Un rendez-vous musical très attendu
Le vendredi 15 novembre, la salle de spectacle de l’Institut français du Congo devrait afficher complet. L’événement « Rumba Bolingo Live » s’annonce comme l’un des grands moments musicaux de la saison à Brazzaville, ville où la rumba est née et continue de se réinventer chaque année.
Le concert marque l’aboutissement d’une résidence artistique internationale entamée début novembre. Initiée par le guitariste, chanteur et formateur Djoson Philosophe, la démarche veut offrir à la nouvelle génération un accès privilégié aux secrets d’un genre qui incarne l’âme congolaise.
Une résidence franco-congolaise ambitieuse
Cette deuxième session de formation suit un premier stage concluant qui avait réuni, l’an dernier, dix musiciens français autour du répertoire de Tabu Ley et Franco. Les résultats ont dépassé les attentes : clips, EP et collaborations restent aujourd’hui diffusés sur les ondes locales.
Portée par l’orchestre Super Nkolo Mboka, la résidence rassemble cette fois encore une équipe mixte. Les participants, âgés de 20 à 35 ans, alternent ateliers théoriques, répétitions et veillées dans les quartiers populaires de Poto-Poto et de Bacongo, berceaux historiques de la rumba congolaise.
La rumba, un patrimoine vivant reconnu
Depuis le 14 décembre 2021, la rumba congolaise fait partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Pour Djoson Philosophe, cette reconnaissance par l’Unesco renforce la responsabilité des artistes congolais : « Nous devons transmettre ce savoir pour qu’il reste vivant et continue de voyager », affirme-t-il.
Au-delà de son élégance musicale, la rumba véhicule des valeurs d’amour, de convivialité et de mémoire collective. Les chansons classiques retracent souvent des moments clés de l’histoire nationale, créant un lien unique entre les générations et les deux rives du fleuve Congo.
Apprendre au plus près de la source
Pour les musiciens français impliqués, la résidence a valeur d’immersion. « Comprendre la rumba de l’intérieur, c’est respirer la ville, goûter sa cuisine, saisir les accents et les codes scéniques », explique Baptiste, saxophoniste venu de Toulouse.
Les séances matinales sont dédiées à l’harmonie et au travail rythmique. L’après-midi, place aux rencontres avec des icônes du genre, telles que le doyen Massengo Vicky ou la chanteuse Lissungui. Ces échanges aident les stagiaires à mesurer le poids culturel de chaque mélodie.
Un pont artistique et pédagogique
Bolingo ya Rumba, structure fondée par Pegguy Maho, insiste sur l’alliance entre formation et divertissement. Outre les répétitions, un quiz musical quotidien teste les connaissances des participants sur les arrangements de Docteur Nico ou les figures de danse du Kasaï.
Cette approche ludique séduit le public scolaire de Brazzaville convié à certaines sessions. « Les élèves repartent avec des notions d’histoire et l’envie de pratiquer un instrument », souligne Pegguy Maho, qui voit dans ce format un outil efficace d’éducation culturelle.
Impact économique local
L’organisation du concert mobilise une chaîne de prestataires congolais : ingénieurs du son, décorateurs, artisans et traiteurs. Selon le comité logistique, près de 80 emplois temporaires sont générés autour de la résidence et de la soirée finale.
Des hôtels du centre-ville affichent un taux d’occupation en hausse d’environ 15 % grâce aux visiteurs étrangers attendus. Les taximen de l’aéroport Maya-Maya anticipent également une forte demande le jour du spectacle, signe que la culture peut booster l’économie de services.
Soutiens institutionnels et partenariats
Le ministère de l’Industrie culturelle et des Arts accompagne l’événement, rappelant que la rumba est un « levier stratégique de rayonnement ». L’Institut français du Congo apporte un appui matériel, tandis que des sponsors privés, dont une société de téléphonie mobile, couvrent une partie des frais de transport.
Ces partenariats permettent d’assurer des billets à tarif accessible, fixés entre 5 000 et 10 000 F CFA, ouvrant la porte à un public jeune, cœur de cible d’une politique culturelle inclusive prônée par les organisateurs.
L’effervescence des répétitions
Chaque soir, les murs du Centre culturel Sony Labou Tansi résonnent. Les basses de Super Nkolo Mboka se mêlent aux cuivres français, créant un dialogue où les solos se répondent. « Nous ressentons déjà la fusion, le public la découvrira en live », assure la chanteuse Lolita Mbemba.
