Le premier livret consacré aux statistiques de genre, publié par l’INS-Congo, met des chiffres sur des inégalités souvent pressenties. Santé, enseignement supérieur, emploi : le document décrit un pays où la parité progresse à l’école primaire, mais où des écarts persistent ailleurs.
Un livret inédit présenté à Brazzaville
C’est une première pour le Congo-Brazzaville. Le 28 septembre, l’Institut national de la statistique (INS-Congo) a présenté officiellement à Brazzaville son Livret sur les statistiques de genre, réalisé avec l’appui de la Banque mondiale. Le document compare, chiffres à l’appui, la situation des femmes et celle des hommes.
Son titre complet annonce la couleur : « Les femmes et les hommes au Congo en 2022, analyse des disparités à partir des données de l’enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages ». Le travail repose sur l’EHCVM, une enquête réalisée auprès des ménages en 2022.
Démographie, santé, éducation, emploi : quatre grands domaines sont passés au crible. L’objectif affiché est de renforcer la disponibilité de données désagrégées par sexe, afin de mieux éclairer les choix des pouvoirs publics.
Pour situer le contexte, les femmes représentent 52,9 % de la population enquêtée, contre 47,1 % pour les hommes, et dirigent 33 % des ménages. Mais c’est sur d’autres terrains que le livret livre ses enseignements les plus concrets.
Santé des femmes : un écart de neuf points
Le chiffre le plus frappant concerne la santé. Interrogées sur les quatre semaines ayant précédé l’enquête, 34 % des femmes disent avoir connu un problème de santé. Chez les hommes, la proportion tombe à 25 %, soit un écart de neuf points.
Les comptes rendus de la présentation ne précisent pas la nature de ces problèmes. Il s’agit de déclarations des personnes interrogées, et non de diagnostics médicaux. La prudence s’impose donc avant d’en tirer des conclusions sur l’état sanitaire réel de la population.
Ce décalage n’en reste pas moins un signal pour les décideurs. Il montre que les besoins de santé ne se répartissent pas de manière uniforme entre les sexes. C’est précisément ce type de lecture différenciée que le livret entend rendre possible.
Enseignement supérieur : la parité s’arrête en chemin
À l’école, le tableau est contrasté. Les données font apparaître une quasi-parité entre filles et garçons dans l’enseignement primaire. Le ministre Ludovic Ngatsé a d’ailleurs salué les progrès enregistrés dans l’accès des filles au primaire comme au secondaire.
Les choses se compliquent ensuite. Selon le livret, les écarts se creusent dans l’enseignement supérieur. Les informations rendues publiques ne chiffrent pas cette différence, mais le constat a été repris par le ministre lui-même lors de la cérémonie.
Le directeur général de l’INS-Congo, Stève Bertrand Mboko Ibara, a pour sa part attiré l’attention sur des disparités en matière d’alphabétisation, autre indicateur où femmes et hommes ne partent pas avec les mêmes chances.
Emploi des femmes : le poids du travail non rémunéré
Le volet consacré à l’emploi parlera sans doute le plus aux lecteurs dans leur vie quotidienne. D’après le directeur général de l’INS-Congo, le livret met en évidence des disparités dans l’accès à l’emploi entre femmes et hommes.
Il révèle surtout une répartition inégale du temps. Les femmes consacrent davantage de temps aux activités non rémunérées, en particulier aux tâches domestiques. Les hommes, eux, réservent une plus grande part de leur temps de travail aux activités rémunérées.
Ce déséquilibre fait écho à une préoccupation exprimée par Ludovic Ngatsé : l’autonomisation économique des femmes. Le ministre a souligné que des écarts persistent dans ce domaine comme dans l’emploi, en dépit des avancées constatées à l’école.
Ce qu’a déclaré le ministre Ludovic Ngatsé
Présidant la cérémonie, le ministre de l’Économie, du Plan et de l’Intégration régionale a donné le ton. Pour lui, les données du livret constituent une base de référence pour la planification du développement.
« Cet événement marque une étape décisive dans le pilotage de nos politiques publiques », a déclaré Ludovic Ngatsé en évoquant la publication officielle du document. Une manière de signifier que ces chiffres ont vocation à servir, et non à rester dans un tiroir.
Stève Bertrand Mboko Ibara a tenu un discours voisin. « La publication de ces données doit contribuer à systématiser la prise en compte du genre dans les enquêtes statistiques nationales », a estimé le patron de l’INS-Congo.
Des statistiques de genre appelées à devenir régulières
Les autorités entendent faire de la production de statistiques de genre une activité régulière du Système statistique national. La publication du livret figurait déjà parmi les priorités du Plan de travail et budget annuel (PTBA) 2026 de la Direction des statistiques démographiques et sociales de l’INS-Congo.
Le document doit servir de support aux administrations publiques, aux partenaires au développement, à la société civile et au monde universitaire. Tous sont invités à mieux intégrer les écarts entre femmes et hommes dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques.
Reste à voir comment ces constats se traduiront concrètement. Les données datent de 2022 : leur actualisation régulière, voulue par les autorités, permettra de mesurer si les écarts observés en matière de santé, d’études supérieures et d’emploi commencent à se resserrer.
