Une alerte mondiale relancée à New York
La directrice générale de l’Unicef, Catherine Russell, a profité du siège des Nations unies à New York pour rappeler l’ampleur grandissante des crises touchant les enfants, face à des ressources humanitaires qui, selon elle, ne suivent plus le rythme.
Dans un communiqué diffusé après sa prise de parole le 10 décembre, elle constate que, sur la plupart des terrains d’opération, les équipes doivent désormais partager des stocks limités, réduire la fréquence des services ou écourter des programmes considérés naguère essentiels à la survie des plus jeunes.
Un fossé budgétaire qui s’élargit
L’Unicef chiffre à 745 millions de dollars le déficit actuel pour l’éducation seule, privant potentiellement des millions d’enfants d’apprentissage, de protection et de stabilité, dimensions jugées indispensables au redressement des communautés après un choc humanitaire.
Même dynamique inquiétante pour la protection de l’enfance : les cas de violations augmentent, alors que les ressources dédiées aux survivants de violences sexuelles, aux enfants associés aux groupes armés ou ayant besoin d’un soutien psychosocial diminuent en parallèle.
« Nous observons un déséquilibre croissant entre la souffrance et la réponse possible », insiste Catherine Russell, appelant les partenaires à mesurer l’urgence avant que les générations concernées ne basculent définitivement dans la précarité.
Des projections qui interpellent l’Afrique centrale
Selon les modèles internes de l’agence, plus de 200 millions d’enfants nécessiteront une aide humanitaire en 2026, beaucoup étant confrontés à des crises prolongées où la malnutrition, le manque d’école et l’exposition aux épidémies se renforcent mutuellement.
Les pays d’Afrique centrale, dont la République du Congo, ne sont pas épargnés : inondations répétées, érosion des berges et poussées épidémiques compliquent la vie des familles, malgré les efforts conjoints des autorités et de leurs partenaires techniques.
Comment l’Unicef s’adapte sur le terrain
Pour maintenir sa capacité de réponse, l’agence onusienne dit privilégier des solutions flexibles : achats groupés, partenariats avec les entreprises locales, recours accru aux transferts monétaires numériques et priorisation des activités jugées vitales.
À Brazzaville et Pointe-Noire, les équipes misent sur les réseaux communautaires, formant enseignants et relais sociaux à dépister la malnutrition et les traumatismes, afin d’orienter rapidement les enfants vers les services disponibles.
Les appels renouvelés aux bailleurs
L’Unicef encourage gouvernements, bailleurs et secteur privé à adopter des financements souples et pluriannuels, convaincue qu’une visibilité à moyen terme renforce la planification et l’efficacité.
Catherine Russell recommande également de renforcer le soutien aux acteurs locaux et aux systèmes nationaux, estimant que les partenaires de proximité peuvent déployer l’aide plus vite, à condition que les obstacles administratifs et sécuritaires soient levés.
Le cadre particulier du Congo-Brazzaville
À Brazzaville, le ministère des Affaires sociales se dit conscient des tensions financières affectant les ONG et agences et assure travailler à consolider les mécanismes nationaux de protection de l’enfance afin d’optimiser chaque franc mobilisé.
Un officiel rappelle que le plan national de développement 2022-2026 maintient la santé, l’éducation et la nutrition parmi les priorités, ouvrant, selon lui, un terrain favorable à la coordination avec l’Unicef pour maximiser l’impact des fonds.
Des partenariats public-privé commencent déjà à se structurer autour de la production locale d’aliments thérapeutiques, initiative susceptible de réduire les importations et d’étirer un budget humanitaire sous pression.
Témoignages du terrain
Stéphanie, agente de santé à Makélékélé, constate une hausse des consultations pour stress post-traumatique chez les adolescents déplacés par les crues du fleuve : « Une session de soutien coûte peu, mais chaque coupure budgétaire signifie des groupes d’écoute en moins », déplore-t-elle.
À Dolisie, un directeur d’école primaire évoque des classes doubles faute de manuels : « L’aide couvre désormais la moitié des besoins de fournitures ; l’autre moitié repose sur la générosité des parents, déjà sollicités pour la cantine ».
Préserver l’avenir des générations africaines
En concluant son adresse, Catherine Russell avertit qu’ignorer les besoins des enfants aujourd’hui rendra plus coûteuse toute reconstruction demain ; à l’inverse, chaque franc investi dans la nutrition, la santé ou l’apprentissage favorise une économie plus résiliente.
Au-delà de l’alerte, son message résonne comme un rappel d’opportunité : en réunissant financements pérennes, innovation locale et volonté politique, la communauté internationale peut inverser la tendance et donner à la jeunesse congolaise et mondiale les moyens de son plein potentiel.