Un samedi d’émulation à l’Hôtel Saphir
Au sixième étage de l’Hôtel Saphir, les couloirs habituellement feutrés ont soudain résonné de voix juvéniles. Quinze pensionnaires de l’Orphelinat Béthanie, âgés de 13 à 17 ans, ont investi la salle de conférence, yeux pétillants et carnets ouverts, pour un atelier baptisé « Estime de soi ».
Devant eux, l’ancien député José Cyr Ebina et le journaliste Joachim Mbanza, deux figures familières de la scène congolaise, ont accepté de partager leurs parcours pour illustrer comment la confiance forge des destins et transcende les obstacles sociaux.
La méthode Miranville pour l’estime de soi
L’initiative est portée par Nathalie Miranville, volontaire auprès de l’Association de l’Amour Vivant et de la Délégation catholique pour la coopération. Psychopédagogue de formation, elle utilise des jeux de rôle, des respirations guidées et des exercices d’écriture pour aider chaque adolescent à nommer ses forces intérieures.
« Votre histoire n’est pas un poids, c’est une ressource », rappelle-t-elle dès l’ouverture. L’oratrice insiste sur la distinction entre identité personnelle et situation d’orphelin, invitant les jeunes à définir trois qualités dont ils sont fiers avant d’envisager leurs objectifs scolaires ou professionnels.
Les exercices, minutés, alternent travail individuel et débats en cercle. Chaque prise de parole est ponctuée d’applaudissements, créant un climat où l’erreur n’est plus stigmatisée. « Je viens de découvrir que je sais encourager les autres », confie Prisca, 15 ans, un sourire encore hésitant.
José Cyr Ebina : l’État partenaire de la jeunesse
Invité d’honneur, José Cyr Ebina rappelle que la politique sociale du gouvernement mise sur la protection de l’enfance. Il salue le travail des religieuses de Béthanie et réaffirme la nécessité d’un maillage d’internats publics capables d’accompagner les mineurs jusqu’à leur majorité administrative.
« L’État ne peut laisser personne au bord du chemin », souligne-t-il, plaidant pour que les programmes budgétaires du ministère des Affaires sociales incluent un volet de post-internat. L’idée est de financer des foyers tremplins où les jeunes terminent leurs études et entament une insertion professionnelle progressive.
A ses côtés, Sœur Marlène Loukombo acquiesce. La religieuse précise que les moyens privés restent limités et accueille favorablement une éventuelle synergie public-privé. Des responsables municipaux de Poto-Poto présents dans la salle notent la proposition, promettant de la transmettre aux services techniques concernés.
Joachim Mbanza : la détermination comme moteur
Journaliste chevronné, ancien membre du Haut Conseil, Joachim Mbanza raconte son enfance modeste dans le quartier Diata. Il décrit les heures passées à la bibliothèque municipale pour cultiver sa curiosité, avant de monter sur les estrades de la télévision nationale comme chroniqueur culturel.
« J’avais un rêve et aucune excuse », lance-t-il. Il développe la notion d’émulation: se comparer à la meilleure version de soi. Un tableau blanc recueille objectifs, délais et gestes concrets, du lever matinal aux révisions.
Le message trouve écho. Frédéric, 16 ans, explique avoir déjà listé trois compétences à renforcer: informatique, anglais et menuiserie. À la fin de la matinée, plusieurs filles sollicitent des conseils sur la rédaction d’un CV, tandis que les garçons évoquent l’apprentissage d’un instrument de musique.
Un programme de résilience qui s’étend
Béthanie agit depuis quatre ans par des ateliers trimestriels sur le stress, les addictions et la prise de parole. Avec l’appui d’associations françaises, le modèle gagnera Nkayi, Dolisie et Owando au premier trimestre 2026.
Dans chaque ville, une équipe mixte d’éducateurs congolais et de volontaires étrangers forme les animateurs locaux. Les modules sont ensuite adaptés aux réalités culturelles: langue nationale, coutumes, contraintes d’internat. Le coût logistique est pris en charge pour moitié par des dons privés, pour moitié par des subventions.
Selon l’Aslav, plus de 300 jeunes pourraient bénéficier du dispositif en 2026 si la mobilisation actuelle se maintient. Un partenariat est également évoqué avec la direction départementale de l’enseignement général afin d’introduire des modules de confiance en soi dans le cadre des activités périscolaires publiques.
Regards d’orphelins sur leur futur
Après le déjeuner, les adolescents visitent les coulisses de l’Hôtel Saphir, guidés par le directeur des opérations, qui leur présente les métiers de l’hôtellerie. Certains découvrent les cuisines industrielles, d’autres testent une chambre témoin et posent des questions sur les cursus de formation requis.
De retour en salle, un micro tourne pour clore la journée. Vanessa, 14 ans, affirme vouloir devenir entrepreneuse dans la confection. Marvin rêve d’informatique embarquée. Autour d’eux, les animateurs notent les projets dans un carnet collectif destiné à assurer un suivi personnalisé.
« Je repars avec l’idée que mon avenir m’appartient », souffle Justin, casque audio autour du cou. Sœur Marlène voit dans ce regain d’énergie la preuve qu’une parole bienveillante peut inverser la trajectoire d’un adolescent et préparer une citoyenneté active tournée vers le progrès national.
L’atelier se conclut par une photo de groupe sous le ciel clair de Brazzaville. Les encadreurs promettent de mesurer les progrès dans trois mois, convaincus que la génération Béthanie diffusera bientôt cette culture de l’estime de soi.
