Un atelier interactif pour briser le silence
Dans les salles colorées du Complexe scolaire Révolution-Gampo Olilou, à Brazzaville, près de trois cents collégiens ont mis de côté manuels et cahiers pour discuter ouvertement des violences basées sur le genre, un sujet souvent tû dans les couloirs des établissements.
À l’initiative de l’association Iminou, dirigée par la dynamique Bel-ange Massouemé, l’atelier du 2 décembre visait à outiller les adolescents pour reconnaître, prévenir et signaler les actes qui mettent en péril leur sécurité psychologique ou physique.
Comprendre les formes de violences scolaires
Le facilitateur Chadhy Nzila Kety a d’abord posé les bases : violences verbales, physiques, sexuelles ou numériques relèvent toutes d’un même continuum nourri par l’abus de pouvoir et l’inégalité de genre. Pour chaque type, il a décrit des exemples concrets tirés du quotidien des élèves.
Selon lui, la pauvreté, la déchéance morale de certains encadreurs, l’usage d’alcool et l’insuffisance de dispositifs de sécurité constituent un terreau favorable aux agressions. « Comprendre ces racines aide à ne plus banaliser les incidents », a-t-il martelé, déclenchant de nombreux hochements de tête.
Focus sur la santé reproductive des adolescentes
L’atelier ne s’est pas limité à la dénonciation. Une séance pédagogique sur la puberté, la santé menstruelle et la gestion du stress a répondu à des questions souvent murmurées entre camarades.
« Nous devons briser les tabous pour que chaque jeune fille garde confiance même durant ses règles », a insisté Bel-ange Massouemé. Des démonstrations pratiques sur l’usage des protections réutilisables ont retenu l’attention, témoignant d’un besoin criant d’informations adaptées.
Des chiffres qui bousculent les consciences
Pour ancrer le débat dans la réalité congolaise, la présidente d’Iminou a évoqué l’enquête menée par l’Unicef en 2009 : 73 % des élèves déclaraient avoir subi des violences verbales ou psychologiques et près d’un tiers des agressions sexuelles.
Ces pourcentages, a-t-elle rappelé, reflètent autant d’histoires d’enfants traumatisés que de familles désarmées. Les élèves présents ont réagi avec stupeur, certains confiant à voix basse connaître des victimes parmi leurs proches.
Dans le sillage des 16 jours d’activisme
La rencontre intervient au tout début de la campagne internationale des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles, officiellement lancée à Brazzaville par le secrétaire exécutif du Conseil consultatif de la jeunesse, Michrist Kaba Mboko.
Pour le responsable, ces seize jours ne suffisent pas. « L’école doit rester un espace d’instruction sain, pas un terrain de règlement de comptes », a-t-il déclaré, assurant que son institution travaille avec les autorités compétentes pour renforcer la discipline et la surveillance.
Écoute et accompagnement au cœur de la stratégie
Au-delà de la sensibilisation, l’association a présenté les canaux de signalement disponibles : numéros verts, permanence psychologique et clubs d’élèves ambassadeurs. Chadhy Nzila Kety a encouragé les participants à utiliser ces ressources « avant que la violence ne devienne la norme ».
Des scénettes jouées par les élèves ont illustré le parcours d’une victime, depuis l’acte subi jusque l’accompagnement médical. L’émotion suscitée a consolidé l’idée qu’aucun élève ne doit rester isolé, quelle que soit la forme d’abus.
Un rôle clé pour les enseignants et les parents
Invités à l’atelier, plusieurs professeurs ont reconnu la nécessité de formations régulières sur la gestion des conflits et l’égalité de genre afin d’éviter des attitudes pouvant être perçues comme vexatoires.
Un parent d’élève, M. Kouka, a salué l’initiative : « Nous apprenons à écouter nos enfants. S’ils se taisent, c’est souvent parce qu’ils anticipent notre incompréhension. » Les organisateurs envisagent désormais des séances dédiées aux familles.
Perspectives pour un environnement scolaire sécurisant
Iminou projette d’étendre le programme à d’autres écoles de Brazzaville puis aux départements. L’objectif est d’installer un réseau d’élèves référents capables de relayer l’information, mais aussi de bâtir des partenariats avec les services sociaux et la police.
Le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et de l’Alphabétisation suit de près ces initiatives. Des discussions portent sur l’intégration d’un module obligatoire sur la prévention des violences dans le nouveau curriculum, annoncé pour la prochaine rentrée.
Une jeunesse actrice de son propre bien-être
Avant de regagner les salles de classe, les collégiens ont rédigé des engagements personnels, promettant de signaler toute situation suspecte, de respecter leurs camarades et de diffuser les connaissances acquises.
À la sortie, Clémence, 14 ans, confiait avoir compris « qu’un geste déplacé n’est pas une plaisanterie mais une violence ». Son camarade Junior ajoutait : « Nous ne serons plus spectateurs ». Des paroles qui montrent l’impact immédiat d’une écoute inclusive.
