Finale à Brazzaville : une jeunesse mobilisée pour le climat
La grande finale du concours artistique national sur le changement climatique s’est tenue à Brazzaville, réunissant des élèves et étudiants venus de douze départements du Congo. Après délibération, le Kouilou s’est imposé en peinture, tandis que les Plateaux ont remporté la première place en théâtre.
Au-delà des récompenses, la soirée a mis en lumière une jeunesse décidée à défendre le patrimoine naturel du pays. Dans la salle, l’ambiance était à la fois studieuse et enthousiaste, avec des messages portés par l’art pour parler d’enjeux concrets et locaux.
Un concours soutenu par le Fonds d’adaptation et des partenaires
Les organisateurs ont présenté le concours comme un outil de sensibilisation et de mobilisation. Les jeunes talents ont été accompagnés dans un cadre soutenu par le Fonds d’adaptation, dans une démarche articulée à un programme plus large sur la résilience climatique.
Selon les éléments communiqués, le Congo met en œuvre un programme pour renforcer la résilience climatique des populations du Bassin du fleuve Congo, avec un appui de cinq milliards de FCFA du Fonds d’adaptation. L’accent est mis sur la capacité des communautés à mieux faire face aux effets du changement climatique.
Peinture primée du Kouilou : déchets plastiques au banc des accusés
Le Kouilou a décroché le prix grâce au tableau « Le tribunal des générations futures ». La toile représente des enfants réunis dans un tribunal décoré, autour d’un globe terrestre fissuré par le feu, sur fond de déchets plastiques qui dénaturent l’ensemble du décor.
L’œuvre interpelle sur la gestion des déchets et ses conséquences à long terme. « C’est une représentation des enfants de générations futures. Si nous aujourd’hui nous laissons les déchets partout, cela peut causer du mal à ceux qui viendront dans les générations prochaines », a expliqué le lauréat, Jordy Mengue.
Dans cette approche, la peinture sert de langage accessible, capable de transformer une préoccupation environnementale en scène parlante. Le jury a ainsi récompensé une création qui relie le quotidien, notamment les plastiques, à la responsabilité collective envers les générations à venir.
Théâtre des Plateaux : préserver les ressources naturelles
Côté théâtre, la troupe des Plateaux s’est distinguée avec « Théâtre des Plateaux ». La mise en scène raconte l’histoire d’un homme d’affaires décrit comme « orgueilleux » qui, après l’achat de terres, rase massivement les bois pour bâtir des usines.
Dans la pièce, les conséquences de cette destruction deviennent visibles: la population tombe malade, montrant le lien entre environnement, modes de production et santé des habitants. Le message est présenté de manière directe, avec des personnages et situations pensés pour rester proches des réalités locales.
« Ce concours est une très bonne initiative. Il a impact positif sur la mentalité de la jeunesse. Bravo à l’Unesco pour simplication qui contribue à régler ce problème de changement climatique », a commenté David Mbella, représentant de la pièce du département des Plateaux.
Classements : Lékoumou et Likouala aussi récompensées
D’autres départements ont également été distingués. En peinture, la Lékoumou a obtenu le deuxième prix, suivie de la Likouala pour la troisième place. Ces résultats ont été annoncés après les délibérations du jury lors de la finale à Brazzaville.
Au théâtre, Brazzaville a pris la deuxième place, et la Likouala la troisième. Cette diversité de lauréats a été relevée comme un signal encourageant, montrant que l’engagement artistique et environnemental se manifeste dans plusieurs territoires, au-delà des grands centres.
UNESCO, PAM et gouvernement : cap sur l’éducation climatique
Le concours a été organisé par l’UNESCO et le Programme alimentaire mondial, avec la collaboration du gouvernement congolais, notamment via les ministères de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo, des Finances, et de l’Industrie culturelle, artistique et des loisirs.
Les organisateurs ont indiqué que l’objectif était de renforcer la résilience des jeunes face aux changements climatiques, en les amenant à comprendre les notions clés et à les traduire en messages capables de toucher leurs communautés.
La ministre de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo, Arlette Soudan-Nonault, a souligné la portée du projet : « Ce concours dépasse le cadre de la simple création. À travers la peinture et les théâtres, nos jeunes se révèlent être de véritables ambassadeurs du climat capables de transformer les données techniques en messages sensibles et percutants pour leur communauté ».
Fatoumata Barry Marega : relier science, culture et émotions
La représentante de l’UNESCO au Congo, Fatoumata Barry Marega, a insisté sur l’intérêt éducatif de l’art. Elle a déclaré : « L’éducation ne se limite pas aux salles de classe, elle se nourrit aussi de la culture, de la créativité et de l’expression artistique ».
Selon elle, la peinture et le théâtre permettent de transformer des connaissances scientifiques en messages compréhensibles et porteurs d’émotion. Les participants ont été invités à s’approprier des notions sur le changement climatique, à les relier aux réalités locales et à valoriser le patrimoine naturel du Congo.
Elle a également adressé un message aux jeunes présents, saluant leur implication et l’esprit de coopération mis en avant. Dans la salle, plusieurs encadreurs ont noté que cette approche favorise l’expression, mais aussi la prise de parole sur des enjeux qui concernent la vie quotidienne.
Lydie Pongault : la culture, levier du développement durable
La ministre de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des loisirs, Lydie Pongault, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à faire de la culture un levier stratégique du développement durable. Elle a rappelé que l’expression artistique est liée à l’éducation, à la citoyenneté et à la protection de l’environnement.
Dans son allocution, elle a expliqué que l’art peut toucher les consciences, questionner et rassembler, particulièrement auprès des jeunes générations. Elle a aussi souligné l’apprentissage induit par ces pratiques, allant de l’observation de l’environnement à la traduction des préoccupations en messages partagés.
Elle a enfin indiqué que les œuvres et messages continueront à vivre grâce à des actions de valorisation et d’exposition, afin de prolonger la dynamique de sensibilisation auprès du grand public. L’idée avancée est de maintenir l’impact au-delà de la finale.
Une première d’envergure : l’art soutenu par un financement climat
Les organisateurs ont signalé qu’il s’agit de la première fois qu’une initiative artistique de cette ampleur est portée par un financement du Fonds d’adaptation, souvent associé à des projets d’infrastructures. Le choix met en avant l’importance de l’adhésion des populations pour la réussite des actions climatiques.
Dans cette logique, miser sur les jeunes revient à investir sur celles et ceux qui hériteront du Bassin du Congo. À Brazzaville, la finale a ainsi servi de vitrine à un engagement concret, exprimé par des œuvres, des scènes et des mots simples, mais pensés pour durer.
