Brazzaville mobilisée pour les droits de l’enfant
À Brazzaville, la célébration de la Journée internationale des droits de l’homme a pris cette année une tonalité tournée vers l’enfance, sous l’impulsion de la délégation de l’Union européenne et d’acteurs congolais engagés.
Réunis le 10 décembre au siège de la délégation, journalistes, associations et experts ont dressé un état des lieux sans complaisance, tout en cherchant des solutions réalistes pour renforcer la protection et la promotion des droits de l’enfant dans le pays.
Cadre juridique robuste mais défis persistants
La République du Congo dispose d’un arsenal législatif aligné sur la Convention relative aux droits de l’enfant et le Code de l’enfant adopté en 2010, rappellent les intervenants, soulignant la volonté politique maintes fois exprimée par les autorités.
Sur le terrain, cependant, les ressources financières et humaines font souvent défaut pour traduire ces textes en actions tangibles, spécialement dans les zones périurbaines et rurales où les services sociaux restent sous-dotés, constatent plusieurs organisations.
Les médias, piliers de la sensibilisation
Les participants ont insisté sur la capacité des radios communautaires, chaînes nationales et plateformes numériques à toucher parents, autorités locales et jeunes publics, à condition de bénéficier de programmes de formation et de budgets stables.
« Sans appui structuré, les rédactions peinent à produire des contenus éducatifs réguliers », a résumé Laure Ibata, journaliste à Pointe-Noire, rappelant que les questions d’enfance sont parfois reléguées après l’actualité politique ou sportive, faute de moyens.
Les débats ont débouché sur la proposition de créer un fonds multi-acteurs dédié à la thématique enfant, cofinancé par partenaires techniques, entreprises et autorités, afin d’assurer la diffusion de formats interactifs en langues locales.
Renforcer l’éducation aux médias
Pour plusieurs intervenants, sensibiliser le public passe aussi par le développement de l’esprit critique des adolescents face aux contenus numériques. Ils recommandent d’introduire dans les programmes scolaires des modules d’éducation aux médias, afin que les jeunes comprennent leurs droits, détectent les fausses nouvelles et participent aux débats.
Des enseignants de Brazzaville présents à la session ont estimé que ces cours pourraient être testés dès la prochaine rentrée dans une dizaine de collèges pilotes, avec l’appui technico-pédagogique du ministère de l’Éducation et de partenaires privés du secteur des télécommunications.
Outre la formation des élèves, les experts ont insisté sur l’actualisation régulière des codes de déontologie des journalistes, particulièrement au regard de la protection de l’identité des mineurs et de la diffusion d’images sensibles, afin de conjuguer liberté d’informer et respect de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Enfants en rue, approches intégrées
La situation des enfants vivant ou travaillant dans la rue reste préoccupante à Brazzaville comme à Pointe-Noire, malgré les opérations ponctuelles de retrait et de regroupement menées par certaines ONG et services sociaux.
Selon les panélistes, seule une stratégie combinant hébergement d’urgence, scolarisation accélérée, accompagnement familial et insertion professionnelle pourra réduire durablement le phénomène et prévenir la délinquance juvénile.
Plusieurs associations ont salué l’appui des autorités municipales pour l’obtention de bâtiments d’accueil mais demandent un renforcement de l’accompagnement psychosocial, jugé décisif à moyen terme.
La veille citoyenne se structure
La société civile a rappelé son rôle de sentinelle à travers la production de rapports alternatifs, adossés à des statistiques vérifiées, pour nourrir les mécanismes de suivi de l’ONU et compléter les documents officiels transmis par l’État.
« Des chiffres solides crédibilisent notre plaidoyer et éclairent les réformes budgétaires », a expliqué Marie-Louise Goma du Réseau d’ONG pour l’Enfance, soulignant la collaboration constructive avec les ministères concernés.
Soutien consolidé de l’Union européenne
Le chargé d’affaires par intérim de la délégation, Torben Nillson, a réaffirmé que la promotion des droits humains demeure un pilier de l’action extérieure de l’Union européenne, en résonance avec les engagements internationaux du Congo.
Il a annoncé la poursuite de projets ciblés sur l’amélioration des conditions de détention, le respect des droits des personnes privées de liberté et le financement de programmes portés par des organisations congolaises dédiées à l’enfance.
Un nouvel espace de dialogue périodique entre partenaires internationaux, ministères sectoriels et médias sera instauré en 2024 pour suivre l’exécution des recommandations et mutualiser les bonnes pratiques, a-t-il ajouté.
Vers une mobilisation nationale renforcée
À l’issue de la rencontre, les participants ont convenu de rédiger une feuille de route commune visant à intensifier la sensibilisation, renforcer la collecte de données et plaider pour l’intégration systématique des droits de l’enfant dans les politiques publiques.
Le ministère de la Communication, présent aux débats, a indiqué travailler à une nouvelle stratégie audiovisuelle qui donnera une place accrue aux programmes jeunesse, en partenariat avec la Haute autorité de la communication et les chaînes privées.
Entre volonté politique, soutien international et engagement citoyen, la mobilisation pour les droits de l’enfant au Congo semble entrer dans une phase plus structurée, où les médias joueront un rôle déterminant pour informer, prévenir et susciter l’action collective.
Le groupe des journalistes participant à l’atelier a prévu de se réunir trimestriellement pour partager des reportages, mesurer l’impact des campagnes et ajuster les angles de couverture.
