Naissance publique du Rassemblement des démocrates panafricains
La salle modeste du siège de Moungali, quatrième arrondissement de Brazzaville, affichait complet ce 25 octobre 2025. Face aux micros, Jean-Bonnard Moussodia officialisait le Rassemblement des démocrates panafricains, ba-dia-nséké, enregistré fin 2024 auprès des autorités compétentes.
À la tribune, l’ancien vice-président de l’Udh-Yuki a d’emblée rappelé que son nouveau creuset politique a respecté « scrupuleusement le cahier des charges fixé par la loi ». Un récépissé d’existence légale, exhibé quelques minutes plus tard, a confirmé la conformité du parti aux exigences administratives.
« Le RDP se positionne dans l’opposition, mais dans une opposition constructive », a résumé Moussodia, insistant sur la volonté de dialoguer avec les institutions républicaines tout en demeurant vigilant sur les aspirations citoyennes.
L’ombre bienveillante de Guy-Brice Parfait Kolélas
Avant d’entrer dans le programme, le conférencier a demandé une minute de silence. Dans la salle, le nom de Guy-Brice Parfait Kolélas, disparu en 2021, a plané en filigrane. « Son flambeau ne doit pas s’éteindre », a martelé Moussodia.
Compagnon de route de l’ancien candidat présidentiel, il affirme vouloir prolonger la « vision d’un Congo plus juste, plus humain, plus uni ». Le titre de « guide idéologique » conféré à Parfait Kolélas dans les statuts du RDP scelle cette filiation revendiquée.
Moussodia a également salué les bâtisseurs de l’unité nationale, citant l’abbé Fulbert Youlou et Jacques Opangault. Pour lui, ces références historiques et celle de Kolélas forment « un continuum d’engagement pour un développement intégral ».
Libéral-humanisme : la matrice doctrinale
Sur le plan idéologique, le RDP adopte le libéral-humanisme, orientation qui place « l’être humain au centre de l’action publique ». Selon Moussodia, il s’agit d’allier liberté individuelle, responsabilité collective et solidarité nationale.
Le responsable précise que l’économie de marché doit être encadrée par un État garant des équilibres sociaux, tandis que la société civile est appelée à jouer un rôle moteur dans l’innovation et la cohésion. « Nos compatriotes veulent créer, entreprendre et participer », a-t-il résumé.
Cette ligne entend se distinguer d’un libéralisme sans garde-fous autant que d’un dirigisme rigide. Le RDP plaide pour un climat d’affaires prévisible, une fiscalité incitative et la digitalisation des démarches administratives afin de libérer les énergies, tout en protégeant les plus vulnérables.
Le « Plan parfait » revisité pour le redressement national
Interrogé sur les priorités, Moussodia a repris les grands axes du « Plan parfait pour le redressement du Congo », esquissé par Kolélas lors de la présidentielle de 2016. Ce programme est réactualisé pour répondre aux défis actuels.
Le premier pilier concerne la diversification économique, avec la promotion de l’agro-industrie et des nouvelles technologies afin de réduire la dépendance aux hydrocarbures. Le second mise sur l’accès universel à l’eau potable, à l’électricité et aux télécommunications, considéré comme « droit fondamental ».
Le troisième pilier évoque la gouvernance. Le RDP propose un renforcement de la décentralisation, la rationalisation des finances publiques et la transparence dans la gestion des entreprises d’État. « Les Congolais veulent savoir comment chaque franc est utilisé », a insisté Moussodia.
Une implantation encore inégale, mais en cours
Dans l’immédiat, le parti compte des cellules actives à Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie. Les départements du Niari, de la Sangha et de la Likouala restent à couvrir. « Nous n’avons pas vocation à rester urbains », reconnaît le président.
Des missions de terrain sont planifiées pour les prochains mois afin de nouer des partenariats locaux et de former les nouvelles sections. Moussodia affirme privilégier la pédagogie sur les programmes plutôt que la distribution de gadgets politiques.
« Notre ambition n’est pas d’aligner des bureaux virtuels, mais de faire émerger des responsables ancrés dans leurs communautés », a-t-il souligné, rappelant que l’adhésion au parti passe par un engagement au service de projets concrets.
Dialogue républicain et perspectives électorales
À la question d’une éventuelle participation aux futures échéances locales et législatives, le dirigeant a répondu par la positive, tout en se disant « attentif au calendrier fixé par les autorités compétentes ».
Le RDP travaille déjà à l’élaboration de listes équilibrées en genre et en représentation territoriale, pour proposer « des candidatures crédibles et responsables ». Moussodia assure que chaque chef-lieu départemental aura un comité de sélection transparent.
S’agissant de la coopération avec d’autres formations, l’orateur n’exclut pas des convergences programmatiques, mais il réaffirme l’indépendance du RDP. « Nous dialoguerons avec tous, sans perdre notre âme », insiste-t-il.
Une opposition qualifiée de constructive
Tout au long de la conférence, le mot « constructive » est revenu comme un leitmotiv. Moussodia affirme vouloir défendre des propositions à l’Assemblée et dans la société plutôt que de « s’opposer pour s’opposer ».
Il salue les initiatives gouvernementales qui vont dans le sens de la modernisation, citant la mise à niveau du réseau routier et la réforme du code des investissements. « Chaque avancée profitant aux citoyens mérite d’être soutenue », précise-t-il.
Dans le même temps, le parti entend jouer son rôle de vigie sur la protection des libertés publiques, la lutte contre la vie chère ou la qualité des services essentiels. Le libéral-humanisme du RDP veut conjuguer contrôle et coopération.
Réception du public et prochaine étape
À la sortie, plusieurs sympathisants se disaient séduits par la démarche. Ange-Déla Koussou, étudiant en droit, juge « intéressant qu’un parti parle d’économie numérique et de décentralisation ».
Pour Émilienne Kombila, commerçante de Moungali, la promesse d’un soutien aux petites et moyennes entreprises « résonne avec les préoccupations quotidiennes ». Les prochains mois diront si ces premiers échos se transforment en adhésions.
Le bureau politique annoncera d’ici à février 2026 une tournée nationale afin de présenter le manifeste intégral et de collecter les attentes locales. Moussodia conclut : « Le RDP appartient désormais à tous ceux qui veulent bâtir un Congo de dignité et d’espérance ».