À Brazzaville, la structure départementale de l’UDH-Yuki demande la tenue immédiate d’un congrès extraordinaire « unitaire et sans exclusive ». Son président, Joseph Mpouo, décrit un parti paralysé et redoute un échec aux législatives et locales de juillet 2027.
Joseph Mpouo, porte-voix de la fédération UDH-Yuki de Brazzaville
L’appel émane de Joseph Mpouo, président du département de Brazzaville de l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki). Il l’a formulé dans une déclaration délivrée le 14 octobre, relayée le 17 octobre par l’agence ACI, qui le présente comme « président fédéral » de ce département.
La démarche se veut collective. Selon la déclaration, les membres des structures intermédiaires et de base du département entendent prendre en main le destin d’un parti qu’ils estiment en perdition. Leur justification : « le parti appartient aux militants et la direction politique n’est qu’une émanation de leur volonté ».
Une direction installée en décembre 2023 mise en cause
La cible est la direction politique arrivée à la tête du parti en décembre 2023. Selon Joseph Mpouo, les structures fonctionnent mal depuis cette date. Il dénonce « l’immobilisme et l’apathie du parti, du sommet à la base », qu’il dit « complètement paralysé ».
Cette équipe avait pris le relais après une crise interne, ouverte par le décès en mars 2021 du président fondateur, Guy Brice Parfait Kolelas. Pour remettre le parti sur les rails, elle avait pris douze engagements, dont la déclaration dresse aujourd’hui un bilan sévère.
Douze engagements jugés non tenus par la base
Parmi ces promesses figuraient la restructuration du parti sur les plans national et international, la poursuite des idéaux du défunt président à travers le Plan Parfait pour le redressement du Congo, ainsi que l’acquisition d’un terrain pour y construire un siège.
La liste comprenait encore l’installation de centres de soins de santé de proximité, la création d’emplois pour les jeunes, le raffermissement des relations avec les autres partis de l’opposition et une action en faveur de la concorde et de l’unité nationale.
Le verdict du président départemental est sans appel : « Rien de tout cela n’a été réalisé. » Il pose un diagnostic quasi médical : le parti serait « très malade et complètement paralysé », exposé au risque de sombrer dans « un coma profond » dont il ne pourrait se relever.
L’absence de siège national cristallise les griefs. Les membres de la structure de Brazzaville jugent cette situation « inadmissible pour une grande formation politique comme l’UDH-Yuki ».
L’article 34 du règlement intérieur au cœur du grief statutaire
Sur le terrain des textes, la déclaration s’appuie sur une disposition précise. L’article 34 du règlement intérieur prévoit que le conseil national, organe central du parti, se réunit en session ordinaire une fois tous les deux ans, sur convocation du président de l’UDH-Yuki.
Or, selon les responsables de Brazzaville, cet organe ne s’est plus réuni depuis trois ans, hormis sa session inaugurale. « Cela caractérise une incompétence et une immaturité politiques », tranche Joseph Mpouo. Plus largement, la déclaration évoque une paralysie de l’ensemble des organes statutaires.
Un point mérite d’être relevé. Telle que rapportée, la déclaration ne cite aucune disposition fixant les conditions de convocation d’un congrès extraordinaire. La référence à l’article 34 sert à établir un dysfonctionnement des instances, non à fonder juridiquement la demande de congrès.
Un congrès extraordinaire « sans exclusive » : la procédure réclamée
La requête est formulée sans détour : la tenue immédiate d’un congrès extraordinaire unitaire, sans exclusive, et de réaffirmation des idéaux légués par le président fondateur. La déclaration ne précise ni l’instance qui devrait le convoquer, ni la date, ni le lieu envisagés.
Joseph Mpouo en détaille l’esprit : « Notre démarche a pour objectif de sortir le parti de l’immobilisme et de créer les conditions d’une réunification des différentes sensibilités. » Il s’agit, poursuit-il, de rétablir les organes du parti « sur une base consensuelle » et de préparer collectivement les prochaines échéances électorales.
Le président départemental écarte toute logique de revanche. « Il ne s’agira pas ici d’un congrès de règlement des comptes, mais un grand mbongui », a-t-il assuré. Le rendez-vous doit permettre aux militants de se retrouver autour d’une même table et mettre fin au « syndrome de division ».
Les législatives et locales de juillet 2027 en ligne de mire
Le calendrier invoqué est celui des élections législatives et locales de juillet 2027, avant lesquelles le congrès est réclamé. « Notre parti est déjà au point mort », avertit Joseph Mpouo, qui redoute que l’UDH-Yuki n’obtienne aucun élu à l’issue de ces scrutins.
Il affirme également que la majorité des militants et sympathisants a fait défection vis-à-vis de la direction actuelle. L’organisation, selon lui, « est devenue un simple instrument politique dont l’essentiel est d’exister sur le plan administratif et non un parti digne de ce nom ».
La confiance interne, préalable à toute réunification de l’UDH-Yuki
Pour la présidence de Brazzaville, le principal défi est la construction de la confiance interne. La question de savoir qui dirigera le parti à l’issue de ce congrès consensuel n’est, à ses yeux, qu’une partie du problème.
L’autre tient à la capacité des différentes composantes à trouver un compromis politique. Le but affiché est de permettre à l’UDH-Yuki de fonctionner comme une organisation unifiée et de présenter ses candidats « dans les meilleures conditions possibles, gage de survie » pour l’appareil.
Les déclarations rapportées ne mentionnent, à ce stade, aucune réponse de la direction nationale à cet appel venu de la capitale.
