Après Lomé et Luanda, Floribert Anzuluni, envoyé spécial de Félix Tshisekedi, a été reçu le 30 septembre à Brazzaville par Denis Sassou N’Guesso. Lettre présidentielle, point sur le protocole FDLR, incident de Makotipoko : retour sur une tournée diplomatique en trois étapes.
Trois capitales en deux jours pour l’émissaire de Kinshasa
Brazzaville n’était pas une escale isolée. Le ministre de l’Intégration régionale de la République démocratique du Congo, Floribert Anzuluni, y est arrivé au terme d’un circuit régional entamé la veille, avec un objectif affiché : informer les dirigeants voisins des avancées d’un processus de paix sensible.
Le 29 septembre, la délégation a d’abord été reçue à Lomé par Faure Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur désigné par l’Union africaine pour le processus de paix en RDC.
Le 30 septembre, cap sur Luanda, où le président angolais João Lourenço a accueilli l’émissaire. Le même jour, Floribert Anzuluni était reçu en audience par Denis Sassou N’Guesso, à la résidence du Plateau, à Brazzaville.
Le ministre voyageait en qualité d’envoyé spécial du président Félix Tshisekedi. Il était accompagné de Sumbu Sita Mambu, haut représentant du chef de l’État de la RDC.
Lettre, message et feuille de route : la mécanique de la visite
À Brazzaville, le geste central a été la remise d’une lettre de Félix Tshisekedi à son homologue Denis Sassou N’Guesso, rapporte le média kinois Reporter.cd. Ce courrier donne à l’audience la portée d’un échange direct entre les deux présidents, par l’intermédiaire de leur émissaire.
À Luanda, la délégation a transmis un message du président de la RDC consacré à l’évolution du processus de paix dans l’est du pays, a indiqué la cellule de communication du ministère de l’Intégration régionale.
Le ministre a résumé la logique de ce déplacement : « La RDC est en train de mettre à jour ses différents partenaires sur les évolutions importantes qui ont eu lieu depuis la publication du protocole de reddition volontaire des FDLR ». Il dit avoir présenté la feuille de route des prochaines étapes.
Pourquoi Denis Sassou N’Guesso figurait sur l’itinéraire
À Brazzaville, l’émissaire a justifié le choix de rendre compte au président congolais. « Le président Denis Sassou Nguesso est très engagé sur les questions de sécurité dans la région », a-t-il déclaré, évoquant aussi « les rapports très fraternels que les deux pays entretiennent ».
D’où, selon lui, l’importance de « le mettre à jour de manière régulière sur ces différentes évolutions ». Floribert Anzuluni a également appelé à une implication des partenaires régionaux et internationaux pour trouver une solution durable au conflit dans l’est de la RDC.
Protocole FDLR : le dossier qui motive la tournée
Le fond du message porte sur le « Protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement des FDLR par la sensibilisation », auquel les Forces démocratiques de libération du Rwanda ont récemment souscrit. Selon Reporter.cd, ce texte a été signé fin juillet entre le gouvernement de la RDC et des représentants du mouvement.
Il s’inscrit dans la mise en œuvre de l’accord de Washington, conclu entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine. Floribert Anzuluni a réaffirmé la détermination de son pays à respecter les engagements pris dans ce cadre.
Le sujet reste disputé. Kigali conteste la conformité du protocole avec cet accord. Kinshasa y voit au contraire un moyen de neutraliser durablement les FDLR et de lever la justification avancée par le Rwanda pour maintenir ses forces sur le territoire de la RDC.
Dans le même temps, lors de la 10223e séance du Conseil de sécurité de l’ONU, le chef de la Monusco, James Swan, a fait état du rapatriement au Rwanda de 122 anciens combattants FDLR et de leurs dépendants, après un cantonnement temporaire à Saké, au Nord-Kivu.
Makotipoko, évoqué sans être détaillé
L’audience a aussi permis d’aborder un dossier plus délicat entre les deux voisins : les récentes tensions militaires entre les forces armées des deux pays à Makotipoko, localité de la Nkéni-Alima située au bord du fleuve Congo.
Floribert Anzuluni est resté prudent. « Je ne suis pas habilité à rentrer dans les détails de cette question, mais je peux vous assurer que c’est une situation qui est gérée au niveau requis », a-t-il affirmé, en précisant que le dialogue entre les deux États était engagé.
« Au vu de nos relations fraternelles, nous sommes en train de résoudre cette question de manière fraternelle », a-t-il ajouté. La voie diplomatique apparaît ainsi comme le principal levier retenu pour prévenir une escalade, souligne le Journal de Brazza.
Les suites attendues de cette offensive diplomatique
Le contenu de la feuille de route évoquée par le ministre n’a pas été détaillé. Le ministère de l’Intégration régionale assigne toutefois un but à cette mobilisation : accompagner le processus jusqu’à son aboutissement, pour une paix durable dans l’est de la RDC et la région des Grands Lacs.
Côté congolais, la visite rappelle le rôle reconnu à Denis Sassou N’Guesso sur les questions de paix régionales. Selon l’Agence d’information d’Afrique centrale, Brazzaville et Kinshasa, qui partagent une longue frontière, entendent privilégier le dialogue direct et préserver leurs liens historiques.
Reste à savoir si cette diplomatie de la lettre et du message produira des avancées tangibles, aussi bien dans l’est de la RDC que sur les rives du fleuve.
