Une réception diplomatique très symbolique
Les murs de la chancellerie d’Algérie à Brazzaville ont résonné d’applaudissements cette fin de semaine, lorsque l’ambassadeur Azeddine Riache a accueilli dix lauréats congolais s’envolant pour un master à l’École nationale supérieure de la sécurité sociale d’Alger.
Sous les drapeaux croisés des deux pays, le diplomate a rappelé la portée politique de cette cérémonie : renforcer une coopération Sud-Sud devenue, selon lui, « un modèle d’entraide africaine discret mais efficace ».
Un programme de master pensé pour l’Afrique
L’école qui accueille les boursiers existe depuis 2014 et forme déjà des cadres venus de quinze pays du continent.
Au menu des deux années de cours figurent la gestion actuarielle, le management des risques sociaux, les finances publiques et l’analyse comparative des régimes de protection.
La direction de l’ENSSS souligne que 90 % des diplômés trouvent un emploi dans la fonction publique ou les organismes paraétatiques six mois après la soutenance.
Sélection rigoureuse des lauréats congolais
Le ministère congolais de l’Enseignement supérieur a présélectionné 120 dossiers avant de retenir dix candidats selon les critères d’excellence académique, d’implication associative et de motivation à servir l’administration.
« Nous avons privilégié des profils déjà engagés dans le volontariat auprès des caisses locales de sécurité sociale », précise un cadre de la direction des bourses qui a souhaité rester anonyme.
Témoignages d’espoir avant le départ
Pour Prisca Mboulou, spécialisée en économie, cette bourse arrive « au bon moment » : elle venait d’achever son service civique et craignait de perdre l’élan des études.
Gédéon Ngoma, licencié en droit, voit dans la formation algérienne l’occasion d’« importer des solutions adaptées aux réalités d’ici », notamment la digitalisation des guichets sociaux.
Les familles, invitées à la rencontre, ont reçu des conseils pratiques sur le visa, l’assurance santé et le coût de la vie à Alger, afin de préparer sereinement l’installation de leurs enfants.
Un partenariat éducatif stratégique
La bourse, financée par le ministère algérien du Travail, couvre les frais de scolarité, l’hébergement et une allocation mensuelle de 25 000 dinars, soit environ 39 000 FCFA.
En retour, le Congo s’engage à réintégrer les diplômés dans ses administrations centrales ou départementales de la sécurité sociale pour renforcer les compétences locales sans dépendre d’expertise extérieure.
Plus largement, ce projet s’inscrit dans la feuille de route 2023-2026 signée à Alger, axée sur la mobilité étudiante, la recherche conjointe et l’harmonisation des systèmes de couverture maladie.
Enjeux pour la protection sociale congolaise
Le Congo modernise actuellement son régime de sécurité sociale, avec la création d’un identifiant unique du cotisant et la dématérialisation des déclarations salariales pilotées par la Caisse nationale de sécurité sociale.
Dans ce contexte, disposer de jeunes cadres formés aux standards internationaux permettra d’accélérer le déploiement des dossiers électroniques et de fiabiliser les statistiques, un enjeu crucial pour la soutenabilité financière du système.
Selon un rapport du ministère des Affaires sociales publié en juillet, 54 % des travailleurs du secteur privé ne sont pas encore déclarés, d’où la nécessité de renforcer la maîtrise des bases de données contributives.
La dimension culturelle de l’échange
Au-delà des salles de classe, l’ambassadeur Riache a invité les étudiants à « s’imprégner de la culture algérienne », citant la langue arabe, la musique chaâbi et la cuisine maghrébine comme vecteurs de rapprochement.
Le secrétaire général de l’association des anciens stagiaires congolais en Algérie, Brell Martial Mbourangon, a rappelé que plus de 800 Congolais ont été formés dans le pays depuis les années 1970.
Ces réseaux d’anciens, très actifs sur les plateformes numériques, accompagneront les nouveaux venus dès leur arrivée à l’aéroport Houari-Boumédiène et faciliteront leur intégration dans les cités universitaires.
Prochaine étape : élargir l’initiative
Interrogé sur la pérennité du dispositif, Azeddine Riache a indiqué que l’Algérie réfléchit déjà à ouvrir le même master à distance pour toucher davantage d’étudiants francophones d’Afrique centrale.
De son côté, le ministère congolais souhaite adosser une convention de stages dans les organismes algériens afin que les apprenants appliquent, dès la première année, des cas pratiques au contact des assurés.
Si ces pistes aboutissent, Brazzaville pourrait envoyer jusqu’à trente étudiants par an et devenir un partenaire pilote du programme maghrébin de renforcement des compétences sociales.
Un signal positif pour la jeunesse congolaise
Pour de nombreux observateurs, l’initiative donne un coup de projecteur sur des filières encore méconnues alors que la démographie du pays impose de relever le défi de la couverture santé à grande échelle.
En célébrant publiquement ces boursiers, Brazzaville et Alger envoient aussi un message d’espoir : l’Afrique peut compter sur ses propres talents pour bâtir des systèmes sociaux inclusifs.
Dans la salle, plusieurs jeunes lycéens invités par leurs aînés ont assisté à la cérémonie, prouvant que la symbolique dépasse les dix récipiendaires et nourrit l’ambition d’une génération tournée vers l’excellence régionale.
Les étudiants s’envoleront le quatre septembre à bord d’un vol commercial de la compagnie Air Algérie; à l’issue de leurs études, une cérémonie de réintégration est d’ores et déjà prévue au palais des Congrès de Brazzaville.
