Le mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza a célébré le 3 octobre ses vingt ans, couplés aux 146 ans du traité Makoko Iloo 1er – De Brazza. Autour d’universitaires, d’autorités traditionnelles et du maire de Brazzaville, la journée a mêlé discours, conférence et panels.
Un double anniversaire célébré à Brazzaville
Implanté le 3 octobre 2006, le mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza a marqué ses vingt ans par une cérémonie organisée avec faste le 3 octobre 2026. L’institution a choisi d’en faire un rendez-vous à la fois festif et savant.
La date ne doit rien au hasard. Elle coïncide avec la commémoration des 146 ans de la signature du traité entre le roi Makoko Iloo 1er et Pierre Savorgnan de Brazza, dont l’héritage a nourri une bonne partie des échanges de la journée.
L’assistance reflétait cette double dimension. Universitaires, chercheurs, historiens et hommes de culture côtoyaient des membres de la communauté religieuse, des autorités traditionnelles et des sages de la ville, ainsi que des notables du royaume Téké et du royaume Loango.
La cérémonie s’est tenue sous les auspices du ministre délégué chargé de l’Industrie touristique, Prince Bertrand Bahamboula. Il y représentait le ministre de la Culture, Jean Claude Gakosso.
Bélinda Ayessa place l’anniversaire dans la vision de l’État
Dans son adresse à l’auditoire, la directrice générale du mémorial, Bélinda Ayessa, a situé la commémoration dans la vision du président de la République, chef de l’État, Denis Sassou N’Guesso.
Selon elle, le chef de l’État est attaché à la préservation et à la valorisation de la mémoire collective et du patrimoine historique congolais. Une façon de présenter cet anniversaire comme le prolongement d’une politique publique, et non comme une simple fête d’institution.
Le maire Dieudonné Bantsimba remonte à 1880
Prenant la parole à son tour, Dieudonné Bantsimba, président du Conseil départemental et municipal et maire de Brazzaville, a déplacé le regard vers l’histoire de la capitale elle-même.
« En ce 3 octobre 2026, nous revenons symboliquement au 3 octobre 1880, date qui marque un moment fondateur dans l’histoire de notre capitale », a-t-il déclaré devant l’assistance.
Pour le maire, c’est ce jour-là que Pierre Savorgnan de Brazza « décida d’établir sur les rives du fleuve Congo le poste qui allait donner naissance à Brazzaville ». Dans son propos, la commémoration célèbre donc autant une institution que l’acte fondateur de la ville.
Le roi Makoko Michel Ganari salue la direction du mémorial
Le roi Makoko Michel Ganari s’est exprimé par la voix de l’un de ses envoyés, qui a lu sa déclaration au cours de la cérémonie commémorative.
Dans ce message, le souverain salue les efforts fournis par la directrice générale pour l’animation culturelle du mémorial et son ouverture au monde. Des efforts qu’il inscrit, lui aussi, dans l’ambition du président Denis Sassou N’Guesso.
Le roi a profité de ce double anniversaire pour s’adresser plus largement à tous ceux qui, au Congo et au-delà, demeurent attachés à la culture et au patrimoine congolais.
Au terme de cette double commémoration, Makoko Michel Ganari a retenu une idée forte : la mémoire du royaume Téké demeure vivante. Un message qui résonnait d’autant plus que des notables téké figuraient parmi les invités.
Brazzaville, ville de paix pour le royaume Loango
Le royaume Loango a lui aussi fait entendre sa voix. Son représentant a souhaité que Brazzaville puisse demeurer une ville de paix, de progrès et de solidarité.
Il a invité chaque génération à apporter sa contribution à la construction de la ville, tout en conservant son identité, sa culture et sa mémoire. Un appel qui rejoint, à sa manière, le rappel historique formulé par le maire.
Une conférence inaugurale entre mémoire et mémorial
Au-delà des discours, la journée s’est poursuivie par une conférence inaugurale. Elle a été prononcée par Auguste Nsonsissa, professeur titulaire à l’université Marien-Ngouabi (UMNG).
Son intitulé, « Epilégomènes d’un épistémologie du témoignage à partir d’un esquisse dialogique entre mémoire et mémorial », annonçait une réflexion exigeante, construite autour du lien entre le souvenir et le lieu qui l’abrite.
Deux panels pour penser l’héritage du traité Brazza-Makoko
La partie scientifique s’est ensuite organisée autour de deux panels. Le premier portait sur « La construction des mémoires historiques et patrimoniales à Brazzaville : héritages du Traité Brazza-Makoko et trajectoire du mémorial Pierre Savorgnan-de-Brazza ».
Ce premier panel a été modéré par Edouard Ngamoutsika, professeur titulaire à l’UMNG. Son thème invitait à relier l’histoire du traité au parcours du mémorial lui-même, au terme de ses deux premières décennies d’existence.
Le second panel avait pour thème « Héritier du passé, construire l’avenir : enjeux philosophiques de la transmission de la mémoire ». Il a lui aussi été placé sous la modération du professeur Edouard Ngamoutsika.
Une mémoire partagée entre institutions et royaumes
En réunissant pouvoirs publics, municipalité, royautés traditionnelles et monde universitaire, le mémorial a donné à son anniversaire une portée qui dépasse le cadre d’une célébration interne.
Chacun y a apporté sa lecture : la vision patrimoniale de l’État pour la directrice générale, la naissance de la capitale pour le maire, la vitalité de la mémoire téké pour le roi Makoko, la paix et la solidarité pour le royaume Loango.
Reste la question posée par le second panel : comment hériter du passé tout en construisant l’avenir ? Cette interrogation résume l’un des enjeux de ce double anniversaire, celui de la transmission aux générations qui viennent.
