Grande loge des cultures et spiritualité à Brazzaville
Présentée à Brazzaville le 14 novembre, la Grande loge des cultures et de la spiritualité, fondée par le Français Marcel Laurent en 2003, souhaite ouvrir un nouveau chapitre de la franc-maçonnerie et affirme s’adresser autant aux Congolais qu’aux loges du monde entier.
Devant la presse nationale, le grand maître a décrit une obédience à la fois mixte, théiste et laïque, trois marqueurs qu’il place au cœur d’un « renouveau indispensable » de l’institution maçonnique universelle, parfois jugée sclérosée par certains de ses adeptes historiques.
Les origines de la GLCS en 2003
Marcel Laurent rappelle que la franc-maçonnerie régulière et universelle fédère toutes les obédiences reconnues selon les Landmark du XVIIIe siècle, eux-mêmes tirés des Old Charges. La GLCS, dit-il, s’inscrit pleinement dans cet héritage tout en cherchant à l’adapter à son époque.
Notre loge a vu le jour le 2 octobre 2003, non par caprice mais après un examen amer de l’état de certaines structures françaises, explique-t-il, évoquant une perte de sens qui aurait éloigné 125 000 membres.
Constats sur la franc-maçonnerie actuelle
Selon lui, ambitions politiciennes, affairisme et lourde bureaucratie ont parfois parasité l’idéal maçonnique originel, centré sur l’élévation personnelle et la fraternité. Le vernis aurait supplanté les fondations, conduisant des frères à privilégier médailles et honneurs au détriment du travail initiatique.
Le premier constat posé au début des années 2000 reste, à ses yeux, d’une brûlante actualité : la domination de « passions humaines » jugées dévastatrices. Il pointe notamment la tentation de verrouillage par quelques « apparatchiks » qui stériliserait la vie de loge.
Le second constat relève d’un affaiblissement du niveau de réflexion en tenue, parfois réduit, dit-il, à des échanges superficiels. Enfin, l’implication jugée insuffisante de certains membres empêcherait l’institution de rayonner pleinement dans la société contemporaine.
Un laboratoire mixte et théiste
Pour relever ces défis, la GLCS se veut laboratoire d’idées, mêlant étude symbolique et action solidaire. « Se construire pour mieux servir la cité » résume, selon le grand maître, la ligne qui guide chaque rituel et débat interne.
Le choix de la mixité constitue une rupture. Dans le paysage français, seul Le Droit humain l’autorisait, mais sans référence explicite au Grand Architecte. La GLCS veut donc concilier égalité des sexes et fidélité à une spiritualité commune.
Au centre de la loge se dresse l’Autel des serments où reposent la Bible, la Torah, le Coran et un livre blanc dédié aux philosophies théistes. Chaque initié y trouve la page correspondant à sa confession ou à sa recherche.
Dialogue entre foi, politique et laïcité
« Nous sommes déistes, philosophiques et laïques », répète Marcel Laurent. À ses yeux, reconnaître l’existence d’une force suprême n’implique aucune hégémonie religieuse : l’important reste que chaque frère ou sœur chemine librement vers sa vérité, dans le respect absolu de l’autre.
L’obédience estime que politique et religion peuvent être débattues, pourvu que le cadre reste fraternel. « On ne juge pas, on échange », insiste le Souverain grand commandeur, convaincu qu’un dialogue ouvert renforce la cohésion plutôt qu’il ne la fragilise.
Au Congo-Brazzaville, plusieurs structures maçonniques cohabitent depuis des décennies. Marcel Laurent insiste : chacune répond à un besoin spécifique des initiés. La GLCS propose simplement une voie supplémentaire, ancrée dans le théisme et la mixité, sans ambition de concurrencer qui que ce soit.
Cap sur la jeunesse et le Congo
« La maçonnerie est plurielle : certaines loges veulent ceci, d’autres veulent cela », dit-il dans un sourire. L’essentiel, ajoute-t-il, demeure l’engagement individuel : « Nous sommes tous des particules de Dieu, porteurs d’une part de pouvoir qu’il nous appartient d’explorer ».
Si la GLCS est enracinée en France, l’implantation de Brazzaville ouvre une fenêtre africaine que ses promoteurs imaginent prometteuse. Des contacts ont déjà été pris avec des chercheurs et enseignants congolais intéressés par la dimension culturelle du projet.
Les responsables annoncent des ateliers de dialogue interreligieux, de sauvegarde patrimoniale et de vulgarisation scientifique auprès des lycéens. L’objectif est de montrer que la réflexion maçonnique peut irriguer le développement local sans se substituer aux institutions publiques.
Qualité plutôt que quantité pour s’étendre
Marcel Laurent précise que la GLCS ne cherche pas à ouvrir partout, mais à soutenir des groupes motivés. « Nous privilégions la qualité », assure-t-il, conscient des contraintes logistiques et financières qu’implique toute expansion.
Vers une franc-maçonnerie réinventée
La présentation brazzavilloise intervient dans un contexte mondial où les sociétés initiatiques cherchent à se réinventer face aux réseaux sociaux et à l’instantanéité de l’information. Pour la GLCS, la discrétion traditionnelle n’est plus antinomique avec la pédagogie publique, estime son fondateur.
« Nous ne dévoilons pas nos rituels, mais nous devons expliquer nos valeurs », dit-il. Cette posture, conclut-il, pourrait attirer une nouvelle génération en quête de sens, renforçant ainsi la vitalité d’une franc-maçonnerie qu’il décrit comme toujours capable d’évoluer.
En mêlant mixité, exigence spirituelle et ouverture internationale, la GLCS veut unir un passé riche à un futur à bâtir. Le chantier est vaste, mais ses artisans assurent avancer avec méthode et conviction.
