Une mobilisation intersectorielle réactivée
Réunis le 27 novembre à Brazzaville, ministères sociaux, Unicef, ONG et représentants d’enfants ont lancé le dispositif de coordination chargé de suivre la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Cette table ronde marque le retour d’une concertation élargie après plusieurs années de fonctionnement à géométrie variable.
James Mugaju, représentant adjoint de l’Unicef au Congo, a salué « un moment charnière pour renouveler le consensus national ». L’agence onusienne promet un accompagnement technique afin que les recommandations du Comité des droits de l’enfant deviennent des actions concrètes dans chaque département du pays.
Des avancées mais encore des écarts
Le Congo a ratifié la Cide depuis plus de trois décennies et affiche des progrès notables : taux de scolarisation primaire en hausse et couverture vaccinale globalement stabilisée. Toutefois, près de 50 % des moins de 18 ans restent exposés à la pauvreté, aux maladies hydriques ou au travail informel.
Christian Roch Mabiala, directeur général des affaires sociales, reconnaît que le paludisme et les disparités vaccinales pèsent toujours sur les indicateurs. « Nous devons franchir un cap pour que chaque hameau bénéficie des mêmes services que Brazzaville », a-t-il noté, plaidant pour des synergies entre districts sanitaires et collectivités.
Budget sensible à l’enfant, priorité 2025
Le cœur des débats a porté sur la budgétisation. Les experts réclament une ligne clairement identifiée pour l’enfance dans la loi de finances, au national comme au local, afin de rendre visibles crédits et décaissements. Cette transparence permettrait de suivre l’impact des investissements sur la scolarité, la nutrition et la protection.
Aimé Blaise Mitoumbi, directeur général du partenariat au développement, admet des retards dans l’exécution des budgets sociaux et des chevauchements de compétences. Il assure néanmoins que « des instructions sont données pour qu’en 2025, chaque ministère décline un programme chiffré pour l’enfant et publie ses résultats ».
Voix d’experts et responsabilités partagées
Suzanne Somboko, à la tête du partenariat bilatéral et multilatéral, a annoncé la création d’un groupe technique chargé de compiler l’ensemble des textes nationaux relatifs aux droits de l’enfant. Cette revue permettra de repérer doublons, manques ou incohérences et de proposer des ajustements législatifs.
Pour le sociologue Arnaud Benga, invité comme observateur, la réussite passera aussi par la participation active des jeunes eux-mêmes. « Les enfants savent exprimer leurs besoins ; inclure leurs comités scolaires dans les diagnostics renforcera la pertinence des plans d’action », estime-t-il, citant l’exemple du club droit-devoir du lycée Chaminade.
Prochaines étapes du cadre national
Le dispositif acté à Brazzaville prévoit un comité de pilotage présidé par le ministère des Affaires sociales, appuyé par des cellules régionales. Chaque trimestre, un tableau de bord rassemblera données de santé, d’éducation et de justice des mineurs pour orienter les décisions.
Les conclusions de l’atelier seront transmises aux ministères sectoriels avant la session budgétaire. Un calendrier indicatif table sur une première évaluation d’impact fin 2025, couplée à la sixième revue périodique devant le Comité des droits de l’enfant à Genève.
En s’appuyant sur ce nouveau mécanisme, le Congo renforce la visibilité de son engagement politique tout en consolidant la coopération internationale. L’objectif revendiqué est d’offrir à chaque enfant congolais un environnement sûr, sain et inclusif, gage d’un capital humain solide pour la prospérité nationale.
