Une mobilisation sanitaire accrue à Brazzaville
Le VIH demeure un enjeu majeur de santé publique au Congo-Brazzaville, notamment à Brazzaville où près d’une consultation prénatale sur cinq aboutit à un test positif selon les estimations hospitalières. L’ACSPC multiplie les initiatives pour protéger les familles.
Le 31 décembre, la coordonnatrice technique, Marianne Bayonne, a présenté aux chefs de district sanitaire de Makélékélé, Ouenzé et Talangaï un bilan du programme soutenu par l’UNICEF, déployé depuis un an dans la capitale et les villes voisines de Kinkala et Mindouli.
Dépistage systématique en prénatal
Au cœur de l’approche, le dépistage systématique de toute femme enceinte dès la première consultation prénatale. « Lorsqu’elle est séropositive, nous la suivons jusqu’à l’accouchement afin qu’elle donne naissance à un enfant séronégatif », a rappelé la responsable durant la restitution.
Cette stratégie s’appuie sur un réseau de sages-femmes formées. Elles proposent le test rapide, délivrent les premiers conseils et orientent vers les unités de référence pour la mise sous traitement antirétroviral dans les vingt-quatre heures.
Selon les premières données, plus de 95 % des femmes suivies à Makélékélé ont accepté le test, un chiffre salué par les autorités sanitaires qui y voient la preuve d’une confiance renforcée entre patientes et soignants.
Protection des nouveau-nés contre le VIH
Le programme insiste aussi sur le dépistage précoce des nouveau-nés, en particulier ceux nés de mères séropositives. Dès la salle d’accouchement, un prélèvement sanguin est réalisé puis acheminé vers le laboratoire national pour analyse PCR afin d’écarter la moindre charge virale.
« Le dépister à temps évite l’évolution vers le stade sida », rappelle Marianne Bayonne, qui se félicite des vingt-six enfants testés négatifs depuis juillet. Les résultats sont communiqués aux familles sous quarante-huit heures, un gain de réactivité longtemps attendu par les pédiatres.
Lorsque la positivité est confirmée, un protocole de traitement pédiatrique est déclenché sans délai. Les parents reçoivent un accompagnement psychologique tandis que des visites à domicile permettent de vérifier l’observance et de prévenir toute rupture de médicament.
Le dépistage sort de l’hôpital
Consciente que beaucoup n’entrent jamais dans un centre de santé, l’ACSPC a lancé des campagnes mobiles dans Bacongo, Poto-Poto et Ngamakosso. Des tentes près des marchés ont permis de tester plus de 4 000 personnes en six mois.
Au-delà du test, chaque passage inclut une séance de sensibilisation sur la prévention, le port correct du préservatif et la santé reproductive. De petits livrets illustrés, rédigés en français et en lingala, prolongent le message une fois la rencontre terminée.
Les habitants saluent la proximité de ces équipes. « Se faire dépister près de chez soi sans rendez-vous rassure », confie Mireille, 28 ans, marchande de fruits à Ouenzé. Les autorités locales veulent pérenniser ces tournées mobiles sur fonds municipaux.
Autotest VIH pour impliquer les partenaires
Afin de toucher les conjoints qui n’accompagnent pas toujours leur épouse à la maternité, le programme a introduit l’autotest VIH. La femme reçoit une démonstration puis repart avec un kit qu’elle remet à son partenaire dans la discrétion du foyer.
« Quel que soit le résultat, nous invitons la personne à confirmer au centre de santé », précise la coordonnatrice. Déjà 800 autotests distribués et 60 % des utilisateurs sont revenus pour un contrôle, un taux jugé encourageant.
Les partenaires se voient proposer un counselling personnalisé qui aborde à la fois la prévention et les questions de paternité responsable. Les couples déclarent apprécier cette approche non stigmatisante, adaptée aux contraintes de la vie professionnelle.
Des défis logistiques surmontés
Malgré la réussite globale, la pénurie ponctuelle d’intrants médicaux a ralenti certaines actions. L’insuffisance d’alcool isopropylique et de tubes de prélèvement a été signalée dans trois maternités, obligeant les équipes à mutualiser les stocks et à solliciter des dépannages express.
Un suivi digital des consommables, testé à Talangaï, devrait limiter les ruptures. Les données saisies sur tablette sont transmises en temps réel à la pharmacie centrale, qui ajuste la livraison avant que le manque ne se fasse sentir.
Vers un élargissement du programme
Forte de ces résultats, l’ACSPC prévoit d’étendre le dépistage systématique aux départements du Niari et de la Bouenza dès le second semestre. Les discussions avec les autorités départementales sont avancées et incluent un volet formation pour les soignants des zones rurales.
Le partenariat avec l’UNICEF devrait être reconduit deux ans pour sécuriser tests rapides, antirétroviraux pédiatriques et supports d’information. L’association cherche aussi des financements privés auprès d’entreprises locales.
« La lutte contre le VIH est l’affaire de tous, pas seulement du secteur sanitaire », insiste Marianne Bayonne, convaincue que la convergence entre pouvoirs publics, ONG et acteurs économiques permettra d’atteindre l’objectif zéro transmission mère-enfant au Congo-Brazzaville.
En amplifiant le dépistage et l’accompagnement, l’ACSPC espère maintenir la dynamique observée en 2023. Les prochains mois diront si cette stratégie intégrée, saluée par les districts sanitaires, peut devenir un modèle national de prévention et de prise en charge du VIH.
