Brazzaville aux couleurs de la vallée du Nil
Durant quatre jours, du 24 au 27 novembre, les jardins du Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza ont troqué leurs palmiers pour des palmettes pharaoniques. Sous un soleil ardent, l’ambassade de la République arabe d’Égypte a ouvert une semaine culturelle destinée à dévoiler l’âme de la plus ancienne civilisation méditerranéenne.
Les pavillons improvisés mêlaient papyrus, hiéroglyphes et tissus nubians, attirant chaque après-midi un public divers, des lycéens curieux aux diplomates férus d’histoire. Tous venaient goûter, sentir, voir, écouter ce que les Pharaons, les Coptes et le Caire moderne racontent au Congo d’aujourd’hui.
La cérémonie d’ouverture, marquée par les hymnes congolais et égyptien, a été présidée par l’ambassadrice Imane Samy Yakout, entourée de personnalités culturelles locales. Elle a loué la « puissance douce » de la culture pour cimenter une amitié construite sur les rives éloignées du Nil et du fleuve Congo.
Bélinda Ayessa, directrice du mémorial, a salué un événement « singulier », comparant le corridor culturel établi pour l’occasion à une felouque reliant deux histoires, l’une sculptée dans le granit de Gizeh, l’autre gravée dans les galeries des Tékés. Elle a promis que Brazzaville continuerait à servir de port d’escale culturelle.
Trésors pharaoniques sous la verrière du mémorial
Au centre de l’exposition, dix-neuf reproductions d’artefacts provenaient du futur Grand Musée égyptien, dont l’inauguration est annoncée comme l’événement muséal du siècle. Masques funéraires, statuettes d’Horus et fragments de papyrus ont été alignés, protégés par des vitres étincelantes. Les conservateurs congolais se sont attardés sur les méthodes de restauration employées.
La scénographie offrait un fil narratif chronologique, de l’Ancien Empire à l’époque gréco-romaine, permettant aux visiteurs d’appréhender l’évolution stylistique. Pour beaucoup d’étudiants en histoire, c’était l’occasion rêvée de confronter leurs cours théoriques à des objets concrets, fût-ce des copies certifiées.
À chaque artefact, un cartel bilingue détaillait provenance, symbolique religieuse et techniques d’excavation. Des guides congolais formés par l’équipe égyptienne répondaient aux questions, comparant les dynasties de Gizeh aux royaumes téké ou kongo, preuve que l’archéologie peut créer des ponts intellectuels inattendus.
Épices, café d’Horus et douceurs de Louxor
Non loin des vitrines, des effluves de coriandre et de cumin guidaient le public vers un espace dégustation. Au menu, koshari fumant, falafels croustillants, dattes farcies et karkadé glacé, préparés par des chefs congolais coachés par leurs homologues du Caire.
Le stand, couru à l’heure du déjeuner, témoignait d’une parenté inattendue entre cuisines nilotique et bantoue, toutes deux généreuses en légumineuses et en épices. « La cuisine est le plus rapide des passeports », s’est réjoui le chef Abdelrahman Ali, proposant une initiation au café d’Horus parfumé à la cardamome.
Les visiteurs repartaient avec de petites fiches recettes en français et en arabe, illustrées d’aquarelles. L’ambassade a confirmé que ces fiches seront bientôt disponibles en ligne afin de prolonger, dans les cuisines brazzavilloises, l’expérience sensorielle de la semaine culturelle.
Grand écran, grandes émotions
Chaque soir, la cour du mémorial se transformait en cinéma plein air, écran LED géant et rangées de chaises méticuleusement alignées. La programmation avait été pensée pour illustrer différentes époques du septième art égyptien, du classique humaniste « Le Destin » d’Youssef Chahine au récent drame social « Photocopie ».
Entre les projections, un documentaire sur l’oasis de Siwa invitait au voyage, présentant un désert vivant, creuset de biodiversité et de traditions amazighes. Chez les étudiants de l’École supérieure de tourisme, les images ont suscité des discussions sur l’essor de l’écotourisme africain.
Des débats post-projection, modérés par des critiques congolais, exploraient les parallèles entre les enjeux sociaux évoqués dans ces films et ceux rencontrés à Brazzaville. Il y était question de jeunesse, de mémoire et d’inclusion, montrant que le cinéma demeure un miroir partagé.
La diplomatie culturelle en action
Pour l’ambassadrice Imane Samy Yakout, l’initiative dépasse le simple divertissement. « Notre objectif est de faire de la culture un vecteur de développement durable et de coopération Sud-Sud », a-t-elle déclaré, rappelant le potentiel touristique que les deux pays cherchent à valoriser grâce à des partenariats universitaires et artistiques.
De son côté, Bélinda Ayessa a évoqué la possibilité d’organiser, dès 2024, une « Saison du Congo » au Caire afin de présenter la musique téké, la mode contemporaine et l’art urbain brazzavillois. Le ministère congolais de la culture soutiendrait le projet selon nos informations.
La fréquentation, estimée à plus de trois mille cinq-cents personnes sur quatre jours, dépasse les prévisions initiales. Les organisateurs soulignent la masse de contenus partagés sur les réseaux sociaux, preuve de l’impact auprès du public jeune, principal cœur de cible.
À l’heure de ranger bannière et papyrus, Brazzaville se découvre un goût d’ailleurs, tandis que Le Caire gagne un allié culturel de plus en Afrique centrale. Des deux côtés, on assure que cette première traversée n’était qu’un prélude, appelant d’autres voyages à suivre le fil du Nil jusqu’au fleuve Congo.
