Disparition d’un cadre politique engagé
La disparition de Jean Enoch Ngoma Kengué, annoncée d’abord par des messages partagés dimanche matin sur les réseaux sociaux, a été confirmée quelques heures plus tard par le secrétariat permanent du Parti congolais du travail, plongé depuis dans une profonde émotion.
Le cadre de 63 ans occupait le poste sensible de membre du comité central, mais aussi celui de la Commission nationale de contrôle et d’évaluation, fonctions clés pour la discipline interne du parti fondé par le président Denis Sassou Nguesso.
Les circonstances de l’accident sur la RN1
Selon les premiers témoignages recueillis auprès de la gendarmerie routière, son 4×4 roulait en direction de Madingou lorsqu’un pneu avant aurait éclaté, provoquant une embardée sur la nationale 1, à une trentaine de kilomètres du pont du Niari.
Le véhicule aurait alors quitté la chaussée avant de heurter violemment un talus. Les secours, dépêchés depuis Kinkala, sont arrivés moins de vingt minutes après l’appel, mais le responsable politique avait déjà succombé à ses blessures crâniennes, ont indiqué les soignants.
Un parcours au service des institutions
Natif du quartier Makélékélé, Jean Enoch Ngoma Kengué s’était investi très tôt dans la vie publique, devenant successivement conseiller municipal puis départemental avant d’être désigné préfet du Pool en 2003, une période marquée par la reconstruction post-crise.
Il avait ensuite rejoint l’équipe municipale de Brazzaville comme adjoint au maire, pilotant des dossiers relatifs à l’assainissement, aux voiries et à la coopération décentralisée, domaines qui lui valurent une solide réputation d’homme de terrain.
À plusieurs reprises candidat malheureux aux législatives dans la capitale, il n’en demeurait pas moins une figure loyaliste appréciée pour son sens du consensus et sa capacité à mobiliser la base militante lors des grandes consultations nationales.
En interne, il supervisait également des formations sur l’éthique et le contrôle, rappelant régulièrement que « la rigueur est la première forme de patriotisme », une maxime que ses collaborateurs disent avoir entendue à chaque session de travail.
Ambassadeur du jeu de dames congolais
Passionné de sport cérébral, il avait pris la tête de la Fédération congolaise de jeu de dames en 2021 avec l’ambition de professionnaliser cette discipline qui gagne les écoles et les maisons de jeunes de Brazzaville à Pointe-Noire.
Son optimisme avait encore été salué en avril dernier lorsqu’il avait présenté au président du Sénat les deux médaillés continentaux d’Ouagadougou, répétant qu’il fallait désormais « compter sur le jeu de dames » dans la palette sportive nationale.
Réactions et hommages à travers le pays
À l’annonce du drame, le secrétaire général du PCT, Anatole Collinet Makosso, a exprimé « la peine d’un parti entier » et salué « un camarade dévoué à la cause de l’unité et du développement », appelant les militants à poursuivre ses chantiers.
De nombreux messages d’élus, de responsables associatifs et de sportifs sont également apparus sur les plateformes numériques, signe que la stature de Jean Enoch Ngoma Kengué dépassait le seul périmètre politique.
Le champion d’Afrique 2024, Déo Gabriel Badiang, a confié qu’il perdait « un mentor exigeant mais toujours encourageant », tandis que certains internautes suggèrent de baptiser le prochain tournoi national en son honneur pour pérenniser son action.
Dans la Bouenza, où il se rendait, les autorités locales ont décrété une journée de recueillement et suspendu toutes les activités festives prévues ce lundi, en signe de solidarité avec la famille et le parti.
Prochaines étapes de l’enquête routière
Une enquête judiciaire a été ouverte sous l’autorité du procureur de Kinkala afin de déterminer si l’éclatement du pneu résulte d’un défaut d’entretien, d’une éventuelle surcharge ou d’un obstacle sur la chaussée, trois hypothèses avancées par les techniciens automobiles.
La compagnie nationale d’assurance a de son côté dépêché des experts pour estimer les dégâts matériels et réactiver la campagne de sensibilisation lancée il y a un an sur l’importance du contrôle régulier des pneumatiques avant les longs trajets.
Le corps de l’ancien préfet sera rapatrié à Brazzaville pour des obsèques officielles dont la date sera annoncée par la famille, en coordination avec le PCT. En attendant, un registre de condoléances est ouvert au siège national du parti.
Sécurité routière, un enjeu national
Le drame intervient alors que la route nationale 1 concentre chaque année un nombre élevé de collisions, en particulier durant la saison des pluies où l’état de la chaussée se détériore et complique la manœuvre des poids lourds et des véhicules légers.
Le ministère des Transports rappelle que plus de 60 % des accidents mortels sont liés à des défaillances mécaniques évitables, principalement les pneus lisses et les systèmes de freinage défectueux, statistiques publiées dans le dernier rapport national sur la circulation.
En réaction, plusieurs ONG spécialisées proposent de renforcer les postes de contrôle mobile et d’introduire des radars pédagogiques pour alerter les automobilistes sur leur vitesse, des pistes déjà testées avec succès sur la voie de l’aéroport international Maya-Maya.
Un atelier multipartite est prévu fin décembre à Brazzaville pour harmoniser les actions entre pouvoirs publics, assureurs et sociétés de transport, avec l’objectif affiché de réduire de 20 % les accidents graves sur les axes interurbains d’ici fin 2027.
