Un entretien stratégique à Salé
Réunis le 6 décembre à Salé, au Maroc, le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, et son homologue du Comité national olympique et sportif sénégalais, Mamadou Diagna Ndiaye, ont posé les jalons d’une coopération sportive plus structurée.
La rencontre, couverte par la presse locale, s’est déroulée en présence de l’ambassadrice du Sénégal à Rabat, Seynabou Dial, et de plusieurs techniciens, illustrant l’importance diplomatique accordée à la dimension économique du sport.
Partage d’expériences organisationnelles
Les deux responsables ont d’abord partagé un constat simple : sur un continent en pleine transition démographique, l’organisation d’événements majeurs constitue un levier de croissance, d’emploi et d’image, pour peu que l’expertise circule librement entre pays africains.
Fouzi Lekjaa, fort de l’expérience marocaine en matière de candidatures et de réformes d’infrastructures, a insisté sur « une méthodologie basée sur le détail, la planification digitale et l’engagement communautaire », selon des proches qui ont assisté aux échanges.
Mamadou Diagna Ndiaye, également président du comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, a expliqué que le Sénégal vise une édition « écologique et inclusive », inspirée par la récente popularité du sport scolaire en Afrique de l’Ouest.
CAN 2025, laboratoire de l’expertise marocaine
Point d’orgue de la discussion, la Coupe d’Afrique des nations 2025, attribuée au Maroc, servira de terrain d’entraînement logistique pour les équipes sénégalaises appelées à gérer l’afflux de visiteurs l’année suivante.
Rabat prévoit d’investir dans des stades intelligents, des systèmes de billeterie biométrique et un réseau de transport urbain intégré, autant de modules qui intéressent Dakar pour fluidifier les compétitions multisports prévues sur la presqu’île du Cap-Vert.
« Nous voulons mutualiser études de faisabilité, centres de formation et technologies vertes afin de réduire nos coûts et d’augmenter notre autonomie », a résumé Mamadou Diagna Ndiaye, jugeant la coopération Sud-Sud indispensable face aux standards imposés par les instances internationales.
Dakar 2026 dans le viseur sénégalais
Sur le plan financier, la Frmf s’appuie déjà sur des partenariats publics-privés impliquant télécoms, banques et transports, tandis que le Cnoss examine des modèles d’obligations vertes pour attirer la diaspora sénégalaise et sécuriser les chantiers de Dakar 2026.
L’ambassadrice Seynabou Dial a salué « la diplomatie du stade » qui renforce une relation bilatérale séculaire, rappelant que Dakar et Rabat partagent des priorités communes en matière de tourisme, de sécurité et d’intégration économique régionale.
Pour le Maroc, accueillir la CAN deux ans après la remarquable performance des Lions de l’Atlas au Mondial 2022 représente aussi une opportunité de consolider l’image d’un pôle sportif stable, capable d’inspirer un continent jeune et connecté.
Quels enseignements pour le sport congolais ?
Ces échanges intéressent au premier chef les fédérations congolaises, qui préparent la saison 2024-2025 dans un contexte de rénovation des stades Alphonse-Massamba-Débat et Félix-Éboué, projets inscrits dans le Plan national de développement 2022-2026.
En observant la collaboration maroco-sénégalaise, Brazzaville peut identifier des solutions de financement innovantes, comme la billetterie mobile ou le naming corporate, susceptibles de réduire la charge budgétaire de l’État tout en dynamisant l’emploi local.
Le directeur du Comité national olympique congolais, interrogé à distance, estime que « les synergies africaines offrent des économies d’échelle que nous ne pouvons ignorer si nous souhaitons accueillir à nouveau les Jeux africains dans de bonnes conditions ».
À Ouesso comme à Pointe-Noire, des clubs amateurs suivent déjà des webinaires dispensés par la Frmf sur la gestion des données athlétiques, preuve que le savoir-faire circule au-delà des frontières et profite à la base.
Les autorités congolaises encouragent ces initiatives, alignées sur la politique gouvernementale de digitalisation des fédérations et de professionnalisation du championnat national, objectif rappelé lors du dernier Conseil des ministres.
À moyen terme, un partenariat tripartite entre Maroc, Sénégal et Congo pourrait porter sur l’homologation des infrastructures, la formation des arbitres francophones et la création d’une plateforme d’e-ticketing panafricaine, estiment plusieurs consultants basés à Abidjan.
Le calendrier serré de la CAN 2025 impose toutefois de maintenir un rythme de préparation exigeant ; Fouzi Lekjaa a confirmé que les appels d’offres pour les systèmes de surveillance connectés seront publiés dès février 2024.
De son côté, le Sénégal finalise un audit environnemental des sites olympiques, préalable indispensable à l’obtention des labels internationaux et à la mise en place de navettes électriques entre l’aéroport Blaise-Diagne et les différentes arènes.
Si cette coopération aboutit, elle pourrait devenir un modèle pour l’Afrique centrale, où l’organisation d’événements sportifs d’envergure s’accompagnerait d’investissements durables, d’emplois qualifiés et d’une visibilité accrue pour la jeunesse congolaise.
À terme, les universités congolaises pourraient également s’associer aux laboratoires de performance sportive de Rabat pour développer des programmes de recherche sur la prévention des blessures, renforçant le lien entre académie et pratique professionnelle.
Dans l’immédiat, un groupe de travail mixte doit être mis en place avant la fin de l’année pour définir un calendrier de visites techniques, incluant Brazzaville comme observateur afin de faciliter une future intégration.
