Saisie spectaculaire à Madingou
Le 6 novembre, la salle d’audience du tribunal d’instance de Madingou a retenu son souffle lorsque les gendarmes ont présenté un bébé chimpanzé âgé d’environ six mois, confisqué deux semaines plus tôt dans un sac de jute sur la route nationale Nkayi-Madingou.
Selon les procès-verbaux consultés, l’animal avait été intercepté lors d’un contrôle routier de routine mené conjointement par la gendarmerie et la direction départementale de l’économie forestière, avec l’appui technique du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, PALF.
Un prévenu coopératif mais exposé à la loi
Le prévenu, un Congolais de 43 ans résidant à Kindamba, n’a opposé aucune résistance lors de son arrestation et a reconnu dès la première audition avoir transporté le primate dans l’espoir de le vendre à un acheteur non encore identifié, installé à Pointe-Noire.
Devant le juge, il a expliqué « ne pas savoir » que le chimpanzé était une espèce totalement protégée, mais le ministère public a rappelé que l’ignorance de la loi ne constitue pas une excuse et a requis cinq ans d’emprisonnement ferme assortis de cinq millions de francs CFA d’amende.
Un arsenal juridique protecteur des grands primates
La République du Congo s’est dotée depuis 2008 d’un cadre juridique rigoureux : la loi 37/2008 sur la faune et les aires protégées interdit toute détention, importation ou exportation d’espèces intégralement protégées, sauf dérogation scientifique expressément accordée par l’administration des eaux et forêts.
Le chimpanzé figure également dans l’arrêté ministériel 6075 du 9 avril 2011, qui renforce son statut d’espèce intégralement protégée et expose les contrevenants à des peines pouvant atteindre cinq ans de prison, une disposition que les magistrats congolo-brazzavillois appliquent de plus en plus strictement.
Du piège à la guérison du bébé chimpanzé
Selon le rapport vétérinaire remis à l’audience, le petit primate a souffert de déshydratation, de malnutrition et de stress aigu durant les deux mois passés en captivité, exposé au soleil et à des manipulations brutales qui ont altéré son système immunitaire déjà fragile.
Il a été confié au sanctuaire de Tchimpounga, géré par l’Institut Jane Goodall dans le Kouilou, où une équipe de soigneurs locaux et de vétérinaires internationaux assure une quarantaine sanitaire, avant de l’intégrer à un groupe de chimpanzés orphelins en vue d’une réintroduction progressive.
Une affaire révélatrice d’un marché lucratif
Pour les ONG, cette saisie illustre un trafic qui reste lucratif : un bébé chimpanzé peut se négocier jusqu’à 10 000 dollars sur certains marchés clandestins, un prix alimenté par la demande pour des animaux de compagnie exotiques ou pour des spectacles touristiques non régulés.
Le président de l’association Renatura souligne que « chaque capture implique souvent la mort de plusieurs adultes venus protéger leur petit », ce qui accélère le déclin démographique de l’espèce dans le Pool, la Bouenza et le Mayombe, zones déjà fragmentées par les coupes agricoles et forestières.
Le regard des défenseurs de la nature
Pour le Dr André Mabika, chercheur à l’Université Marien-Ngouabi, « l’action coordonnée entre justice, forces de l’ordre et société civile montre que le pays dispose des instruments nécessaires, il faut maintenant renforcer la sensibilisation des communautés rurales et des transporteurs ».
Les autorités forestières rappellent qu’un numéro vert permet de signaler anonymement tout transport suspect d’animaux sauvages, et qu’une brigade mobile parcourt désormais les axes Dolisie-Pointe Noire et Brazzaville-Kinkala pour multiplier les contrôles, avec un financement du Programme des Nations unies pour le développement.
Justice de proximité et pédagogie
Au-delà du volet pénal, le procureur de Madingou a indiqué vouloir faire de ce dossier un cas d’école pour les élèves du lycée Nganga-Lingolo, conviés à assister à une prochaine audience pédagogique sur le rôle de la justice dans la protection de la biodiversité nationale.
Des banderoles explicatives seront installées devant le palais de justice et une diffusion radio en kituba rappellera que la détention d’espèces protégées est punissable, initiative saluée par le maire de la ville comme « un pas de plus vers une citoyenneté écologique ».
La décision du 20 novembre très attendue
Le verdict, prévu le 20 novembre, pourrait constituer l’une des décisions les plus sévères rendues à Madingou en matière de criminalité faunique, signal envoyé aux trafiquants à quelques semaines de la Journée internationale des primates célébrée chaque 14 décembre.
Dans la région, plusieurs tribunaux se sont déjà alignés sur cette jurisprudence naissante : en septembre, le tribunal de Sibiti a condamné un contrevenant à trois ans ferme pour trafic de perroquets gris, confirmant la tendance à l’alourdissement des peines pour les délits environnementaux.
Perspectives pour la conservation congolaise
Les experts espèrent que la médiatisation de l’affaire encouragera les éleveurs à délaisser les activités illégales au profit d’alternatives économiques durables, telles que l’écotourisme communautaire ou l’apiculture, deux secteurs appuyés par des programmes gouvernementaux et partenaires techniques dans les districts ruraux.
D’ores et déjà, le ministère de l’Économie forestière prépare un guide illustré en langue locale sur les espèces intégralement protégées, qui sera distribué dans les gares routières et les marchés de brousse afin de couper l’offre à sa source.
