Une décision américaine aux répercussions immédiates
Le 4 juin, le président américain Donald Trump a réintroduit un travel ban visant douze pays. Dès la publication au registre fédéral, les consulats ont cessé de délivrer des visas non-immigrants aux ressortissants congolais, bloquant étudiants, cadres et familles à la veille de la saison touristique.
Sur le continent, sept États figurent dans la même liste restrictive : Tchad, Guinée équatoriale, Érythrée, Libye, Somalie, Soudan et Congo-Brazzaville. Les autres régions concernées s’étendent au Moyen-Orient et à l’Asie, illustrant la portée globale de la mesure américaine.
À Brazzaville, l’annonce a d’abord circulé sur les réseaux sociaux avant d’être confirmée par une note officielle. Le gouvernement, pris de court, a réuni en urgence les directions de la diplomatie et de l’intérieur pour comprendre les motivations de Washington et préparer une réponse coordonnée.
Surveillance des séjours prolongés pointée du doigt
Le Département d’État justifie sa décision par un taux jugé « élevé » de visas overstay concernant les Congolais aux États-Unis. Concrètement, il reproche à certains voyageurs de prolonger leur séjour au-delà de la durée autorisée, ce qui enfreint les règles migratoires américaines.
Washington évoque également des failles dans la collecte préalable de données biométriques et la vérification des documents de voyage à Maya-Maya. Selon une source diplomatique congolaise, un audit conjoint opéré en septembre avait déjà souligné la nécessité d’améliorer l’interconnexion des bases entre ministères.
Les autorités congolaises rappellent toutefois que le taux d’overstay attribué au Congo représente moins de 1 % des visiteurs africains aux États-Unis. « Nos statistiques divergent, nous allons les confronter de manière technique », confie un responsable du ministère de l’Intérieur, prudent sur les chiffres.
Brazzaville plaide la transparence diplomatique
Vendredi 19 décembre, en marge de la présentation du livre-bilan du président Denis Sassou Nguesso, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a consacré une longue séquence aux questions migratoires. Face aux journalistes, il a surtout voulu rassurer les étudiants et entrepreneurs inquiets.
« À aucun moment, on ne nous avait signalé une menace de ce type », a-t-il déclaré, estimant que l’absence d’avertissement préalable explique la surprise initiale. Pour autant, il souligne que « le dialogue est privilégié » et qu’aucune rupture de coopération n’est envisagée.
Le chef du gouvernement insiste sur la « solidité historique » des liens avec les États-Unis, rappelant les partenariats dans la formation militaire, la santé et la conservation des forêts. « Nos relations sont parfaites », répète-t-il, tout en martelant que la situation restera temporaire.
Selon des observateurs basés à Washington, la Maison Blanche apprécie la réactivité congolaise. « Brazzaville a immédiatement proposé un plan correctif », indique un analyste américain, ajoutant que la posture constructive contraste avec celle de certains pays également concernés, où la communication demeure plus heurtée.
Impact concret pour voyageurs et économie congolaise
La suspension des visas touche d’abord les étudiants inscrits dans les universités nord-américaines pour la rentrée de janvier. Plusieurs d’entre eux, déjà rentrés pour les fêtes, redoutent de ne pas obtenir à temps leur nouveau sésame et de rater le début du semestre.
Le monde des affaires ressent également la mesure : cadres pétroliers, logisticiens et prestataires du numérique voient leurs déplacements différés, ce qui pourrait retarder certaines négociations de contrats. Un courtier pointe « un manque à gagner immédiat » pour les compagnies nationales de transport aérien.
À Brazzaville et Pointe-Noire, les agences de voyages enregistrent déjà une hausse des demandes de remboursement. Faute de destination américaine, de nombreux clients se reportent sur Dubaï ou Istanbul. Le secteur anticipe néanmoins une reprise dès la levée du blocage annoncé comme provisoire.
Plusieurs transporteurs africains proposent des itinéraires alternatifs passant par Addis-Abeba ou Casablanca, mais ceux-ci exigent des visas de transit supplémentaires, générant des coûts additionnels. Le gouvernement congolais dit travailler avec les compagnies pour faciliter ces formalités pendant la période d’application du travel ban.
Vers une sortie de crise jugée proche
Sur le plan technique, Brazzaville a lancé un programme de modernisation du contrôle frontalier : installation de scanners dernière génération, prise des empreintes à l’embarquement et raccordement en temps réel au système Interpol. Un décret fixe l’entrée en service de ces outils pour février.
Parallèlement, une délégation conduite par l’ambassadeur Serge Mombouli séjourne actuellement à Washington pour affiner le calendrier de levée. D’après une source proche du dossier, le Département d’État envisagerait une révision partielle dès que les nouveaux protocoles de suivi des voyageurs seront certifiés.
Les détenteurs d’un visa toujours valide ne sont pas frappés d’annulation. Ils resteront cependant exposés à des contrôles renforcés à l’arrivée, avec entretien supplémentaire et vérification des justificatifs de séjour envisagés par les douanes américaines.
Les avocats spécialisés conseillent donc de conserver soigneusement confirmations d’inscription, lettres d’invitation ou contrats de travail. Ces documents faciliteront l’entretien et renforceront la crédibilité du voyageur tant que la suspension n’est pas officiellement levée.
En attendant, le Premier ministre appelle les citoyens à la patience et à la vigilance. « Tout dossier doit être complet avant dépôt », insiste-t-il. Le gouvernement reste convaincu qu’un compromis sera trouvé rapidement, permettant aux flux humains, académiques et économiques de retrouver leur cadence normale.
