Remise officielle à Brazzaville
La salle des cérémonies du ministère des Affaires sociales, à Brazzaville, a accueilli le 12 décembre la remise officielle de la stratégie de relèvement post-catastrophe 2025-2030. L’acte, symbolique, marque l’aboutissement de mois de concertation entre le gouvernement et le Programme des Nations unies pour le développement.
La représentante résidente du PNUD, Adama-Dian Barry, a remis le document à la ministre Irène Marie Cécile Mboukou-Kimbatsa, sous les caméras. Sourires, poignée de main et signature attestent d’une collaboration jugée exemplaire par les deux parties, qui saluent l’implication des administrations centrales et déconcentrées.
Une feuille de route bâtie sur l’expérience
Fruit d’un diagnostic mené après diverses inondations, glissements de terrain et vents violents survenus ces dernières années, la stratégie se présente comme un guide pratique. Elle combine cartographie des risques, priorités sectorielles et calendrier d’actions afin de relancer durablement les infrastructures et l’économie locales.
L’approche retenue s’inspire du concept international « Build back better ». Concrètement, chaque ouvrage reconstruit devra être plus solide, plus inclusif et plus respectueux de l’environnement qu’avant la catastrophe. Les écoles, centres de santé, routes et habitats ciblés intègreront désormais des normes d’adaptation climatique éprouvées.
Selon le PNUD, l’intégration des paramètres climatiques dès la phase de conception permet de réduire jusqu’à 30 % les pertes économiques attendues lors d’événements extrêmes. L’institution onusienne souligne aussi que chaque franc investi dans la prévention peut générer quatre francs d’économies en secours, réparation et soutien social.
Priorité à la dimension humaine
La ministre Mboukou-Kimbatsa insiste sur la dimension humaine. D’après elle, le plan vise d’abord à restaurer la dignité des familles affectées, en assurant un accès rapide à l’eau potable, à l’électricité et à un toit sûr. L’accompagnement psychologique figure également parmi les priorités listées dans le document.
Pour atteindre ces objectifs, la stratégie mise sur la participation communautaire. Des comités locaux de gestion des risques seront créés dans chaque département, avec un mandat clair : identifier les vulnérabilités, alerter précocement et superviser les travaux. Cette approche, déjà testée à Gamboma, a donné des résultats encourageants.
Dans le même esprit, des formations ciblées seront proposées aux ingénieurs, architectes et artisans afin qu’ils maîtrisent les normes parasismiques et les techniques de drainage adaptées au climat équatorial. Les établissements d’enseignement supérieur, comme l’Université Marien-Ngouabi, sont pressentis pour héberger ces modules certifiants.
Mobilisation des financements
La question du financement se trouve au centre des discussions. La ministre a annoncé l’organisation prochaine d’une table ronde avec les bailleurs publics et privés pour mobiliser les ressources nécessaires. Elle a invité Adama-Dian Barry à parrainer l’événement, gage selon elle de crédibilité et d’efficacité.
D’ores et déjà, plusieurs partenaires techniques, dont la Banque africaine de développement et l’Union européenne, ont manifesté leur intérêt. Des pistes de financement innovantes, comme les obligations vertes ou l’assurance paramétrique, sont explorées pour compléter les apports budgétaires de l’État et des collectivités locales.
Alignement avec les agendas nationaux et mondiaux
Le document s’aligne sur le Plan national de développement 2022-2026, notamment son axe prioritaire consacré à la résilience territoriale. Cette cohérence devrait, selon les experts, faciliter l’arbitrage des projets et éviter les doublons entre ministères, préfectures et communes lors de l’exécution.
À l’échelle internationale, la stratégie contribue à l’atteinte des Objectifs de développement durable, en particulier les ODD 11 et 13. Elle répond également aux engagements de l’Agenda 2063 de l’Union africaine visant à bâtir des sociétés prospères, inclusives et résilientes face aux aléas climatiques.
Adama-Dian Barry parle d’un « changement de paradigme » : passer d’une réaction après sinistre à une planification continue des risques. Elle estime que le Congo, en s’appuyant sur ses acquis en matière de gestion des inondations, peut devenir un modèle pour la sous-région d’Afrique centrale.
Mise en œuvre et suivi opérationnel
Sur le terrain, la Direction générale de la protection civile prépare déjà un exercice de simulation multirisque prévu pour avril. L’objectif est de tester les nouveaux protocoles de coordination, les chaînes logistiques et les systèmes d’alerte précoce avant le début de la saison des pluies.
De leur côté, les organisations de la société civile se mobilisent. L’ONG Action Verte prévoit des séances de sensibilisation dans les quartiers riverains du fleuve Congo, où les crues soudaines restent fréquentes. Les responsables communautaires y expliqueront les gestes de premiers secours et la conduite à tenir en cas d’évacuation.
Pour assurer le suivi, un tableau de bord numérique sera hébergé au Centre national d’alerte précoce. Alimenté par des données satellitaires et des rapports de terrain, il permettra de mesurer l’avancement des chantiers et d’alerter immédiatement les décideurs en cas de dérive ou de retard.
Les parties prenantes espèrent présenter les premiers résultats concrets dès 2026. « La réussite de cette feuille de route dépendra de l’engagement de chacun », résume la ministre. En attendant, le document remis à Brazzaville devient la référence officielle pour bâtir un Congo plus sûr et plus résilient.
