Lamuka s’implante à Pointe-Noire
La coordination départementale des organisations de la société civile de Pointe-Noire a officiellement accueilli, le 30 décembre 2025, la nouvelle antenne du Collectif Lamuka, dédié à la promotion des droits des femmes vivant avec handicap dans les départements de Pointe-Noire et du Kouilou.
Devant des responsables du district, des affaires sociales et plusieurs associations partenaires, le bureau conduit par la militante Pouliguen Maya a reçu son acte de reconnaissance, prélude à une série d’actions que l’organisation entend mener sur le terrain dès le premier trimestre 2026 prochain.
Un constat alarmant sur les violences de genre
Selon les observations de Lamuka, les femmes handicapées demeurent parmi les plus exposées aux violences basées sur le genre, souvent invisibles dans les statistiques officielles. L’exclusion économique, la stigmatisation et le manque d’accès à l’information aggravent leur vulnérabilité et nourrissent un silence difficile à briser.
Pour la coordonnatrice, « le handicap n’annule ni la dignité, ni la capacité d’agir ». Elle revendique un changement de regard et rappelle que l’assistance requise doit être perçue comme un levier d’autonomisation plutôt que comme une dépendance perpétuant les inégalités existantes encore dans la société.
Axes prioritaires du programme Tchicol Ti Buzimbu
Le plan 2025-2026 baptisé « Tchicol Ti Buzimbu », littéralement « l’école des oubliés » en vili, s’articule autour de quatre piliers : inclusion sociale, accès équitable à l’éducation, autonomisation économique et accompagnement des victimes de violences, avec un accent particulier sur la jeunesse.
Des sessions de formation, des ateliers de leadership et un dispositif de mentorat sont prévus pour renforcer les capacités des participantes. L’objectif est de positionner les femmes handicapées comme actrices du développement local, capables de prendre la parole dans les médias et les forums communautaires locaux.
Autonomisation économique, un moteur d’intégration
Lamuka travaillera avec le Réseau des associations des personnes vivant avec handicap pour identifier des chaînes de valeur accessibles, notamment l’agro-transformation, l’artisanat et les services numériques. Un fonds rotatif sera expérimenté afin de soutenir la création de micro-entreprises dirigées par des femmes handicapées volontaires locaux.
Gaston Yomo, parrain du collectif, promet d’accompagner l’initiative par son expertise en gestion inclusive. « L’autonomie financière ouvre la porte au reste des droits », rappelle-t-il, en insistant sur la nécessité d’une gestion rigoureuse et transparente des ressources mobilisées pour chaque bénéficiaire du programme.
Santé sexuelle et reproductive inclusive
La santé sexuelle et reproductive reste un tabou pour nombre de femmes handicapées, souvent écartées des campagnes de sensibilisation classiques. Lamuka prévoit des cliniques mobiles accessibles, des séances d’information en langue des signes et des partenariats avec les centres de santé intégrés de l’État pour chaque quartier.
Marie Victoire Mitolo Koumba, de la Circonscription d’action sociale de Tié-Tié, se félicite de cette orientation. Elle assure que les pouvoirs publics mettront à disposition un appui technique afin de garantir le respect des protocoles sanitaires et l’accessibilité universelle des infrastructures retenues pour les personnes concernées.
Loi 18-2025, un cadre juridique à investir
Entrée en vigueur le 25 juillet dernier, la loi 18-2025 sur la protection et la promotion des personnes vivant avec handicap constitue désormais la boussole de toute initiative. Les autorités encouragent Lamuka à vulgariser ce texte auprès des bénéficiaires et auprès des employeurs publics et privés.
« La loi offre des mesures fiscales incitatives et un quota d’emplois réservés », rappelle un cadre de la direction départementale des affaires sociales. À ses yeux, la société civile doit servir de relais pour informer les familles, mais aussi pour signaler toute forme de discrimination.
Synergies associatives pour plus d’impact
Lamuka entend collaborer avec les ONG spécialisées dans la formation numérique et l’alphabétisation en braille afin de proposer des services intégrés. Des partenariats sont aussi envisagés avec les radios communautaires pour diffuser des capsules juridiques traduites en langues locales, y compris le kituba et le lingala.
Pour Léopold Ngoulou, secrétaire général du collectif, « la mutualisation des efforts évite les doublons et maximise la portée ». Il espère que d’autres structures rejoindront la plateforme afin de construire un plaidoyer commun susceptible de séduire les bailleurs internationaux et les entreprises citoyennes du pays entier.
Perspectives 2025-2026 du Collectif Lamuka
Dans les prochains mois, Lamuka ambitionne de cartographier les besoins des femmes handicapées par arrondissement grâce à un outil numérique participatif. Les données collectées orienteront la mise en œuvre du programme et faciliteront l’évaluation externe prévue à mi-parcours, au deuxième semestre 2026 prochain si les financements suivent.
Une table ronde départementale est déjà programmée avec les autorités locales, les entreprises extractives et les services déconcentrés de l’État pour discuter de l’insertion professionnelle des bénéficiaires. L’événement devrait aboutir à la signature de conventions de stage et à la publication d’offres adaptées aux profils.
Pour nombre d’observateurs, la naissance de Lamuka illustre le dynamisme associatif de Pointe-Noire sous l’impulsion des politiques publiques d’inclusion. Reste à transformer l’essai et à garantir la pérennité financière afin que le serment « solidarité-justice-développement » devienne réalité quotidienne pour chaque citoyenne concernée localement.
