Organisé le 2 octobre à Brazzaville, un atelier de l’Institut national de la statistique a ouvert le chantier d’un suivi permanent du commerce transfrontalier informel. L’objectif : faire entrer dans les chiffres officiels des flux qui nourrissent les marchés mais échappent encore aux registres.
Un atelier pour mesurer le commerce transfrontalier informel
L’Institut national de la statistique (INS) a tenu, le 2 octobre dans la capitale, un atelier de sensibilisation entièrement consacré au commerce transfrontalier informel, que les spécialistes désignent par le sigle CTI. Le thème peut sembler technique. Il touche pourtant au quotidien de nombreux Congolais.
Autour de la table, des représentants de dix-neuf administrations et structures publiques ont côtoyé des acteurs du secteur privé et de la société civile. Deux ambitions étaient affichées : mieux connaître ces échanges et jeter les fondations d’un dispositif statistique appelé à durer.
Des marchandises qui passent sans laisser de trace
Le constat de départ est simple. Chaque jour, des marchandises franchissent les frontières terrestres et fluviales du Congo sans être systématiquement enregistrées. Elles approvisionnent les marchés et procurent des revenus à de nombreuses familles, mais restent largement absentes des statistiques officielles.
Ce commerce constitue donc une réalité économique importante, encore insuffisamment prise en compte dans les chiffres nationaux. Le paradoxe est réel : une activité présente sur les étals et dans les budgets des ménages demeure, pour une large part, invisible dans les tableaux censés décrire l’économie du pays.
Cette lacune ne concerne pas seulement les statisticiens. Elle pose un problème concret pour l’évaluation du commerce extérieur. Tant que les flux qui traversent les frontières ne sont pas mesurés de façon fiable, l’image des échanges du Congo reste incomplète.
Une ancienne méthode rendue caduque par les nouveaux billets
Pourquoi ces flux échappent-ils autant aux comptes ? Une partie de la réponse tient à la méthode. Selon Arsène Odzo Dimi, directeur de la coordination statistique à l’INS, les estimations pratiquées jusque-là à l’échelle sous-régionale s’appuyaient sur les mouvements de billets de banque.
Or ce procédé n’est plus adapté depuis la mise en circulation des nouveaux billets, en janvier 2023. L’outil qui permettait d’approcher indirectement le volume de ces échanges a donc perdu sa pertinence, ce qui oblige à revoir entièrement la façon de mesurer ce commerce.
Face à ce constat, l’INS change de cap. L’institut entend désormais privilégier l’observation directe aux frontières. L’idée est de disposer de données plus précises sur la nature des marchandises échangées, sur leur volume et sur leur valeur, plutôt que de les déduire de manière détournée.
Cartographier les points de passage le long des frontières
Ce virage passe d’abord par le terrain. Une étude monographique est en cours pour dresser une cartographie détaillée des points de passage des marchandises le long des frontières congolaises. Il s’agit d’identifier ces lieux, puis de les caractériser un à un.
L’étude doit aussi évaluer les dispositifs administratifs qui encadrent chaque point de passage et recenser les différents services qui y sont présents. Elle prévoit encore d’identifier, endroit par endroit, les produits importés et ceux qui sont exportés.
Les personnes qui font vivre ces échanges ne sont pas oubliées. L’étude vise à repérer les acteurs impliqués dans le commerce transfrontalier informel ainsi que les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Une manière de regarder ce commerce à hauteur de ceux qui le pratiquent.
Une enquête de référence prévue en 2027
Le dispositif envisagé s’articule en trois étapes. La première correspond précisément à ces études monographiques, destinées à recenser et à caractériser les points de passage. Elle constitue le socle sur lequel reposera la suite du travail.
La deuxième étape prévoit une enquête de référence en 2027. Son objet est d’estimer la valeur annuelle du commerce transfrontalier informel. Comme son nom l’indique, elle doit fournir un point de repère pour apprécier le poids réel de ces échanges.
La troisième doit aboutir à une collecte trimestrielle permanente. Ses résultats pourront être intégrés à la balance des paiements et aux comptes nationaux, deux instruments centraux de la comptabilité économique. Le commerce informel entrerait alors de manière régulière dans les chiffres officiels.
Le cadre CEMAC et l’appui de la Banque mondiale
Le Congo n’avance pas seul sur ce dossier. La démarche est conduite sous la coordination de la Commission de la CEMAC, ce qui l’inscrit dans un cadre sous-régional. Elle bénéficie également du soutien du Projet HISWACA.
Ce programme, dont le nom complet est Projet d’harmonisation et d’amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre, est appuyé par la Banque mondiale. C’est avec ce soutien que l’atelier de Brazzaville a été initié.
Une approche concertée entre administrations
Au-delà du calendrier, la rencontre visait à bâtir une compréhension commune du commerce transfrontalier informel et à renforcer la collaboration entre les administrations concernées. L’INS entend mobiliser tous ceux qui interviennent dans l’encadrement, l’observation et l’utilisation des données liées aux échanges aux frontières.
Pour Arsène Odzo Dimi, la diversité des participants traduit justement la nécessité d’une approche concertée. « Réunir ces compétences autour d’un même objectif, c’est la raison d’être de cet atelier », a-t-il expliqué.
Ce que le suivi des frontières pourrait changer
Reste à franchir les étapes une à une : achever l’étude monographique, mener l’enquête de 2027, puis installer la collecte trimestrielle dans la durée. Pour les marchés et les familles qui vivent de ces échanges, l’enjeu est que leur activité apparaisse enfin dans les chiffres du pays.
