Remaniement hospitalier à Pointe-Noire
Pointe-Noire a vécu, le 6 décembre 2025, une matinée protocolaire rythmée par trois passations de consignes simultanées, sous la houlette du ministre de la Santé, le Pr Jean Rosaire Ibara, venu installer de nouveaux directeurs.
Les hôpitaux généraux de Loandjili et d’Adolphe Sicé, ainsi que l’hôpital de référence de Tié-Tié, tournent ainsi une page pour en ouvrir une autre, dans un contexte où la performance hospitalière reste un objectif gouvernemental majeur.
Le décret présidentiel du 3 novembre avait officialisé les nominations, mais la prise de fonctions concrétise désormais la nouvelle chaîne de responsabilité administrative et médicale, appelée à renforcer l’efficacité des soins dans la capitale économique du pays.
Portraits des nouveaux directeurs
À l’hôpital général de Loandjili, le fauteuil directorial revient à Casimir Ondonda, médecin-cadre aguerri qui quitte donc Tié-Tié pour un établissement plus vaste, doté d’un plateau technique régulièrement sollicité lors des urgences routières.
Son ancien poste, à l’hôpital de référence de Tié-Tié, est repris par Jean Victor Mambou, chirurgien formé à Brazzaville et reconnu pour ses travaux sur les protocoles d’asepsie adaptés aux climats tropicaux.
Lézin Cyriaque Goubakouly, quant à lui, succède à Lambert Chakirou à la tête de l’hôpital Adolphe Sicé, structure historique de la ville dont la maternité réalise en moyenne trois mille accouchements chaque année.
« Nous arrivons animés d’un esprit de service public, pas de gloriole personnelle », déclare M. Goubakouly, persuadé que la cohésion du personnel reste l’atout principal pour rénover l’offre de soins.
Cap fixé par le ministère de la Santé
Face aux équipes réunies dans chaque salle de conférence, le Pr Jean Rosaire Ibara a rappelé les piliers de la politique sanitaire nationale : gouvernance transparente, rationalisation des recettes internes et amélioration mesurable de la satisfaction des patients.
Le ministre a insisté sur la nécessité de tenir une comptabilité analytique régulière, gage selon lui d’une utilisation optimale des subventions et des paiements directs, lesquels doivent prioritairement financer maintenance biomédicale et petits équipements.
« Les recettes générées au guichet ne doivent plus dormir sur des comptes inertes ; chaque franc réinvesti peut sauver des vies », a martelé le Pr Ibara, citant les directives du gouvernement en matière de redevabilité.
Il a également appelé les nouveaux responsables à dialoguer avec les partenaires sociaux, soulignant que la gestion des revendications salariales et logistiques passe d’abord par une information claire et des réunions périodiques, plutôt que des mouvements brusques.
Chantiers prioritaires dans chaque établissement
A Loandjili, le chantier prioritaire identifié reste la modernisation du service d’imagerie, dont l’unique scanner affiche déjà dix ans de service. Le nouveau directeur promet un appel d’offres accéléré avec l’appui du ministère.
Tié-Tié, classé hôpital de référence, veut devenir centre d’excellence. Jean Victor Mambou envisage la création d’un bloc opératoire jour et nuit pour réduire les évacuations vers Brazzaville, coûteuses pour les familles comme pour l’État.
À Adolphe Sicé, la lutte contre les infections nosocomiales figure au sommet de l’agenda. Un audit interne débutera ce mois-ci pour vérifier les circuits de linge, d’ordures biomédicales et de distribution d’eau dans l’ensemble des bâtiments.
Chaque établissement devra enfin publier, sur des tableaux visibles, des indicateurs clés : délai moyen de consultation, taux d’occupation des lits et disponibilité des médicaments essentiels, afin de renforcer la confiance du public.
Réactions du personnel et des usagers
Dans les couloirs, certains infirmiers saluent le renouvellement. « Nous attendions des dirigeants proches du terrain », explique Rosita Nkouka, aide-soignante à Loandjili, qui espère une meilleure gestion des plannings et des heures supplémentaires.
Côté patient, Ange Diaboula, venu pour un contrôle post-opératoire, juge la nouvelle encourageante : « Si cela donne moins d’attente aux guichets et des médicaments toujours disponibles, nous serons les premiers gagnants. »
Les syndicats ont adopté un ton constructif après la cérémonie. Un délégué de la Confédération de la santé a assuré qu’aucune grève n’était envisagée, préférant donner « cent jours » aux nouveaux directeurs pour mettre en œuvre leurs feuilles de route.
Perspectives pour l’offre de soins dans la ville océane
Selon les données officielles, les trois structures totalisent près de 45 % des consultations externes de la ville. Leur bonne marche influencera donc fortement les indicateurs de santé publique suivis au niveau national.
L’université Marien-Ngouabi, partenaire académique, envisage déjà d’intensifier les stages d’internat dans ces hôpitaux pour que les étudiants bénéficient d’un environnement restructuré et que les praticiens seniors disposent d’un vivier d’assistants motivés.
Pour la municipalité, ces changements complètent le programme de modernisation des voiries menant aux centres de soins, afin de réduire le temps de transfert des ambulances, notamment durant les heures de pointe.
Reste désormais à transformer les promesses en résultats chiffrés. Les prochains rapports trimestriels des directions, attendus au premier semestre 2026, diront si la capitale économique tient enfin son ambition de référence sanitaire régionale.
Le ministère prévoit aussi un audit conjoint avec la Cour des comptes pour évaluer l’impact budgétaire exact de ces réformes dès juillet.
