Un projet de loi éducatif validé à Brazzaville
Présenté puis adopté en Conseil des ministres le 20 janvier à Brazzaville, le projet de loi portant organisation du système éducatif en République du Congo ouvre une nouvelle étape pour l’école congolaise. Le texte s’inscrit dans une dynamique de modernisation des parcours, du préscolaire à l’université.
Le dossier figurait parmi les points majeurs examinés lors de la réunion tenue sous l’autorité du Président de la République Denis Sassou N’Guesso. Le compte rendu officiel a été lu par le ministre de la Communication et des médias, porte-parole du gouvernement, Thierry Moungalla.
États généraux 2024 : la base de la réforme de l’éducation
Le projet est présenté comme l’aboutissement des recommandations issues des États généraux de l’éducation nationale, de la formation et de la recherche, organisés du 25 au 29 janvier 2024. Les autorités mettent en avant une concertation nationale large, destinée à bâtir un cadre plus cohérent.
Selon le porte-parole du gouvernement, l’objectif est d’améliorer la qualité, d’aller vers davantage d’équité et de renforcer la performance du système éducatif. Thierry Moungalla a résumé l’orientation générale en évoquant la nécessité d’un dispositif mieux ajusté aux exigences actuelles.
Une nouvelle loi pour remplacer le cadre de 1995
Le texte a vocation à remplacer la loi n°25-95 du 17 novembre 1995, jugée devenue insuffisante face aux évolutions sociales, économiques et pédagogiques. L’ambition affichée est d’actualiser les règles d’organisation, de diplômes et d’évaluation, dans une logique d’alignement sur des standards internationaux.
Pour l’exécutif, la réforme répond aussi à des enjeux de développement humain. L’idée est de disposer d’un système plus lisible, mieux structuré et capable d’accompagner les besoins de formation du pays, tout en consolidant les fondamentaux dès les premières années de scolarité.
Préscolaire obligatoire et primaire réaménagé : les nouveautés
Parmi les innovations les plus commentées figure la généralisation de l’éducation préscolaire, avec un caractère obligatoire accordé à la troisième année. Le projet présente cette mesure comme un levier pour renforcer précocement les apprentissages, en donnant un cadre plus stable au démarrage du parcours scolaire.
La durée du cycle primaire est revue à cinq ans. Le texte institue un cours préparatoire unique, en remplacement de l’organisation précédente distinguant CP1 et CP2. Cette révision vise à simplifier le cycle, tout en fixant des repères plus clairs pour les contenus d’enseignement.
CEP et contrôle continu : l’évaluation au primaire évolue
Le projet de loi prévoit que le certificat d’études primaires (CEP) remplace le Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Le CEP devient ainsi le diplôme officialisant la fin du cycle primaire, avec une dénomination harmonisée et un statut explicitement reconnu dans l’architecture des certifications.
Autre changement notable, le contrôle continu est instauré en classe de CM2, en lieu et place de l’examen national. Thierry Moungalla a expliqué que cette option vise à alléger le dispositif d’évaluation, tout en donnant davantage de poids au suivi pédagogique régulier sur l’année scolaire.
Secondaire et enseignement technique : continuité et ajustements
Le texte conserve l’architecture actuelle de l’enseignement secondaire général, organisé en deux cycles de quatre ans puis trois ans. Ces deux étapes restent sanctionnées par le brevet d’études du premier cycle (BEPC) et le baccalauréat, ce qui assure une continuité pour les élèves et les établissements.
Dans l’enseignement technique, l’accès au baccalauréat demeure conditionné par le brevet d’études techniques (BET). Le projet met aussi en avant la volonté de renforcer l’attractivité des parcours professionnels et leur reconnaissance, en clarifiant les passerelles et la valeur des diplômes.
BTS diplôme d’État et LMD généralisé dans le supérieur
Une mesure marquante concerne le brevet de technicien supérieur (BTS), désormais consacré comme diplôme d’État. Le projet entend ainsi renforcer la crédibilité des filières professionnalisantes, en confirmant un cadre national de certification et en consolidant la place du technique dans l’offre de formation.
Dans l’enseignement supérieur, le système LMD (Licence-Master-Doctorat), déjà appliqué à l’université Marien-Ngouabi, est étendu à l’ensemble du secteur. Le texte prévoit aussi des curricula intégrant la formation à une citoyenneté responsable, pacifique et patriote.
Gouvernance scolaire, cantines et Haut Conseil de l’éducation
La réforme précise également les relations entre l’État et les partenaires publics, privés et techniques. En toile de fond, l’enjeu est d’offrir un cadre légal plus explicite aux coopérations, en posant des règles de fonctionnement et de responsabilités mieux identifiées dans la mise en œuvre des politiques éducatives.
Le projet pose un cadre légal pour les cantines scolaires, sujet très concret pour les familles et les communautés éducatives. Il consacre enfin la création d’un Haut Conseil de l’éducation nationale, de la formation et de la recherche, placé sous l’autorité du Premier ministre.
Prochaine étape : transmission au Parlement
Après examen et discussion en Conseil des ministres, le texte approuvé doit être transmis au Parlement pour adoption. Les autorités présentent cette séquence institutionnelle comme la suite logique du processus engagé depuis les États généraux de 2024, avec l’objectif d’installer durablement les nouvelles règles.
Si le projet est adopté, il ouvrirait la voie à une réorganisation d’ampleur du système éducatif congolais, du préscolaire à l’université. Pour de nombreux acteurs, l’enjeu sera de traduire ces orientations en dispositifs opérationnels, au plus près des écoles et des apprenants.
