Un fonds inédit pour soutenir la presse congolaise
Le secteur des médias congolais vient de recevoir une impulsion majeure. Le 12 décembre, le président du Conseil supérieur de la liberté de communication, Médard Milandou, a révélé que le gouvernement consacrera dorénavant un fonds d’appui à la presse financé intégralement par la Redevance audiovisuelle.
Devant les patrons de rédaction rassemblés à Brazzaville, il a qualifié ce mécanisme de « bouffée d’oxygène » pour un écosystème confronté à la hausse des coûts de production et à la fragmentation des audiences numériques, tout en rappelant que la liberté de ton doit s’accompagner d’une rigueur professionnelle accrue.
« Nous voulons que chaque Congolais dispose d’informations fiables, variées et produites dans de bonnes conditions », a-t-il souligné, remerciant les autorités pour la mobilisation rapide des ressources et appelant les médias à une gestion transparente afin que ce fonds devienne un levier durable de modernisation.
La Redevance audiovisuelle, moteur du dispositif
La Redevance audiovisuelle, prélevée depuis 2018 sur les factures électriques, représente aujourd’hui plus de deux milliards de francs CFA par an selon les estimations du Trésor public. Son affectation exclusive au fonds marque un virage budgétaire salué par plusieurs éditeurs présents à la réunion.
Jusqu’ici, la redevance finançait principalement l’audiovisuel public. En l’élargissant à l’ensemble des médias, le gouvernement répond à une revendication ancienne des syndicats qui plaidaient pour une mutualisation des recettes afin de soutenir aussi la presse écrite et les plateformes d’information en ligne.
Le ministère des Finances a confirmé que les virements seront trimestriels afin d’assurer une trésorerie régulière aux rédactions. Un comité technique associant Cslc, Direction du budget et représentants de médias suivra l’évolution des encaissements pour anticiper d’éventuelles fluctuations de la consommation électrique, source de la redevance.
Répartition équitable entre médias publics et privés
Médard Milandou a insisté sur le caractère équilibré de la clé de répartition. La moitié ira aux organes publics, l’autre aux acteurs privés, avec des pondérations internes basées sur l’audience, la diffusion et le respect des obligations sociales, notamment le versement régulier des salaires et des cotisations.
Les radios communautaires, souvent essentielles dans les zones rurales, bénéficieront d’une enveloppe spécifique. « Notre objectif est de ne laisser aucun territoire sans voix », a déclaré un haut conseiller, soulignant que le pluralisme passe aussi par la survie économique des petites stations locales.
Une grille d’éligibilité sera publiée en janvier. Les organes devront présenter bilans financiers certifiés, plan de formation et engagement à diffuser les messages d’intérêt général. En cas de non-conformité, les montants pourront être suspendus jusqu’à régularisation, a précisé le secrétariat permanent du Cslc.
La carte de presse, sésame renforcé avant 2026
Au même moment, le président du Conseil a annoncé la mise à disposition prochaine d’une nouvelle carte de presse sécurisée. Dotée d’un code QR, elle permettra aux journalistes d’être identifiés immédiatement par les services publics et les organisateurs d’événements, réduisant les obstacles souvent rencontrés sur le terrain.
La distribution commencera courant février et ciblera d’abord les correspondants en régions pour faciliter la couverture des scrutins locaux à venir. À Brazzaville et Pointe-Noire, plusieurs rédactions ont déjà transmis leurs listes nominatives, signe d’un intérêt marqué pour ce dispositif pourtant annoncé il y a moins d’une semaine.
La carte expirera en 2027, soit un an après la présidentielle. « Nous évitons ainsi les interruptions administratives en plein cycle électoral », a expliqué Médard Milandou. Les frais d’émission resteront symboliques, autour de 5 000 francs CFA, pour ne pas alourdir les budgets des indépendants.
Professionnalisation et attentes du secteur
La nomination d’une équipe de treize membres au Cslc complète le dispositif. Vice-président, secrétaire-comptable et hauts conseillers disposent chacun d’attributions précises, de l’éthique éditoriale à la médiation. Plusieurs viennent du terrain, gage, selon les syndicats, d’une compréhension fine des réalités quotidiennes des rédactions.
Les organisations professionnelles se réjouissent globalement, même si elles attendent une clarification sur les critères d’audience. « Mesurer l’impact d’un site ou d’un podcast reste complexe ici », rappelle un responsable de l’Observatoire congolais des médias, qui espère l’adoption rapide d’outils communs de mesure certifiée.
Du côté des écoles de journalisme, on voit dans le fonds un moyen d’encourager les rédactions à recruter des jeunes diplômés. Un partenariat est déjà en discussion pour financer des stages rémunérés et des ateliers sur la vérification numérique, élément crucial dans la lutte contre la désinformation.
Les premières dotations sont attendues avant la fin du premier trimestre 2024. En attendant, plusieurs journaux planchent sur des projets d’impression écologique et d’abonnements mobiles adaptés au pouvoir d’achat local, convaincus que la solvabilité à long terme passera autant par l’innovation que par le soutien public.
Pour Médard Milandou, ces différentes initiatives convergent vers un objectif unique : « offrir à la population une information crédible, accessible et porteuse de développement ». Le succès du fonds sera donc scruté de près, tant par les professionnels que par les citoyens avides d’un journalisme renouvelé.
