Un envol vers l’excellence académique
Brazzaville — Valises fermées, passeports en poche, les futurs étudiants congolais sélectionnés pour une bourse de master à l’École nationale supérieure de la sécurité sociale d’Alger ont vécu, cette semaine, leur première cérémonie officielle avant le décollage. L’ambassade d’Algérie les a reçus en toute convivialité.
Devant eux, l’ambassadeur Azeddine Riache a rappelé l’importance de cette « chance d’étudier dans une école d’élite dont la renommée s’étend au-delà du Maghreb ». Son discours a posé le décor d’une aventure académique où rigueur scientifique et ouverture culturelle iront de pair.
Cette promotion inaugurale dans le cadre d’un nouveau volet de coopération universitaire rassemble des titulaires de licence en droit, économie, gestion et santé publique. Dès octobre, ils suivront deux années d’enseignements spécialisés avant de soutenir un mémoire appliqué aux systèmes de protection sociale.
Pour beaucoup d’entre eux, la perspective d’étudier à Alger constitue une première sortie du territoire. « Nous partons représenter le Congo, nous devons être à la hauteur », confie Mireille, 24 ans, diplômée de l’université Marien-Ngouabi, la voix mêlée d’enthousiasme et de prudence.
Des relations bilatérales renforcées
L’octroi de ces bourses illustre un axe solide de la diplomatie Sud-Sud entre Brazzaville et Alger. Depuis plusieurs années, les deux capitales accentuent leurs échanges dans l’énergie, la formation militaire et, désormais, la sécurité sociale, un domaine jugé stratégique par les décideurs publics.
« La coopération algéro-congolaise repose sur la solidarité et le partage des compétences », a souligné l’ambassadeur Riache. Son homologue congolais à Alger, Jean-Félix Gambi, s’est félicité par message d’un partenariat qui met l’accent sur le capital humain, estimant qu’il « prépare la relève managériale nationale ».
Selon le ministère congolais de l’Enseignement supérieur, une douzaine de programmes similaires pourraient voir le jour dans les prochaines années, notamment dans les technologies de l’information et la médecine. Une commission mixte, réunie à Alger en mars, travaille déjà à l’élargissement des filières éligibles.
Les autorités brazzavilloises insistent sur l’apport d’un réseau de diplômés formés à l’étranger, capables de ramener idées neuves et bonnes pratiques. L’Association des anciens stagiaires en Algérie, représentée par Brell Martial Mbourangon, jouera un rôle d’interface pour intégrer les nouveaux pensionnaires.
Une formation taillée pour les besoins du Congo
L’École nationale supérieure de la sécurité sociale, créée en 2010, accueille chaque année des étudiants maghrébins et subsahariens autour d’un tronc commun combinant droit social, actuariat, gestion et numérique. Les Congolais suivront un cursus bilingue arabe-français assorti de stages dans les caisses nationales algériennes.
L’objectif affiché est de former des cadres aptes à analyser les régimes de pension, à piloter des bases de données d’assurés et à concevoir des réformes soutenables. Un module sur la couverture maladie universelle figure au programme, une thématique particulièrement suivie à Brazzaville depuis la pandémie.
À leur retour, ces jeunes diplômés devraient rejoindre la Caisse nationale de sécurité sociale, le Ministère des Affaires sociales ou des cabinets de conseil spécialisés. Les responsables de ces institutions disent compter sur leur expertise pour moderniser la gestion des risques et améliorer l’expérience usager.
Le chercheur en politiques publiques Rigobert Bolia estime que « la création d’un vivier de professionnels maîtrisant l’actuariat et la réglementation est indispensable pour consolider la soutenabilité de notre système ». Il salue l’initiative mais appelle à « une planification claire de leur insertion ».
De leur côté, les étudiants se disent conscients de la responsabilité qui les attend. « Nous ne pouvons pas échouer, car chaque franc investi par l’État doit produire des résultats », insiste Michel, diplômé en finance, déterminé à rapporter des solutions sur la digitalisation des cotisations.
Des attentes fortes pour la jeunesse
Au-delà de l’aspect académique, le départ de cette cohorte incarne le potentiel d’une jeunesse congolaise tournée vers l’innovation. Le gouvernement encourage régulièrement les partenariats internationaux pour accélérer la montée en compétences, objectif inscrit dans le Plan national de développement 2022-2026.
Dans son allocution, l’ambassadeur Riache a exhorté les boursiers à « bâtir des ponts entre nos deux nations » et à demeurer exemplaires, rappelant que « la discipline et le respect des cultures locales sont des clefs de succès ». Un message largement applaudi.
La cérémonie s’est achevée par la remise symbolique du drapeau congolais aux étudiants, geste destiné à souligner leur rôle d’ambassadeurs. Une photo de famille, des chants et quelques pas de danse traditionnelle ont scellé l’instant avant que chacun ne retourne finaliser ses démarches administratives.
Le vol pour Alger est programmé en fin de semaine. Sur place, un comité d’accueil de l’école les orientera vers les résidences universitaires le temps qu’ils s’installent. Les regards se tournent déjà vers 2025, année prévue pour leur retour et la mise en pratique.
D’ici là, les familles promettent de suivre attentivement le parcours de leurs enfants, convaincues qu’« une meilleure protection sociale commence par une formation de qualité ».
