Un verdict lourd à Dolisie
La Cour d’appel de Dolisie a rendu son arrêt lundi, confirmant une lourde sanction : vingt ans de travaux forcés et huit millions de francs CFA d’amende contre Alex Ebata Mbossa, alias « le Gentil », poursuivi pour un violent braquage à la CRF de Sibiti.
La formation criminelle a également ordonné le versement de trois millions à la Caisse de retraits et cinq millions au titre de dommages et intérêts, afin de réparer la perte subie lors du vol qualifié de cinq millions de francs CFA.
L’accusé, qui avait déjà reconnu les faits en première instance, n’a pas bénéficié d’aucune circonstance atténuante. La juridiction a souligné la dangerosité d’une arme de guerre PMAK dans un environnement civil et l’impérieuse nécessité de protéger les établissements financiers.
Un braquage qui avait ému la Lékoumou
Le 28 avril, jour des faits, des clients et employés de la Caisse de Réserve et de Financement de Sibiti avaient cru revivre une scène de cinéma lorsque « le Gentil » est apparu, cagoulé, brandissant son PMAK, avant de s’emparer de liquidités destinées au paiement des salaires.
Selon le réquisitoire, l’assaillant a rapidement neutralisé le vigile avant de forcer le caissier à lui remettre cinq liasses de billets. L’opération, filmée par les caméras internes, n’a duré que quatre minutes, suffisant pourtant pour semer la panique et interrompre les opérations.
Le maire de Sibiti, alerté quelques instants après, avait évoqué « un choc pour la communauté » et appelé à renforcer la présence policière autour des points sensibles, en particulier durant les périodes de décaissement des salaires des fonctionnaires.
Parcours et profil d’Alex Ebata Mbossa
Agé de trente-trois ans, Alex Ebata Mbossa est originaire de Mouyondzi, mais aurait résidé ces deux dernières années entre Pointe-Noire et Sibiti, exerçant divers petits métiers. Son surnom « le Gentil » contraste avec un casier judiciaire déjà marqué par des vols mineurs.
Les enquêteurs rapportent qu’il se serait procuré le PMAK auprès d’une filière transfrontalière qui revend d’anciens stocks militaires circulant encore dans la sous-région. L’arme, de calibre 7,62 mm, était munie de vingt-deux cartouches au moment de l’arrestation.
Interrogé par les juges, l’accusé a déclaré avoir cédé à « la facilité » après une période d’inactivité due à la pandémie et avoir planifié seul l’attaque. Il a toutefois refusé de révéler l’identité du fournisseur de l’arme, invoquant la crainte de représailles.
Une réponse judiciaire exemplaire
Pour le procureur, cette affaire devait servir d’exemple afin de dissuader les bandes armées qui ciblent les flux monétaires dans les départements du Sud. « La tolérance zéro s’applique à tout port illégal d’arme de guerre », a-t-il martelé à l’audience.
La défense, assurée par un avocat commis d’office, avait sollicité dix ans maximum, soulignant que la somme volée avait été restituée. Mais les magistrats ont estimé que l’usage d’un fusil d’assaut constituait une circonstance aggravante majeure, justifiant la peine maximum prévue.
En vertu du nouveau code pénal adopté en 2022, toute infraction associant arme de guerre et vol qualifié est passible de vingt à trente ans de travaux forcés. Les autorités judiciaires considèrent que cette sévérité répond à la montée du banditisme lourd.
Sécurité renforcée dans la Lékoumou et le Niari
Depuis le braquage, la police et la gendarmerie ont mis en place des patrouilles conjointes sur la Nationale 1 et autour des agences bancaires. Le préfet du Niari affirme que le dispositif a déjà permis de contrôler plusieurs véhicules suspects et de récupérer deux armes artisanales.
À Sibiti, la direction locale de la CRF a accéléré l’installation de portes blindées et de coffres intelligents reliés à un centre de télésurveillance. Un audit de sûreté, financé par la Banque mondiale, est en cours pour standardiser les procédures dans les agences rurales.
Le ministère de l’Intérieur travaille également à l’interconnexion du fichier des armes saisies avec les pays voisins afin de remonter les filières. « La coopération policière régionale reste notre meilleur atout contre la circulation illicite », a déclaré un officier de l’Interpol Congo.
Regards de la population et message de prévention
À la sortie du palais de justice, plusieurs habitants de Dolisie saluaient une décision « rassurante ». Pour Jeanne Mayombo, commerçante, « la sanction doit dissuader ceux qui pensent que voler est plus simple que travailler ». D’autres espèrent que l’affaire éveillera chez les jeunes la conscience du risque pénal.
L’ONG Jeunesse sans frontières prépare actuellement des sessions de sensibilisation dans les lycées de la Lékoumou pour expliquer les conséquences du port d’armes et promouvoir l’entrepreneuriat local. Elle réclame en parallèle l’ouverture de centres de formation professionnelle pour prévenir la récidive.
En clôture de l’audience, le président de la Cour a rappelé que le droit de se défendre est un pilier de l’État de droit, mais que la collectivité ne saurait tolérer la violence armée. L’affaire d’Alex Ebata Mbossa s’inscrit désormais comme un précédent marquant pour la justice congolaise.
