Financement majeur pour la résilience urbaine
La Banque mondiale vient de débloquer 60 millions de dollars pour soutenir le Projet de renforcement de la résilience urbaine, un vaste programme destiné à atténuer les impacts de l’érosion et des inondations qui menacent régulièrement Brazzaville et Pointe-Noire, les deux principaux pôles démographiques du Congo.
L’enveloppe, approuvée cette semaine par le conseil d’administration de l’institution, sera consacrée à des travaux d’infrastructures, à la protection des bassins versants et à la modernisation de services publics essentiels afin d’améliorer la sécurité et la qualité de vie de centaines de milliers de citadins.
Brazzaville et Pointe-Noire au cœur du projet
Selon les documents officiels, 350 000 habitants de Brazzaville et 225 000 de Pointe-Noire bénéficieront directement des interventions, qu’il s’agisse de digues, de drains pluviaux, de voies d’accès stabilisées ou d’espaces verts capables d’absorber les eaux de ruissellement en période de fortes précipitations.
Les quartiers les plus exposés, notamment Makélékélé, Bacongo et Tié-Tié, verront leurs voiries renforcées et leurs ravines sécurisées afin d’éviter l’effondrement de maisons, un phénomène qui s’est amplifié ces dernières années sous l’effet de pluies plus intenses et de l’urbanisation rapide.
« La République du Congo se distingue comme l’un des pays les plus urbanisés d’Afrique, avec 70 % de la population vivant en zone urbaine », rappelle Cheick F. Kante, directeur de la Banque mondiale pour le Congo, soulignant l’urgence d’investir dans la planification résiliente.
Des retombées sociales et économiques mesurables
Au-delà de la protection des personnes et des biens, le PRRU générera environ 450 000 journées de travail temporaire, offrant des opportunités d’emploi aux jeunes et aux femmes des localités ciblées, un levier important dans un contexte de forte demande de main-d’œuvre qualifiée.
Les marchés de matériaux, les PME de génie civil et les bureaux d’études nationaux devraient également profiter de ce flux d’investissements, contribuant à dynamiser l’économie locale tout en transférant des compétences en matière d’ingénierie hydraulique et de gestion environnementale.
À moyen terme, la diminution des sinistres liés aux inondations devrait réduire les coûts d’assurance, stabiliser la valeur du foncier urbain et encourager les familles à améliorer leurs habitations, créant ainsi un cercle vertueux indispensable à la revitalisation de certains quartiers populaires.
Renforcement des capacités institutionnelles
La deuxième composante du PRRU porte sur la gouvernance urbaine : élaboration de plans directeurs, mise à jour des cartes d’aléa, formation des cadres municipaux et mise en place de systèmes de suivi en temps réel des risques afin de guider les décisions d’aménagement.
Le programme entend soutenir les ministères sectoriels, la mairie de Brazzaville et celle de Pointe-Noire dans l’adoption de normes de construction adaptées au climat, renforçant ainsi la cohérence entre politiques nationales et initiatives locales, un point jugé crucial par plusieurs urbanistes congolais.
Pour Yvonne Mavoungou, ingénieure environnementale impliquée dans le projet, « la réussite dépendra de la capacité des acteurs à travailler ensemble, du quartier jusqu’au sommet de l’État, afin que chaque franc investi se traduise par un changement concret sur le terrain ».
Un alignement sur le Plan national de développement
Le PRRU s’inscrit dans l’axe 3 du Plan national de développement 2022-2026, qui met l’accent sur les infrastructures et la compétitivité des villes. Il complète d’autres initiatives gouvernementales comme la modernisation du réseau routier et l’expansion des services d’électricité.
En priorisant la résilience climatique, les autorités entendent protéger les gains du développement, conformément aux engagements pris lors des récentes conférences internationales sur le climat, où le Congo a réaffirmé son ambition de bâtir des villes vertes et inclusives.
Les financements de la Banque mondiale arrivent après ceux de la Banque africaine de développement pour le projet Route Nationale 1, illustrant la confiance des partenaires techniques et financiers dans les réformes économiques et la stabilité institutionnelle du pays.
Perspectives des experts et des habitants
À Makélékélé, Marie, commerçante, espère que les nouvelles canalisations limiteront les débordements de boue qui paralysent son activité à chaque orage. « Nous voulons simplement travailler sans craindre que nos étals soient emportés », dit-elle, confiante dans les promesses du chantier.
Pour le climatologue André Osséré, la multiplication des épisodes pluvieux extrêmes impose de considérer la nature comme alliée. « Le projet devra intégrer des solutions fondées sur la végétation, sinon les ouvrages en béton ne suffiront pas », prévient-il, appelant à une approche durable.
