Une réponse rapide à la crise des déchets
Depuis l’arrêt des opérateurs privés Averda et Albayrak, Pointe-Noire faisait face à des amas de détritus grandissants dans tous les quartiers, menaçant l’environnement, la circulation et l’image de la capitale économique du Congo.
Sensible aux doléances des riverains, le Président Denis Sassou Nguesso avait rappelé que la sécurité publique inclut la salubrité. Le colonel-major Michel Innocent Peya, à la tête de la DGFE, a aussitôt mobilisé l’Unité d’assainissement et de protection de l’environnement.
En moins de vingt-quatre heures, plusieurs camions, chargeuses et équipes mixtes de policiers-gendarmes sont entrés en action, sillonnant les arrondissements de Tié-Tié, Loandjili et Ngoyo pour dégager des milliers de tonnes de déchets et libérer les principales artères.
Marché de la Liberté transformé
Au marché de la Liberté, lieu emblématique de Tié-Tié, les montagnes d’ordures avaient fini par bloquer les étals et décourager la clientèle. Après deux jours de travaux, l’esplanade a retrouvé ses couleurs, ravivant l’activité commerciale matinale.
Des vendeuses de poisson ont spontanément offert de l’eau aux agents en bleu de travail, saluant un « geste salvateur » qui, selon elles, redonne confiance aux petites entreprises familiales mises à mal par l’insalubrité.
La mairie d’arrondissement, par la voix de sa première autorité, a remercié l’État pour « cette synergie inédite », promettant de renforcer la sensibilisation citoyenne afin d’éviter la résurgence de dépotoirs informels autour du marché.
À Loandjili, le carrefour Mayombe, connu pour ses flaques mêlées d’hydrocarbures et de plastiques, a nécessité l’usage d’un canon à eau haute pression. Les riverains assurent qu’on n’y avait pas vu l’asphalte depuis presque cinq ans sous les déchets accumulés là-bas.
Des moyens techniques au service de la ville
La DGFE dispose d’une chaîne logistique habituellement dédiée au soutien des casernes. Pour l’opération de Pointe-Noire, elle a affecté bulldozers, bennes-tasseuses, ateliers mobiles et mécaniciens, démontrant qu’un service financier peut se muer en acteur clé de l’ingénierie civile.
Les équipes travaillent par roulement nocturne et diurne, ce qui limite les embouteillages et accélère le traitement. Selon la direction technique, plus de sept mille tonnes ont déjà été évacuées vers la décharge contrôlée de Vindoulou.
L’objectif fixé par la mission est de ramener le volume résiduel sous le seuil sanitaire recommandé avant la fin du mois, tout en cartographiant les points noirs afin de planifier des tournées hebdomadaires permanentes.
Un impact sanitaire stratégique
La saison des pluies favorise la stagnation des eaux et la prolifération des moustiques porteurs de paludisme. En retirant les déchets, les agents bouchent aussi les gourbiers propices aux larves, réduisant les risques de maladies hydriques comme le choléra.
Le docteur Ipambou, épidémiologiste au district sanitaire urbain, se félicite d’une « démarche préventive qui coûte moins cher qu’une campagne de traitement curatif » et invite les ménages à respecter le calendrier de dépôt des ordures.
Un habitant de Ngoyo rappelle que les incendies de tas d’immondices sous les lignes haute tension avaient déjà provoqué des micro-coupures électriques, perturbant entreprises et foyers. L’évacuation rapide évite la répétition de tels incidents.
Renforcer le lien population-forces de sécurité
Pour la DGFE, sortir des casernes et intervenir auprès des civils nourrit la confiance réciproque. « Nous ne sommes pas seulement là pour sécuriser, nous sommes aussi là pour servir », résume le commandant d’opération, casque vissé et sifflet à la main.
Cette approche est en phase avec la vision gouvernementale de modernisation des services publics, rappelée lors des récentes assises nationales sur la ville durable. Plusieurs ONG locales souhaitent désormais intégrer les tournées pour mener des actions de sensibilisation.
Dans les réseaux sociaux, des vidéos d’agents de la DGFE ramassant les ordures au rythme des vuvuzelas ont été massivement partagées, participant à un récit positif où salut public et fierté nationale se rejoignent.
Les autorités locales envisagent d’inclure l’entretien régulier dans le budget participatif municipal, afin que les habitants décident eux-mêmes des priorités de propreté et s’impliquent durablement dans la surveillance des dépôts clandestins.
Vers un modèle durable d’assainissement urbain
Créée par le décret du 21 février 2025, l’Unité d’assainissement a vocation à intervenir sur l’ensemble du territoire chaque fois que l’urgence environnementale l’exige, sans se substituer aux municipalités mais en appui technique et logistique.
Le colonel-major Michel Innocent Peya explique vouloir contractualiser avec les entreprises locales de recyclage afin de valoriser une partie des déchets collectés, réduisant ainsi la pression sur les sites d’enfouissement et créant des emplois verts.
À terme, la DGFE envisage un tableau de bord numérique partageant en temps réel les volumes traités, les coûts et les gains environnementaux. L’initiative, déjà pilote à Pointe-Noire, pourrait inspirer d’autres grandes villes du Congo.
Les spécialistes de l’École nationale supérieure polytechnique de l’Université Marien-Ngouabi suivent l’opération pour établir un protocole de mesure de l’empreinte carbone. Un rapport scientifique sera remis au ministère de l’Environnement d’ici la prochaine COP africaine.
