légales ont été distribuées sur les marchés.
Le maire adjoint de la ville, Arlette Ngami, estime que « la sensibilisation reste la meilleure barrière contre le trafic ». Elle souhaite intensifier les patrouilles communautaires menées avec l’appui d’associations de jeunes volontaires et des comités de quartier.
Prochaines étapes judiciaires et impact attendu
Le verdict du 20 novembre sera scruté par les acteurs de la conservation comme un signal majeur. Une condamnation ferme conforterait les magistrats dans la ligne jurisprudentielle déjà suivie lors d’affaires similaires à Owando et Pokola.
Pour l’instant, l’accusé bénéficie de la présomption d’innocence. Toutefois, ses aveux, les photos prises lors de l’interpellation et le témoignage des agents forestiers constituent un faisceau probant. Quel que soit l’issue, le retour en forêt du jeune chimpanzé restera la priorité des protecteurs de la nature.
