La pénurie de carburant qui touche Pointe-Noire ne se lit pas seulement dans les files d’attente devant les stations. Elle se paie aussi au comptant dans les véhicules de transport en commun, où certains trajets atteignent désormais 500 FCFA.
Se déplacer dans la ville océane, un parcours du combattant
Dans la ville océane, se déplacer est devenu une épreuve de patience autant que de portefeuille. L’offre de transport s’est réduite et les usagers doivent composer avec des véhicules moins nombreux qu’à l’ordinaire, rapporte Les Échos du Congo-Brazzaville.
Le contraste est net : le carburant se raréfie dans les stations, mais les tarifs pratiqués sur les trajets urbains suivent la direction inverse et progressent.
Dans plusieurs quartiers, trouver une place relève du parcours du combattant. Les files d’attente s’allongent, les véhicules se font plus rares et les passagers patientent parfois longtemps avant de décrocher une place vers leur destination.
Ngoyo-marché central : la course grimpe jusqu’à 500 FCFA
Sur certains axes, la facture a changé d’échelle. Entre Ngoyo et le marché central, il faut désormais débourser jusqu’à 500 FCFA, un montant qui varie selon les conditions du moment et selon les véhicules disponibles.
Prise isolément, la somme peut paraître modeste. Répétée plusieurs fois par jour, elle pèse lourd : travailleurs, commerçants et usagers qui enchaînent les déplacements voient leur budget quotidien se contracter sans que leurs revenus bougent.
Commerçants et salariés en première ligne
Le sujet dépasse la seule question du déplacement. Lorsque le transport coûte plus cher, l’effet se propage rapidement aux activités économiques de la ville, et le panier de la ménagère finit par en porter la trace.
Le commerçant qui dépense davantage pour rejoindre son lieu de travail, le vendeur qui doit payer plus cher pour acheminer ses marchandises, le salarié qui consacre une part croissante de son revenu au transport : tous ressentent directement la hausse.
Horaires décalés, trajets regroupés, marche à pied
Face à cette équation, les habitants s’adaptent avec les moyens du bord. Certains modifient leurs horaires, d’autres regroupent plusieurs courses en une seule sortie afin de limiter le nombre de trajets payants dans la journée.
Plusieurs usagers privilégient aussi la marche lorsque la distance le permet. La solution a ses limites : elle reste difficilement praticable sur les longs parcours et pour ceux qui transportent des marchandises ou des courses volumineuses.
Le transport urbain, nerf de l’activité locale
La situation rappelle le rôle stratégique du transport urbain dans une agglomération de la taille de Pointe-Noire. Lorsque la circulation des personnes est perturbée, c’est toute la ville qui fonctionne au ralenti.
Chaque déplacement devient dès lors une négociation entre la distance, le prix demandé et l’état du porte-monnaie. L’enjeu, pour les Ponténégrins, tient à la possibilité de circuler dans des conditions accessibles et régulières.
Un appel adressé aux chauffeurs et aux receveurs
Un appel invitant les chauffeurs et les receveurs à respecter les prix du transport a été relayé le 25 septembre par Vox Congo, sous forme de séquence vidéo. Le média n’accompagne pas cette diffusion d’un texte précisant l’origine de l’appel ni les tarifs visés.
Brazzaville confrontée à la même équation depuis début septembre
La capitale connaît de son côté des difficultés de ravitaillement depuis le début du mois de septembre, avec des files d’attente devant les stations-service et une activité perturbée pour les chauffeurs de taxi.
Le manque de gasoil y a précédé celui de super, relevait L’Horizon Africain dans son édition du 5 septembre. Le journal indiquait alors que la plupart des stations de la ville attendaient encore des livraisons pour reprendre la vente.
Dans un reportage de Loïcia Martial diffusé par RFI le 6 septembre, un conducteur de taxi-moto, Junior, affirmait acheter son essence à 3 000 FCFA le litre auprès de revendeurs et facturer certaines courses entre 1 500 et 2 000 FCFA, contre 500 FCFA auparavant.
Ces montants relèvent de son témoignage et ne correspondent pas à un tarif officiel.
Raffinage et importations, l’arrière-plan des ruptures
Une source du ministère des Hydrocarbures citée dans ce reportage, sous couvert d’anonymat, attribuait la pénurie à une panne de l’unité de production de super de la Congolaise de raffinage, ainsi qu’au coût élevé des carburants raffinés importés.
Les ruptures d’approvisionnement avaient déjà fait l’objet d’un diagnostic du Fonds monétaire international. Dans un rapport consacré au Congo en 2024, l’institution estimait que la Coraf couvrait en moyenne les deux tiers des besoins nationaux en produits pétroliers raffinés.
Le FMI relevait que le vieillissement des installations et le manque d’investissements empêchaient la raffinerie de maintenir des livraisons régulières, décrivant une succession de pénuries et des hausses ponctuelles d’importations réalisées à un coût élevé.
Ce que les usagers attendent des prochains jours
Les habitants de Pointe-Noire espèrent une amélioration rapide de l’approvisionnement en carburant et un retour progressif à une situation plus normale sur les axes qu’ils empruntent chaque matin.
Le carburant peut manquer dans les stations, mais les habitants doivent continuer à travailler, à commercer et à faire vivre la ville. D’ici là, le prix du trajet reste le premier arbitrage de la journée.
