Une figure de l’engagement paroissial congolais
Connue affectueusement sous le nom de Maman Françoise, Françoise Goma née Samba a marqué la vie ecclésiale congolaise durant plus de cinq décennies. Derrière son sourire franc se cachait une force d’organisation saluée aussi bien par les prêtres que par les laïcs engagés.
Dans les années 70, elle cofonde la Fraternité Saint-Michel à la paroisse Saint-Esprit de Moungali. Le geste peut sembler modeste, pourtant il dynamise la participation des femmes et inspire des générations entières à prendre part aux activités liturgiques et sociales.
La commémoration du 12 janvier 2026
Pour marquer le premier anniversaire de sa disparition, ses enfants ont sollicité des messes d’actions de grâces. Dès l’aube, les cloches de Saint-Michel de La Base à Ndunzia-Mpungu ont réuni fidèles, voisins et anciens compagnons de prière autour d’une liturgie empreinte de recueillement.
À Brazzaville comme à Pointe-Noire, la foule a prié pour le repos de son âme, rappelant que « la mort ne sera plus », selon l’Apocalypse. Le choix de plusieurs paroisses témoigne de l’empreinte transversale qu’elle a laissée sur les deux principales villes du pays.
Le rôle social de la Fraternité Saint-Michel
Au-delà des célébrations, la Fraternité Saint-Michel souligne l’héritage caritatif de sa cofondatrice. Les groupes de partage continuent de distribuer vivres et fournitures scolaires dans les quartiers populaires, perpétuant son souci d’un apostolat tourné vers les plus vulnérables.
« Maman Françoise disait toujours : la prière doit avoir des bras », se souvient sœur Régine Ntsiba, animatrice actuelle du mouvement. Sous son impulsion, un fonds de solidarité pour les veuves de Moungali a vu le jour et reste actif grâce à des dons anonymes.
Un parcours de foi entre Brazzaville et Pointe-Noire
Dans les années 80, la famille Goma s’installe à Pointe-Noire. Là, elle devient bergère du Renouveau charismatique à Saint-Jean Bosco de Tié-Tié. Son charisme rassemble étudiants, dockers et cadres pétroliers dans un même chœur de louanges.
Cette capacité à fédérer au-delà des clivages sociaux a forgé sa réputation de bâtisseuse de ponts. L’abbé Éric Paul Goma, l’un de ses fils, affirme que « sa maison n’avait pas de clôture spirituelle ; tout le monde y trouvait refuge ».
Rentrée à Brazzaville pour ses vieux jours, elle rejoint la chorale de Ndunzia-Mpungu à Mfilou. Même affaiblie, elle tient à chaque répétition, convaincue que le chant sacré prolonge la prière quand les mots manquent.
Résonances spirituelles dans les familles
Le premier anniversaire d’un décès est, dans la culture bantu, une étape essentielle pour bénir la mémoire du défunt et consolider l’unité familiale. Aux aurores, les enfants Goma ont allumé les bougies du souvenir et partagé un repas simple de manioc et poisson salé.
La diaspora, dispersée entre Kinkala, Paris et Montréal, s’est jointe virtuellement aux messes grâce aux retransmissions en direct. Les écrans d’ordinateurs se sont transformés en petites chapelles domestiques, rappelant que la foi n’est plus limitée par la distance.
Pour plusieurs croyants, cet hommage ravive la conviction que les anciens forment un lien permanent avec le divin. « Nous ne célébrons pas la mort, nous célébrons la vie accomplie », témoigne Mireille Goma, émue, à la sortie de l’église.
Le devoir de mémoire dans la société congolaise
Au-delà du cercle familial, cet anniversaire interroge la place du souvenir dans la cité. Les paroissiens soulignent qu’honorer ses aînés constitue un socle de cohésion nationale qui complète les politiques publiques de solidarité.
Des sociologues rappellent que les rites commémoratifs offrent un cadre où valeurs civiques et religieuses convergent. Le message est clair : la responsabilité de prendre soin les uns des autres dépasse les institutions et s’enracine dans la culture.
Dans un contexte urbain en constante mutation, la vie exemplaire de Maman Françoise sert de repère. Elle rappelle qu’un engagement local peut irriguer l’ensemble du tissu social sans nécessiter de hautes charges officielles.
Plusieurs jeunes présents à la messe évoquent déjà la création d’un prix annuel Françoise-Goma pour récompenser la meilleure initiative communautaire. Le projet, encore embryonnaire, témoigne d’un désir de transformation positive durable.
Pour l’Archidiocèse de Brazzaville, cette commémoration s’inscrit dans une série d’activités pastorales visant à renforcer le maillage paroissial. Le vicaire général, lors d’une brève allocution, a salué « une foi humble, agissante, contagieuse ».
Enfin, la mémoire de Maman Françoise rappelle que le Congo compte sur la complémentarité de ses générations. Les jeunes y lisent un appel à prendre le relais, tandis que les anciens y trouvent la confirmation d’avoir transmis l’essentiel.
Entre prières, chants et témoignages, la journée s’achève dans la sérénité. Le soleil couchant sur Ndunzia-Mpungu éclaire les visages, comme une métaphore discrète de la lumière qu’elle a laissée.
Et lorsque les cloches se taisent, il demeure un engagement : continuer d’essuyer les larmes, de soutenir les veuves, d’encadrer les enfants. Le service, pour lequel elle vivait, devient l’axe d’une fraternité renouvelée.
