Contexte politique national
La présidentielle prévue en 2026 s’annonce déjà comme l’un des grands rendez-vous institutionnels du Congo-Brazzaville. Fixé par la Constitution, le scrutin doit renouveler le mandat présidentiel au suffrage universel direct, sous la supervision de la Commission nationale électorale indépendante et des observateurs agréés.
Dans ce climat, chaque formation affine sa stratégie tout en affirmant son attachement à la stabilité du pays. Les autorités rappellent régulièrement leur volonté de garantir un processus apaisé, conforme aux lois, tandis que les partis d’opposition cherchent à convaincre un électorat de plus en plus jeune.
Un congrès interne très suivi
Le 25 novembre, le Parti pour l’Action de la République a tenu un congrès extraordinaire dans un hôtel de Brazzaville. Les délégués provenant des douze départements et de la diaspora se sont réunis pour désigner leur porte-étendard à l’élection présidentielle.
Selon le rapporteur Berna Rudiane Makoumbou, quatre prétendants avaient manifesté un intérêt initial. Seul Anguios Nganguia-Engambé a finalement satisfait à toutes les conditions fixées par le règlement interne, notamment la régularité des cotisations, le parrainage territorial et la présentation d’un projet de société détaillé.
Résultat sans suspense
Le scrutin interne a mobilisé 1 814 votants. À l’issue du dépouillement, 1 769 bulletins favorables ont été recensés, 45 membres s’étant abstenus. Le comité d’organisation a ainsi proclamé “l’élection à l’unanimité” du président-fondateur, saluée par de vifs applaudissements dans la salle.
“Nous venons d’écrire une page supplémentaire de notre engagement démocratique”, a souligné la porte-parole du PAR, rappelant que la transparence des opérations avait été vérifiée par un huissier. Aucun recours n’a été enregistré, signe, selon elle, d’un consensus interne solide.
Portrait d’Anguios Nganguia-Engambé
Âgé de 61 ans, Anguios Nganguia-Engambé fait partie du paysage politique depuis le début des années 1990. Ancien cadre financier, il s’est construit une réputation d’orateur rigoureux, attaché à la notion de justice sociale et au dialogue républicain.
Il a déjà tenté sa chance en 2009, 2016 et 2021, sans dépasser la barre des 5 % des suffrages. L’intéressé assure qu’“une campagne n’est jamais la répétition de la précédente” et qu’il se sent mieux préparé, notamment sur le terrain économique.
Priorités du programme du PAR
Le document de campagne dévoilé lors du congrès repose sur trois piliers : gouvernance inclusive, diversification économique et équité territoriale. Le parti promet la création d’emplois verts, la valorisation de l’agriculture familiale et le renforcement des infrastructures numériques pour connecter l’ensemble des départements.
Le candidat souligne sa volonté de collaborer avec les institutions en place. “Nous voulons exercer une opposition constructive, respectueuse de l’ordre républicain, mais ferme sur la question de transparence”, a-t-il déclaré, saluant les efforts déjà engagés par le gouvernement pour moderniser l’administration.
Mobilisation des militants et de la diaspora
Dans les rangs militants, l’heure est désormais au recrutement de volontaires, à l’organisation de collectes de fonds et à la formation des équipes digitales. Les jeunes adhérents, très présents sur les réseaux sociaux, préparent des campagnes de sensibilisation ciblant notamment les primo-votants urbains.
La diaspora basée en France, en Belgique et au Canada a promis de multiplier les rencontres communautaires pour expliquer le programme. Le coordinateur extérieur estime que “le vote par anticipation et la procuration doivent être facilitées pour valoriser la participation des ressortissants installés hors du pays”.
Calendrier et règles de la présidentielle 2026
Le ministère de l’Intérieur devrait publier d’ici fin 2025 le calendrier électoral détaillé. Les opérations d’enrôlement biométrique, déjà lancées, se poursuivent dans les chefs-lieux de département. Les acteurs politiques encouragent les citoyens à vérifier leur inscription afin d’éviter tout litige le jour du scrutin.
Le code électoral actualisé en 2022 prévoit un second tour si aucun candidat n’atteint la majorité absolue. Les observateurs insistent sur l’importance des alliances, souvent décisives entre les deux tours. Le PAR entretient donc le dialogue avec d’autres forces opposées, sans annoncer de pacte formel.
Regards d’analystes politiques
Pour l’universitaire Gervais Mabika, spécialiste de science politique, “la désignation précoce d’un candidat permet de gagner du temps sur la structuration de la campagne”. Il estime que Nganguia-Engambé devra néanmoins élargir sa base au-delà de ses fidèles pour prétendre à un score significatif.
Le politologue observe aussi que la stabilité macroéconomique actuelle et les projets d’investissements publics imposent aux challengers de proposer des alternatives crédibles plutôt qu’un discours purement protestataire. Ce contexte, selon lui, avantage les programmes technocratiques et les candidats aptes à dialoguer avec le secteur privé.
Quelle place pour l’opposition organisée
Au-delà du PAR, plusieurs partis d’opposition envisagent leurs primaires internes. Certains, comme l’UPADS ou le RDD, pourraient attendre les premiers sondages avant de lever le voile sur leur champion. Les analystes prédisent une multiplicité de candidatures, reflet du dynamisme mais aussi de la dispersion des voix.
D’ici là, le débat portera sur la réduction du coût de la vie, l’emploi des jeunes et l’adaptation du pays aux changements climatiques. Autant de thèmes susceptibles d’influencer les choix électoraux et d’obliger les équipes de campagne à proposer des solutions pragmatiques.