Les réseaux sociaux relayent des extraits capturés lors des répétitions à huis clos. Ces vidéos courtes cumulent plusieurs milliers de vues, démontrant l’attente grandissante des Brazzavillois et de la diaspora, connectés via Instagram et WhatsApp.
Une scénographie entre tradition et modernité
Le dispositif lumineux conçu par le jeune scénographe Hervé Ngoma alternera couleurs chaudes et projections d’archives. Des images de Joseph Kabasele et Papa Wemba rappelleront la filiation, tandis qu’un mapping vidéo mettra en valeur les gestes de danse exécutés sur scène.
« Nous voulons honorer les pionniers sans tomber dans la nostalgie », explique Hervé Ngoma. Le show intégrera également un segment acoustique, moment intime où guitares et voix nues feront écho aux veillées familiales d’autrefois.
Perspectives au-delà du concert
À l’issue de la soirée, l’équipe prévoit de produire un album live capté en multipistes. Sa sortie, annoncée pour le premier trimestre, permettra de prolonger l’expérience et d’offrir une visibilité accrue aux jeunes talents détectés durant la résidence.
Une tournée est envisagée dans les villes de Pointe-Noire, Dolisie et Oyo. Les organisateurs entendent ainsi consolider l’ancrage national de la formule avant de viser des festivals en France et en Belgique, marchés où la rumba bénéficie déjà d’un public fidèle.
Des retombées sur la formation continue
Le succès de la première session a encouragé certains stagiaires à revenir cette année comme assistants pédagogiques. « Le programme m’a donné confiance pour enseigner à mon tour », confie Marie, bassiste lyonnaise, qui anime désormais des ateliers auprès de collégiens congolais.
Ce modèle de mentorat crée un cercle vertueux : plus d’apprenants, plus d’ambassadeurs de la rumba, davantage de contenus diffusés en ligne, ce qui renforce la portée internationale recherchée par Djoson Philosophe et Pegguy Maho.
La parole aux acteurs locaux
Pour le chroniqueur radio Serge Makosso, « un tel projet rappelle que Brazzaville reste la capitale mondiale de la rumba ». Il salue la synergie entre acteurs privés et institutions qui, selon lui, offre « une vitrine positive de la culture congolaise ».
Du côté des étudiants en musicologie de l’Université Marien Ngouabi, l’enthousiasme est palpable. Plusieurs ont obtenu des invitations afin d’élargir leurs recherches sur la notation rythmique de la guitare mi-soul de Djoson Philosophe.
Protection et transmission du patrimoine
L’événement intervient dans un contexte où de nombreux rythmes traditionnels peinent à trouver un relais auprès des jeunes générations. La résidence rappelle que la sauvegarde passe par la pratique collective et par la création de répertoires inédits.
En incluant un module consacré aux droits d’auteur et à la gestion collective, les organisateurs sensibilisent les artistes en herbe à la nécessité de protéger leurs œuvres, gage de durabilité économique et de reconnaissance internationale.
Une soirée aux multiples promesses
Le programme du 15 novembre commencera à 18 heures par un court documentaire retraçant l’histoire de la résidence, suivi d’une prestation de la chorale de l’École des enfants sourds de Brazzaville, invitée d’honneur.
Le set principal s’étendra sur deux heures sans interruption, mêlant standards revisités et compositions originales. Les spectateurs pourront ensuite participer à une session « open mic » nocturne, moment convivial autour d’un buffet de spécialités locales.
L’attente d’un public fidèle
Les billets se vendent déjà rapidement dans les points habituels du centre-ville. « La rumba, c’est notre identité, chacun veut en être », déclare Jocelyne, restauratrice à Moungali, qui prévoit de fermer plus tôt pour assister au show.
Pour la diaspora connectée, un streaming en direct est en discussion avec une plateforme numérique congolaise. Cette option permettrait aux fans de Londres, Montréal ou Abidjan de vibrer à l’unisson avec la capitale.
Vers un avenir harmonieux
À quelques jours du lever de rideau, l’énergie collective témoigne d’une volonté partagée : faire vivre la rumba au-delà des frontières tout en renforçant son ancrage local. « La musique unit là où les mots parfois divisent », rappelle sobrement Djoson Philosophe.
Le 15 novembre, Brazzaville promet donc plus qu’un concert ; c’est un acte de transmission, de célébration et d’ouverture qui s’écrira sur les accords chaloupés d’une rumba éternellement actuelle.
