Un enjeu de santé publique prioritaire
Le nouveau guide émerge à un moment où la résistance aux antibiotiques et l’automédication inquiètent encore au Congo. Avec cet outil, le ministère de la Santé veut structurer la pharmacovigilance et réduire les risques liés aux traitements sur l’ensemble du territoire national.
Adopté après deux jours d’échanges à Brazzaville, le document trace un cadre homogène pour détecter, évaluer et signaler chaque réaction indésirable. Il complète les textes existants et fait de la notification une obligation professionnelle plutôt qu’un acte volontaire.
Deux jours d’examen pointilleux à Brazzaville
Les 15 et 16 décembre, médecins, pharmaciens, chercheurs et représentants de la société civile ont passé le guide au crible phrase par phrase. La séance s’est tenue dans un hôtel du centre-ville, dans une atmosphère studieuse mais déterminée à aboutir.
« Nous voulions un outil maniable, pas un manuel théorique », confie un médecin du CHU. Les retours ont modifié le chapitre sur la remontée des alertes et ajouté une section pour les produits de médecine traditionnelle.
Le soutien stratégique du Pnud
Le Programme des Nations unies pour le développement accompagne depuis trois ans la direction de la pharmacie et du médicament sur la question. Son conseiller technique principal santé, Hugues Traoré, voit dans le nouveau texte « un puissant support pour gérer les alertes et protéger les patients ».
Le Pnud a financé la formation d’experts, fourni des outils numériques et prévu l’impression de mille guides. Un budget conjoint, non dévoilé, couvre aussi des tournées de sensibilisation destinées aux prescripteurs des départements.
Ce que dit réellement le guide national
Le document précise la manière de remplir les fiches de notification, les délais impartis et les canaux à privilégier, qu’il s’agisse d’un smartphone ou du formulaire papier. Une base de données centralisée au ministère consolidera ensuite les signalements pour des analyses épidémiologiques.
Il prévoit un barème décisionnel. Selon la gravité ou la fréquence d’un effet, l’autorité pourra modifier le conditionnement, rappeler un lot ou suspendre l’importation. Cette gradation promet des actions plus rapides et plus lisibles pour le public.
Les professionnels déjà mobilisés
Rosa Ata Ollessongo, directrice de la pharmacie et du médicament, souligne que chaque pharmacien titulaire est désormais tenu de signaler, même une simple rougeur, dans les quarante-huit heures. « La surveillance commence au comptoir », rappelle-t-elle, citant des alertes récentes sur certains antihypertenseurs.
Des tests pilotes menés à l’hôpital de Talangaï ont montré que les notifications ont quadruplé dès que le personnel reçoit une courte formation et des formulaires préremplis. L’expérience sera reproduite à Pointe-Noire puis étendue aux centres de santé intégrés des départements.
Vers une vigilance communautaire
Henri Germain Monabeka, directeur général des soins et services de santé, plaide pour que la pharmacovigilance descende jusqu’au niveau communautaire. Il propose que les agents de santé relais puissent déposer des fiches lorsqu’ils observent une réaction lors d’une campagne de vaccination ou d’un traitement antipaludique.
Cette approche de proximité répond à la réalité congolaise où la première ligne de soins se situe souvent en dehors des hôpitaux. Les associations de patients, déjà actives dans la lutte contre la drépanocytose, seront invitées à rejoindre le réseau de surveillance.
Un contexte de marché pharmaceutique en mutation
Le Congo importe la quasi-totalité de ses médicaments et voit arriver chaque année de nouveaux génériques. Assurer le suivi post-commercialisation devient donc crucial pour repérer rapidement d’éventuelles contrefaçons ou variations de qualité entre lots.
Selon la direction de la pharmacie, plus de 2 000 autorisations de mise sur le marché sont en vigueur. Sans un système robuste, les signaux de sécurité peuvent se perdre. Le guide ambitionne de donner de la cohérence et d’aligner le pays sur les standards régionaux.
Calendrier de déploiement et défis
La diffusion du guide commencera en janvier avec un atelier de lancement à Owando, puis des sessions dans chaque département. Une version numérique sera téléchargeable sur le site du ministère afin que les étudiants et les praticiens libéraux y accèdent facilement.
Les défis restent nombreux : disponibilité des connexions Internet en zone rurale, financement durable des analyses de laboratoire et motivation constante du personnel. Le ministère mise sur un système d’alerte par SMS, déjà testé durant la pandémie, pour contourner la fracture numérique.
Un pas supplémentaire vers la couverture sanitaire
En renforçant la sécurité des traitements, le guide rejoint l’objectif gouvernemental de couverture sanitaire universelle. Un médicament efficace ne suffit pas ; il doit aussi être sûr pour toutes les tranches d’âge et compatible avec les pathologies fréquentes comme l’hypertension ou le VIH.
Les autorités espèrent qu’une meilleure remontée d’informations incitera les laboratoires à améliorer leurs formulations et à partager davantage de données cliniques. Tout le système pharmaceutique y gagnerait en crédibilité, renforçant la confiance des patients, des soignants et des investisseurs.
