Une réunion à trois pour un dossier ancien
Le dossier des réfugiés venus de la République démocratique du Congo (RDC) revient sur la table. Le 20 octobre, la ministre des Affaires sociales et de l’Action humanitaire, Lydie Pongault, a ouvert la sixième réunion tripartite réunissant la République du Congo, la RDC et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Selon un communiqué du HCR relayé par l’Agence congolaise d’information (ACI), les travaux se tiennent à Kintélé du 20 au 22 octobre. Les Dépêches de Brazzaville et Journal de Brazza situent, pour leur part, l’ouverture de la rencontre à Brazzaville.
Au centre des discussions, une question précise : comment organiser un éventuel retour volontaire de ces réfugiés vers leurs zones d’origine, en garantissant leur sécurité, leur protection et leur réintégration.
Kwamouth, Nord-Kivu, Yumbi : d’où viennent les réfugiés
Les personnes concernées proviennent principalement de deux régions de la RDC. À l’ouest, dans le territoire de Kwamouth, province du Mai-Ndombe, environ 5 800 personnes ont fui les violences intercommunautaires de 2022.
Elles ont trouvé refuge dans le district de Ngabé, dans le département du Djoué-Léfini, en République du Congo.
À l’est, ce sont les affrontements armés dans la province du Nord-Kivu qui ont poussé environ 8 000 personnes à rejoindre le Congo, pour la seule année 2025, selon les données présentées à la réunion.
Journal de Brazza additionne ces deux groupes et parvient à un total d’environ 13 800 personnes. Un troisième épisode, plus ancien, s’y ajoute : fin 2018, des violences intercommunautaires dans la région de Yumbi avaient poussé près de 16 000 personnes à traverser le fleuve Congo.
Un retour « volontaire, sûr et digne »
Pour Lydie Pongault, la rencontre doit d’abord évaluer l’application des recommandations de la cinquième réunion tripartite, tenue en 2019 en RDC, mesurer les progrès accomplis et engager les actions nécessaires à un retour volontaire et digne.
La ministre a reconnu que les défis humanitaires restent importants. Elle estime toutefois que les perspectives de stabilisation observées dans certaines zones de retour invitent à poursuivre le dialogue et à explorer toutes les pistes de solutions durables.
« Notre responsabilité commune est de transformer les engagements pris en mesures concrètes au bénéfice des réfugiés comme des communautés qui les accueillent », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté que « la protection de la dignité humaine est une responsabilité collective qui transcende les réfugiés ».
Elle a aussi réaffirmé le soutien du gouvernement congolais à la poursuite de la coopération avec le gouvernement de la RDC et le HCR, dans le respect du droit international des réfugiés et des principes humanitaires.
Ce que demande la RDC
Eve Bazaiba Masudi, ministre d’État chargée des Affaires sociales, des Actions humanitaires et de la Solidarité nationale de la RDC, a remercié le Congo pour l’accueil réservé à sa délégation et à ses compatriotes réfugiés.
Elle a inscrit la rencontre dans la continuité des travaux de 2019, mais aussi des recommandations de la onzième session de la Commission spéciale de défense et de sécurité, réunie à Oyo, dans la Cuvette, le 31 juillet 2025.
Sa demande principale : examiner l’élargissement du champ d’application des accords de 2010, afin que les réfugiés ayant fui les violences disposent d’un cadre approprié pour un retour volontaire.
La ministre a évoqué les efforts de stabilisation des zones de retour, tout en admettant la persistance de foyers d’insécurité dans certaines localités du Nord-Kivu. Elle a annoncé la tenue prochaine d’un forum de paix et de réconciliation dans son pays.
« Le retour doit être volontaire, sûr et digne, et s’accompagner de mesures concrètes pour la réintégration des rapatriés, avec une attention particulière aux personnes les plus vulnérables », a-t-elle insisté.
Le cadre juridique rappelé par le HCR
Représentant du HCR, Maurice Azomankpo a salué la solidarité et l’hospitalité du Congo envers ces réfugiés. Il a rappelé que l’accord tripartite signé à Kinshasa le 10 juin 2010, ainsi que ses modalités pratiques adoptées en janvier 2019, demeurent un cadre essentiel pour un retour sûr et digne.
Il a souligné que réfugiés et rapatriés sont aussi des acteurs du développement, et a assuré que l’agence onusienne restait pleinement disponible pour accompagner les gouvernements.
Rapatriement ou intégration locale : les options étudiées
D’après les termes de référence cités par l’ACI, la réunion intervient dans un contexte de déplacements forcés liés aux conflits et à l’instabilité sécuritaire en RDC. Le retour n’est d’ailleurs pas la seule piste à l’étude.
Les participants doivent discuter du rapatriement volontaire dans des conditions de sécurité et de dignité, mais aussi des possibilités d’intégration locale des réfugiés au sein des communautés d’accueil. Ils doivent également recenser les principaux obstacles à ces solutions.
Les trois parties sont appelées à mobiliser les ressources humaines, techniques et financières nécessaires aux actions prioritaires, et à définir les responsabilités respectives de chaque acteur.
Une feuille de route opérationnelle attendue
À l’issue des travaux, la rencontre devrait permettre d’actualiser l’état des lieux de la situation des réfugiés concernés, de renouveler les engagements des parties et de valider une feuille de route opérationnelle.
Ce document doit préciser les prochaines étapes, les responsabilités et les mécanismes de suivi. C’est à son contenu que l’on mesurera la traduction concrète des engagements affichés à l’ouverture des travaux.
