Brazzaville, théâtre d’une triple accréditation
Le palais du peuple a retrouvé son décor protocolaire le 22 décembre. Entouré de la garde républicaine, Denis Sassou N’Guesso a reçu trois diplomates venus présenter leurs lettres de créance, étape indispensable à la prise de fonctions auprès de la République du Congo.
Mathurin Boungou pour le Gabon, Hopelong Uushona Iipinge pour la Namibie et Mesfin Gebremaria Shawo pour l’Éthiopie ont tour à tour remis le pli scellé de leurs chefs d’État, respectivement Brice Clotaire Oligui Nguema, Hage Geingob et Sahle-Work Zewde.
Cette séquence illustre la volonté de Brazzaville de diversifier ses partenariats continentaux. Selon un conseiller au cabinet diplomatique, l’objectif est d’« accélérer l’intégration régionale et de multiplier les projets gagnant-gagnant », dans la lignée des orientations du chef de l’État.
Le Gabon mise sur l’expertise judiciaire de Boungou
Magistrat hors hiérarchie, Mathurin Boungou apporte un profil rare dans le milieu diplomatique. Son parcours de juge d’instruction puis de président de Chambre d’accusation lui confère une fine connaissance des dossiers transfrontaliers liés à la justice économique et à la lutte contre la corruption.
De 2008 à 2013, il dirigeait l’Agence judiciaire du Trésor avant de superviser l’Agence judiciaire du Congo. À Brazzaville, il entend renforcer la circulation des magistrats et faciliter la coopération douanière, deux axes déjà identifiés par les commissions mixtes Gabon-Congo.
L’ambassadeur gabonais souligne aussi « l’urgence d’harmoniser les réglementations pétrolières dans le golfe de Guinée ». Une première table ronde sectorielle est envisagée dès le premier trimestre 2024, avec l’appui des ministères congolais des Hydrocarbures et de la Justice.
La Namibie relance sa présence à Brazzaville
Âgé de 68 ans, Hopelong Uushona Iipinge est un diplomate chevronné, rompu aux questions de défense. Son passage à Cuba en tant qu’ambassadeur d’Éthiopie a consolidé son réseau africain, un atout alors que Windhoek souhaite accroître ses échanges interafricains.
Titulaire d’une maîtrise en relations internationales et d’un diplôme en stratégie civilo-militaire, il arrive avec un portefeuille précis : énergie, élevage et formation des anciens combattants. Ces secteurs, complémentaires de l’économie congolaise, pourraient donner naissance à des programmes conjoints de transfert de compétences.
Le diplomate namibien a déjà entamé des échanges exploratoires avec le ministère congolais de l’Agriculture au sujet de la filière bovine. Un déplacement dans la cuvette laitière d’Oyo est même évoqué, afin de comparer les modèles d’élevage extensif et semi-intensif.
L’Éthiopie élargit sa zone d’influence économique
Résident au Rwanda et accrédité non-résident en République du Congo, Mesfin Gebremaria Shawo navigue entre Kigali, Addis-Abeba et Brazzaville. Son mandat couvre les volets politique, commercial et consulaire, avec un accent annoncé sur la facilitation des visas d’affaires.
Diplômé de l’Université d’Addis-Abeba et du Pendjab, il souhaite promouvoir l’expérience éthiopienne dans l’agro-industrialisation. L’idée est d’encourager les joint-ventures dans le café solubilisable, secteur où l’Éthiopie maîtrise déjà la chaîne de valeur, de la fève au packaging.
Mesfin Shawo table également sur la connectivité aérienne. Des discussions sont engagées avec Congo Airways pour étudier une desserte Addis-Abeba-Brazzaville via Kigali, susceptible de faire du Congo un hub d’accès à l’Afrique centrale pour Ethiopian Airlines.
Des convergences stratégiques déjà identifiées
Au-delà des spécificités, les trois ambassadeurs partagent un agenda orienté vers la mutualisation des infrastructures régionales. Qu’il s’agisse du corridor Pointe-Noire-Libreville ou du projet d’interconnexion électrique NamPower-SNE, leurs pays misent sur l’effet réseau pour accélérer la croissance.
Le ministère congolais de la Coopération internationale annonce la tenue d’un forum tripartite au second semestre, en marge de la Foire de Brazzaville. Objectif : présenter un portefeuille de quinze projets bancables dans le transport, l’énergie et le numérique.
Sur le plan culturel, les ambassades projettent d’organiser une semaine des arts africains à Brazzaville, avec des troupes de danse gabonaises, un ensemble de jazz namibien et une exposition de tisserands éthiopiens, afin de renforcer le dialogue entre sociétés civiles.
Selon un économiste de l’Université Marien Ngouabi, l’arrivée simultanée de ces diplomates peut servir de catalyseur. « Le Congo dispose d’atouts logistiques qui intéressent aussi bien l’Afrique de l’Est que la façade atlantique », analyse-t-il, évoquant la zone économique spéciale d’Oyo-Ollombo.
Prochains jalons et impact attendu pour 2024
Dès janvier, des comités conjoints doivent se réunir pour établir des feuilles de route. Les diplomates cherchent à formaliser des mémorandums sur l’échange de données statistiques, l’appui à la formation et la modernisation des chancelleries numériques, en cohérence avec le Plan national de développement.
Les premières retombées pourraient être visibles sur le volet commercial, avec l’ouverture envisagée d’un bureau de promotion des exportations namibien à Pointe-Noire et la participation d’entreprises gabonaises au salon Congo-Industrie prévu en juin.
Dans le domaine académique, il est prévu la signature d’accords de mobilité étudiante. L’Université Marien Ngouabi pourrait accueillir dès la rentrée prochaine une vingtaine d’étudiants namibiens et éthiopiens, tandis que des Congolais bénéficieront de bourses pour Libreville et Addis-Abeba.
En recevant ces lettres, Denis Sassou N’Guesso a réaffirmé que « la diplomatie congolaise est au service du développement ». Un message accueilli positivement par les nouveaux ambassadeurs, qui voient dans la stabilité du pays un terrain propice à des partenariats durables.
