Des statistiques mieux expliquées, une santé sexuelle abordée sans détour, des violences de genre rendues visibles : c’est le cap fixé aux journalistes congolais par le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), à l’occasion d’une formation organisée sur deux jours à Brazzaville.
La session s’est ouverte le 1er octobre. Elle visait à renforcer les capacités des professionnels des médias dans le traitement des informations liées à la population, au genre ainsi qu’à la santé sexuelle et reproductive, des sujets qui touchent de près le quotidien des lecteurs.
Une information de qualité, condition du changement selon l’Unfpa
À l’ouverture des travaux, le représentant assistant de l’Unfpa, Bruno Bilombo, a lu le message de la représentante résidente de l’agence onusienne au Congo, Dr Agnès Kayitankore. Le ton a été donné d’emblée.
« Les transformations sociales et sanitaires dont le Congo a besoin ne pourront pas être durables sans une information de qualité », a déclaré Bruno Bilombo au nom de la représentante résidente. Le message place ainsi la presse au cœur de la réussite des politiques sociales et sanitaires.
Des données rendues accessibles au public
Paraphrasant le Dr Kayitankore, Bruno Bilombo a invité les journalistes à rendre les données accessibles au public. Pour le lecteur, l’enjeu est concret : des chiffres sur la population ou la santé présentés de manière compréhensible, plutôt que livrés bruts.
La représentante résidente a résumé cette exigence par une formule : « Derrière chaque statistique, il y a une vie. Et derrière chaque information bien traitée, il peut y avoir une décision qui change une vie ». Une façon de rappeler que chaque donnée renvoie à des personnes réelles.
Deux autres consignes accompagnaient cet appel : déconstruire les préjugés et donner davantage de visibilité aux solutions. Pour le public, cela signifie des articles qui ne s’arrêtent pas au constat d’un problème, mais qui montrent aussi les réponses possibles.
Les stéréotypes dans le viseur des rédactions
Intervenant au cours de la formation, Joachim Mbanza, fondateur du journal L’Horizon Africain, a centré son propos sur la lutte contre les stéréotypes et les représentations sociales erronées. Selon lui, le journaliste doit informer, sensibiliser et contribuer à l’éveil des consciences.
« Le journaliste ne travaille pas sur la base des stéréotypes. Il doit même œuvrer à les combattre. Le journaliste n’applique pas les solutions. Par contre, de par son travail, il interpelle la société et les dirigeants pour que des solutions soient trouvées », a-t-il expliqué.
La nuance mérite d’être soulignée. Le rôle décrit n’est pas celui d’un acteur qui agirait à la place des décideurs, mais celui d’un relais qui pose les questions et maintient les sujets dans le débat public, jusqu’à ce que des réponses soient apportées.
Violences faites aux femmes : la responsabilité sociale de la presse
Joachim Mbanza a également relevé la responsabilité sociale de la presse dans la sensibilisation du public. Il a insisté sur la promotion des normes juridiques, notamment en matière de protection des femmes contre les violences. Faire connaître ces règles relève, à ses yeux, du travail d’information.
Pour sa part, l’experte sur les questions du genre Nuptia Mbemba-Talantsi a plaidé pour des contenus qui tiennent compte des réalités sociales et des droits fondamentaux. Elle a invité les professionnels des médias à approfondir leur compréhension de ces problématiques, afin de contribuer à une meilleure sensibilisation.
Elle a notamment évoqué les violences psychologiques et économiques. Certaines de leurs manifestations restent peu visibles, a-t-elle expliqué, en raison du poids des normes sociales et d’une compréhension insuffisante de leurs formes. Mieux les identifier suppose donc, pour les journalistes, de mieux connaître ces formes.
Santé sexuelle, planification familiale et VIH au programme
Au fil de la session, les participants ont été édifiés sur une série de thèmes : le développement, le dividende démographique, la santé sexuelle et reproductive, la planification familiale et la santé maternelle. Le VIH, le genre, les violences basées sur le genre et la communication inclusive figuraient aussi au menu.
L’étendue de ce programme montre que la formation ne s’est pas limitée à la santé au sens strict. Elle a relié les questions sanitaires aux enjeux démographiques, à l’égalité de genre et à la manière même de communiquer avec le public.
« Un langage approprié » : ce que retiennent les participants
Côté participants, le journaliste de VM Media Emmanuel Etati a estimé que la session avait permis de mieux comprendre ces notions. « Les enseignements reçus vont nous permettre d’améliorer le traitement des informations liées à ces questions et d’adopter un langage approprié », a-t-il ajouté.
C’est sans doute sur le choix des mots que le lecteur pourra le plus directement mesurer l’effet de cette formation, en particulier sur des sujets aussi sensibles que la santé sexuelle ou les violences de genre.
Une information fondée sur les faits et les droits
Selon la dépêche de l’ACI, la formation a permis aux journalistes de renforcer la qualité de leurs productions sur les questions sociales. Les principes mis en avant sont clairs : une information fondée sur les faits, les données, l’éthique et l’inclusion.
L’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que le respect des droits fondamentaux complètent ce cadre. Reste à voir comment ces engagements se traduiront dans les contenus proposés au public, sur des sujets où l’enjeu, comme l’a rappelé l’Unfpa, dépasse souvent la simple information.
